Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU : UN PLAN D’ACTIONS NATIONAL BIEN A PROPOS

Il s’attachera à promouvoir la participation des femmes dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation

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C’est une lapalissade que de dire que « depuis 1963, le Mali a connu des conflits armés à la suite de révoltes de certains groupes du nord du pays. » La gestion de la plupart de ces conflits a été couronnée par la signature d’accords entre le gouvernement et les groupes armés. Cependant, ils n’ont pas permis de résoudre définitivement et de manière durable la crise. Le leadership féminin de toutes communautés confondues a évalué et tiré les leçons des surchauffes socio-politiques, qui épisodiquement, handicapent le développement des localités du nord du Mali. Les femmes arriveront à la conclusion qu’elles n’ont participé que timidement aux processus de négociations des accords successifs de paix et de réconciliation. Elles constituent plus de la moitié de la population, et elles sont aussi les premières victimes de tous ces conflits. Les femmes rappellent qu’en dehors des instruments juridiques nationaux et internationaux, notre pays dispose de mécanismes traditionnels efficaces de règlement des conflits. La situation sécuritaire de notre pays s’est beaucoup détériorée après les événements de mars 2012, et ce jusqu’en janvier 2013. La conséquence de ce bouleversement sera l’occupation de la partie nord du pays par les groupes armés, les narcotrafiquants et les terroristes. Durant cette période, les femmes ont payé un lourd tribut. Elles ont perdu des enfants et des parents. Elles ont été poussées à l’exil et à des déplacements forcés. Elles ont été victimes de violences sexuelles, de mariages forcés et collectifs, de flagellations, de lapidations, etc. Face à cette situation dramatique, est-il possible d’instaurer la paix sans l’implication des femmes et des filles ? Ne doivent-elles pas vider les ressentiments cumulés dans les cœurs depuis des décennies ? Il est avéré que les grand-mères, les mères, les sœurs sont des leviers incontestables pour renforcer la paix et la stabilité durables, le relèvement économique. Le Mali s’est engagé dans le processus de restauration de la paix et de la réconciliation. Il a élaboré un premier plan d’actions national (2012-2014) pour mettre en œuvre la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Malheureusement, cette époque a coïncidé avec l’éclatement de la crise politico-sécuritaire. Ce plan a été actualisé sous la dénomination « Plan d’actions national 2015-2017 pour la mise en œuvre de la Résolution 1325 ». CINQ AXES. Adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 31 octobre 2000, cette Résolution constitue une norme internationale innovante. Elle demande la pleine et égale participation des femmes dans toutes les initiatives relatives à la paix et à la sécurité. Lancé en janvier dernier, le plan d’actions national (PAN) financé avec un montant de plus de 9 milliards de Fcfa fait partie des mécanismes de suivi de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Il est financé par un panier commun « basket fund » auquel contribuent la MINUSMA, l’ONU-Femmes, les Royaumes de Suède et des Pays-Bas. Il a été élaboré sur la base des leçons tirées de l’évolution du contexte ainsi que des perspectives en matière de paix et sécurité prévu par l’Accord pour la paix et la réconciliation signé le 15 mai et le 20 juin 2015 à Bamako, souligne Mme Sangaré Oumou Ba, le ministre la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. L’objectif principal du plan est de promouvoir la participation des femmes dans la mise en œuvre de l’Accord. Le plan d’actions national sera mis en oeuvre sur la base d’un partenariat multi-acteurs composé non seulement du ministère de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, des départements ministériels et institutions nationales concernées par la R. 1325, des organisations de la société civile et des partenaires techniques et financiers. Le PAN comporte cinq axes : la prévention des conflits et des violences basées sur le genre ; la protection et la réhabilitation des victimes ; la participation et la représentation des femmes dans les instances de décision ; la promotion du genre et de l’autonomisation de la femme ; la coordination et le suivi-évaluation des activités. Selon le conseiller technique chargé de la question au ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Amadou Yaya Diallo, « 2016 est une année déterminante pour la réalisation des activités. Car elle constitue la phase d’accélération de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. » Le département envisage de former 270 leaders d’opinion par Région et dans le District de Bamako, dont 30 femmes jeunes aux techniques de prévention, de gestion des conflits, de médiation et de négociation pour la paix. Elles seront également initiées à la prévention contre les violences basées sur le genre (VBG). Le leadership féminin sera désormais fortement impliqué dans la diffusion de la stratégie nationale de prévention et de gestion des conflits en direction des différents acteurs ciblés dans les 49 Cercles du pays et dans les 6 communes du District de Bamako. Selon la présidente du Réseau pour la paix et la sécurité des femmes de l’espace CEDEAO, section Mali (REPSFECO-Mali), Me Diakité Saran Keïta, les Maliennes avaient pressenti la crise avant son éclatement en 2012. Elles se sont battues pour mettre en place le REPSFECO le 27 décembre 2011 avec le concours du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille. La première attaque du MNLA (rébellion touarègue) a eu lieu le 17 janvier 2012. Depuis le début de la crise, estime- t-elle, les femmes sont restées actives dans la recherche d’une gestion rapide de la crise et dans la dénonciation des violences faites aux femmes. Dans ce dessein, le REPSFECO-Mali, en collaboration avec le département en charge de la promotion de la femme a élaboré un plan d’action de sortie de crise, «Actions concertées des femmes du Mali, pour une sortie de crise». Ce plan a permis de former les membres du Réseau en technique de médiation et de réconciliation. L’avocate Me Saran Keïta est convaincue qu’ « on gagne une guerre sur le champ de bataille, mais on retrouve la paix autour d’une table de négociation ». Ainsi au nom de toutes les femmes du Mali, quatre Maliennes de la Plateforme des femmes ont pris part aux pourparlers d’Alger. Mais elles n’ont pas participé aux premier et deuxième rounds des négociations d’Alger. Grâce à leur combat et à leur détermination, les autorités ont corrigé cette insuffisance, a rappelé Me Saran Keïta. Membre de la Commission, Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), Mme Dembélé Ouleymatou Sow estime que la femme, de par sa nature, possède un don particulier pour la médiation et la réconciliation. N’est-ce pas que la fibre maternelle d’essence divine insuffle la paix, partout et à tout moment, pour protéger la famille ? En tant que mère, épouse et éducatrice, elle ne peut pas être mise à l’écart dans le processus de paix au Mali. Les femmes, de nos jours, ont bénéficié des formations sur « la Résolution 1325 », sur femmes paix et sécurité, sur les opérations de maintien de la paix. Les Maliennes sont représentées dans les organes de réconciliation tels que le ministère de la Réconciliation nationale, la CVJR (5 femmes) etc. Cependant, notre interlocutrice déplore la faible collaboration des organisations de femmes avec les forces armées et de sécurité, alors que cette couche joue un rôle déterminant dans la veille. La Commission vérité, justice et réconciliation, indique Mme Dembélé, a entrepris certaines mesures pour impliquer les femmes au processus de paix. Il s’agit de la création de la sous-commission genre, la réalisation d’un plan d’action relatif à la prise en charge holistique du genre en tenant compte des femmes, des enfants, des personnes âgées et vulnérables.La mise en œuvre correcte de ce plan d’actions dissipera les préoccupations des femmes victimes. Le département de la promotion de la femme est convaincu que ce plan d’actions servira de boussole à l’ensemble des acteurs engagés pour améliorer la participation des femmes à la reconstruction du pays. C. DIALLO

Source : L’ Essor

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