Mariage précoce : DEBAT INTERGENERATIONNEL DIRECT

Une rencontre organisée à Banamba entre des enfants, le maire, l’imam de la grande mosquée et des acteurs de la protection des enfants a permis d’aborder le sujet sans tabou

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Les questions de l’enfance sont au cœur de nombre de débats. Un peu partout dans le monde, les sociétés développent une prise de conscience sur les questions relatives aux droits de l’enfant.  Notre pays, dont la moitié de la population est âgée de moins de 15 ans, s’inscrit dans cette dynamique. Il affiche clairement les droits de l’enfant comme une priorité politique. Il reste toutefois beaucoup à accomplir pour réaliser pleinement ces droits : améliorer l’accès à la santé, à l’éducation, réduire la pauvreté, le travail des enfants.
C’est pour cette raison que plusieurs actions sont posées ça et là pour la protection, la participation et l’épanouissement des enfants. L’initiative « Oxyjeunes », la radio pour les enfants et par les enfants, fait partie de ces actions.
La 9è édition de ce rendez-vous des enfants et des jeunes qui se tient actuellement à Koulikoro (voir l’Essor d’hier) a choisi de faire haro sur le mariage précoce. Cette pratique qui hypothèque la vie de trop de jeunes filles dans notre pays, frappe selon l’enquête démographique et de santé (EDSM-V) 50% des femmes. Celles-ci  avaient entre 19 et 49 ans au moment de l’enquête  et étaient déjà mariées avant l’âge de 18 ans. 20% de ces enfants étaient déjà en union avant d’atteindre l’âge de 15 ans.
La question du mariage précoce était au centre d’un débat intergénérationnel qui s’est tenu dans la commune urbaine de Banamba. Il a donné l’occasion  d’échanger  avec les acteurs de la communauté locale à savoir la municipalité représentée par le maire de Banamba, l’imam de la grande mosquée de la localité,  le Parlement des enfants représenté par sa présidente Lalla Wangara, la directrice régionale de la promotion de la Femme et de l’Enfant de Kayes, Mme Bagayoko Mariam Coulibaly.
La question du mariage précoce est très sensible. Pour le maire de Banamba, la pratique découle d’une conception traditionnelle selon laquelle dès que la fille voit ses premières menstrues à l’âge de 12 à 14 ans, elle doit être mariée sous peine de tomber enceinte en célibataire. Le cercle de Banamba est justement réputé pour ses mariages collectifs organisés chaque année pour unir des  centaines de jeunes. L’édile assure que pour ces mariages collectifs, il respecte les dispositions légales de notre pays qui fixent l’âge du mariage pour les filles à 15 ans. D’où la nécessité selon lui d’harmoniser les textes nationaux et les textes internationaux signés et ratifiés par le Mali. Le maire a  par ailleurs mis l’accent sur l’implication des enfants et des jeunes qui sont les futurs cadres de demain et leur engagement pour combattre le phénomène.
Pour l’imam (visiblement mal à l’aise), le problème du mariage précoce est plutôt une affaire de famille.  Selon lui, un père de famille qui est convaincu que sa fille est en âge et dans les conditions physiologiques de se marier, n’acceptera en aucune façon qu’on lui dise le contraire. Il a expliqué que l’Islam permet à la fille de se marier à 16 ans, mais ne l’y force pas. « Il revient donc aux  parents de prendre  la  décision de donner précocement ou pas leurs filles en mariage. Ils demeurent donc les premiers responsables de la situation», a jugé le leader religieux.
La présidente nationale du Parlement des enfants  a,  pour sa part, insisté sur les actions concrètes menées en termes de lutte contre le mariage précoce. Cependant, elle reconnaît que  beaucoup reste encore à faire pour protéger avec efficacité les enfants contre ce fléau. Lala Wangara a aussi exhorté les parents à cultiver la communication parents/enfants. Et toujours selon elle, il incombe aussi aux enfants de s’abstenir de certaines tentations et de respecter les valeurs qui sont les leurs.
Quant à la directrice régionale de la Promotion de la Femme et de l’Enfant de Kayes, Mme Bagayoko Mariam Coulibaly, elle a souligné le rôle des femmes dans la lutte contre le mariage précoce en tant que mères, épouses et paires éducatrices. Le débat a pris fin par un exercice de questions-réponses suivi par une « Fatiha » dirigée par l’imam de la grande mosquée de Banamba. Les enfants ont ensuite regagné la ville de Koulikoro.
M. A. TRAORE

source : L’Essor

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