Prix de la viande : LA BAISSE EST AMORCEE

Dans les différents marchés de la capitale, la mesure est différemment appliquée. Globalement, les prix déclinent sans toujours parvenir au plancher fixé de 2200 et 2500 Fcfa/kg

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La mesure avait été annoncé mercredi dernier au grand soulagement des consommateurs bamakois : le prix de la viande baisse à 2200 Fcfa/kg pour la viande avec os et 2500 Fcfa/kg pour la viande sans os à partir d’hier. Les prix reprendront leur descente jusqu’à 2000 Fcfa pour la viande avec os et 2300 Fcfa pour la viande sans os à partir du 17 septembre prochain.
La décision fait suite à l’accord intervenu entre le gouvernement et les acteurs de la filière bétail et viande ainsi que les producteurs d’aliment bétail (huileries). L’accord stipule que les producteurs d’aliment bétail cèdent la tonne du tourteau à 125.000 Fcfa, très loin donc de la fourchette de 250.000 à 300.000 Fcfa appliquée actuellement. Le ministère du Commerce s’engage à démarcher les municipalités par l’entremise du département en charge de l’Administration territoriale pour la révision par les mairies du district de Bamako des taxes journalières et la mise à la disposition des vendeurs de bétail de parcs de transit provisoires et sécurisés dans les alentours de la capitale. Le ministère s’est également engagé à rechercher des financements dans le cadre du Projet d’appui aux commerçants détaillants pour financer les bouchers.
« A partir de lundi prochain, la viande de bœuf avec os sera vendue à 2200 Fcfa le kilo et la viande sans os à 2500 Fcfa. Et à partir du 17 septembre, soit un mois plus tard, les prix redescendront à 2000 Fcfa le kg pour la viande avec os et 2300 Fcfa pour la chair sans os, soit au même niveau qu’avant le début du cycle de la surenchère des prix », avait ainsi annoncé le président de l’interprofession viande et bétail, Ramatoulaye Diallo.
C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que les Bamakoises ont pu vérifier l’application des nouveaux prix de la viande dans les différents marchés de Bamako. Elles n’étaient les seules à faire le marché hier. Le directeur national du Commerce et de la Concurrence, Modibo Keita, accompagné du directeur de la concurrence du district de Bamako, Issa Idrissa Maïga, des responsables de l’Association, des responsables de l’interprofession viande et bétails ainsi que les agents de contrôle et de suivi de la direction nationale du commerce et de la concurrence (DNCC) ont également sillonné les marchés de la capitale pour s’assurer de l’effectivité de la mesure.

APPLICATION DIFFEREMENT APPRECIEE. Cette sortie de terrain visait à vérifier l’état général des prix sur les différents marchés du district, mais aussi à sensibiliser les chevillards sur l’application stricte des prix convenus dans l’accord.
La visite a débuté par le marché de Magnambougou en Commune VI. Ici, la viande avec os a bien été vendue à 2200 Fcfa/kg et la viande sans os à 2500Fcfa/kg. Sous les hangars des bouchers, la baisse est effective. Le filet de bœuf qui avait connu une hausse inquiétante jusqu’à 3500 à 3750 Fcfa/kg, selon les chevillards, se vendait hier à 2700 Fcfa/kg.
Le patron des bouchers du marché de Magnambougou, Fassoum Doumbia, assure les visiteurs de l’application effective de la mesure dans son marché. « Ici, les prix ont commencé à chuter depuis vendredi. Mais la mesure est effective depuis ce matin. Il n’y aura ni pénurie de viande, ni flambée. Bien au contraire, les prix pourront encore chuter puisque le marché est bien approvisionné», a-t-il assuré.
La délégation a alors mis le cap du Niamakoro « Sugu Koro ». Ici, la mesure connaît un début d’application. Mais si la viande avec os est vendue à 2200 Fcfa/kg, celle sans os coûte encore de 2750 à 2700 Fcfa, selon les bouchers. Les explications données par les uns et les autres permettent d’apprécier la situation. Les chevillards qui animent ce marché sont en réalité des revendeurs qui achètent la viande chez des demi-grossistes entre 2000 à 2100Fcfa/kg pour venir la revendre avec une marge bénéficiaire de 100 à 150 Fcfa.

Pour Moussa Sangaré qui officie dans ce marché de Niamakoro, les autorités doivent d’abord mettre la pression sur les grossistes. « Nous ne sommes que des revendeurs. Avant l’annonce de cette mesure, nous avons acheté la viande la semaine passée entre 2300 et 2400 Fcfa/kg selon la qualité. Mais ce matin, la viande chez les grossistes était de 2100 à 2150 Fcfa selon la qualité. Nous, nous la vendons au détail à 2200 Fcfa/kg pour la viande avec os et 2750Fcfa/kg pour le sans os. Tout dépendra des grossistes, s’ils donnent moins cher, on le vendra moins cher. Notre souci s’est d’avoir 50 ou 100 Fcfa de bénéfice pour nourrir nos familles », indique notre interlocuteur.
Le directeur national a néanmoins invité les chevillards de ce marché au strict respect des prix. Les responsables des marchés et ceux des bouchers ont été chargés du suivi de l’application effective de la directive dès aujourd’hui sous peine de voir débarquer les contrôleurs de la DNCC.
Après cette mise au point, la délégation a gagné le marché de Torokorobougou où le constat est sans ambigüité : la mesure de baisse n’est pas appliquée. Et les chevillards n’hésitent pas à assurer qu’ils ne sont pas au courant de cette nouvelle disposition.
« Nous vendons la viande sans os à 2900 Fcfa/kg et la viande avec os à 2400 Fcfa/kg. Nous avons entendu à la télévision que les prix doivent baisser mais nous n’avons reçu aucune consigne de nos syndicats. Même ce matin, j’ai acheté la viande chez les grossistes à 2300 Fcfa/kg, comment voulez-vous qu’on vende cette même viande à 2200 Fcfa/kg. Pour moi, les autorités doivent, au préalable, démarcher les grossistes, nous nous ne sommes que des revendeurs », a lancé un chevillard.

BAISSE OBSERVEE AU DIBIDA ET GRAND MARCHE. Si la situation est différemment appréciée sur les marchés des différents quartiers du district, au Dibida comme au Grand marché, la mesure est effective. Le constat est important car il s’agit des deux plus grands marchés de viande de la capitale. Au Dibida comme au Grand marché de Bamako, les prix affichés sont de 2200 Fcfa/kg, 2500 Fcfa/kg et 2750Fcfa/kg pour le filet.
Les ménagères rencontrées ici, confirment la baisse. Mme Touré Halima ne cache pas son enthousiasme. « La viande est devenue intouchable pour les pauvres. Mais avec cette baisse amorcée aujourd’hui, nous pouvons dire que les autorités ont entendu nos cris. L’Etat doit continuer sur cette tendance. Nous attendons avec impatience le 17 septembre où les prix sont annoncés à 2000 Fcfa/kg de la viande sans os. Pour moi, il faut même aller en dessous de 2000 Fcfa pour que la viande soit accessible à tous les Maliens », préconise cette ménagère apparemment satisfaite.
Mme Traoré Assetou Sy, une autre ménagère croisée au Dibida est un peu pessimiste. « C’est vrai, la mesure est appliquée aujourd’hui, mais demain, s’il y a pas de suivi, les bouchers vont reprendre leurs habitudes. Il est temps que l’Etat s’implique directement dans la fixation des prix. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont pu fixer des plafonds de prix pour la viande, notre pays, 2è cheptel de la région ouest-africaine, doit pouvoir faire ça ou autoriser simplement l’importation des viandes européennes. Comment quelques personnes peuvent chaque fois dicter leurs lois aux consommateurs, il faut arrêter ça. En tous cas cette tendance baissière amorcée nous réjouit pourvu qu’elle perdure », lance t-elle.
A l’issue de la tournée, le patron de la DNCC a rappelé que cette sortie de terrain était destinée à vérifier le niveau d’application de la nouvelle mesure sur les prix de la viande sur les différents marchés du district, mais aussi à sensibiliser les bouchers sur l’application stricte des prix convenus à la suite de l’accord signé mercredi dernier qui fixe les prix à 2200 Fcfa/kg pour la viande avec os et 2500Fcfa/kg pour la viande sans os. « La visite nous a permis de prendre la température des différents marchés, de discuter avec les acteurs de ces marchés notamment les bouchers, leurs responsables, les responsables des marchés et de les sensibiliser sur l’effectivité de la mesure. Nous avons constaté que la mesure était différemment appliquée, selon les marchés même si la tendance baissière est amorcée. Nous allons mettre un accent sur la sensibilisation pour que tous les acteurs impliqués dans ce processus soient au même niveau d’information. Cependant, les contrôleurs du commerce continueront à sillonner les marchés. Nous veillerons au strict respect de ces prix. Aucune spéculation ne sera tolérée. L’Etat a fait des efforts pour enrayer les problèmes qui minent la filière viande et bétail. Il faut donc que les consommateurs sentent l’impact de ses efforts », a mis en garde Modibo Keita.
De leur côté, les chevillards ont promis de respecter les engagements qu’ils ont pris. Cependant, tous réclament une grande sensibilisation préalable des détaillants sur les mesures convenues.

D. DJIRE

source : L’ Essor

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