Marche de bétail a la veille de la tabaski : Les vendeurs se font désirer

L’Aïd El Kébir, communément appelée fête de la Tabaski, sera célébrée en principe le 24 septembre prochain au Mali. Ainsi, l’heure est déjà aux préparatifs dans tous les ménages avec en toile de fond l’achat du précieux mouton pour le sacrifice d’Abraham. A faire un tour des différents «Garbals» (marchés de bétail) de la capitale malienne, on se rend compte qu’à moins de 72 heures de cette fête musulmane, les prix des moutons restent encore hors de prix et les vendeurs se font désirer.

occupation illégale anarchique ville kayes marche vendeurs acheteur commercantLa fête de Tabaski intervient, faut-il le rappeler, à un moment où les prix des produits de première nécessité connaissent une flambée sur le marché national. Cette situation, ajoutée aux dépenses liées à la rentrée scolaire, fait que la rituelle religieuse qui consiste à faire un sacrifice le jour de la Tabaski coupe le sommeil à bon nombre de chefs de ménage. Surtout que ce sacrifice dépasse désormais le seul cadre religieux et fait face, depuis des années,  à nos réalités sociales. Ainsi donc, depuis quelques semaines, les marchés de mouton de Bamako ont commencé à s’animer. Pour prendre leur température, notre équipe de reportage  a fait le tour de différents points de vente. De Boulkassoumbougou au quartier «Sans fil» en passant par Faladié et  Niamana, le constat est le même : le marché est approvisionné, mais les prix sont relativement élevés. En tout cas, la réalité est bien triste, comparée aux années précédentes. Toute chose qui, du reste, provoque une relative inquiétude chez les vendeurs et l’angoisse chez les acheteurs.        Contrairement à l’année dernière où les prix ont oscillé entre 50 000FCFA et 300 000FCFA, cette année, pour se procurer un bon bélier, il faut débourser de 75 000 FCFA à plus de 400 000 FCFA. C’est pourquoi, les rares clients qui osent affronter l’épreuve ne cachent pas parfois leur angoisse voire leur colère. C’est le cas d’Ibrahim Fomba que nous avons rencontré en pleine navette entre les différents vendeurs, accompagné d’un de ses rejetons. Après de longs pourparlers sans succès autour d’un bélier, il a fini, malgré lui, par rentrer à la maison. «Les prix des moutons qu’on m’a proposés sont trop élevés. Est-ce que ces gens-là savent dans quelle situation se trouve le pays ? Nous faisons déjà tant d’efforts pour joindre les deux bouts. Regardez ce petit mouton qu’on veut me vendre à 75 000 FCFA. En temps normal je ne donnerai même pas 30 000 FCFA pour cette bête», s’insurge M. Fomba. «Les moutons sont hors de portée, et c’est bien pire que l’année dernière», regrette Lassana Doumbia, resté médusé après un marchandage infructueux au garbal de Faladié. Et Moussa Keïta de corroborer que cette année beaucoup  de chefs de famille vont devoir sacrifier des agneaux ou des chèvres. Pourquoi cette hausse des prix des moutons ? Comme d’habitude, les vendeurs de bétail lient  cette cherté aux frais de transport du bétail à partir des principaux marchés d’approvisionnement qui sont  le plus souvent loin de la capitale et aux charges engendrées par l’entretien de l’animal. A ceci s’ajoutent les différentes taxes journalières qu’ils sont tenus de payer à la collectivité et aux autres structures informelles impliquées dans le circuit commercial. Certains vendeurs de moutons qui sont venus des régions du Nord expliquent que la montée des prix des moutons s’explique en grande partie par l’entretien de l’animal. Amadoun Dicko fait partie des rares éleveurs qui ont acheminé des béliers du nord du Mali à Bamako. Il affirme que l’hivernage n’a pas été à hauteur de souhait et les éleveurs sont obligés d’acheter le tourteau pour les moutons, dont le sac fait 10 000 F CFA. C’est ce qui explique, selon lui, la montée des prix cette année en provenance du nord. Pour Ismail Ba, éleveur dans le cercle de Nara, le coût élevé du transport aurait été répercuté sur les prix de vente, prix qui auraient été également boostés par la présence massive d’acquéreurs étrangers sur les marchés de l’intérieur. D’autres, par contre, évoquent la rareté des bêtes dans les zones d’approvisionnement.

Ibrahim M. GUEYE

 

FETE DE TABASKI                                                                                                                                                        A la veille de la fête, commerçants et clients se lamentent   

Selon les dires des Bamakois, les préparatifs de la fête de  tabaski  sont très  timides  cette année, à cause de la grande conjoncture qui sévit dans le pays. Au grand-marché de Bamako, commerçants et clients se lamentent sur la mévente des articles qui bondent pourtant le marché.

Les musulmans s’apprêtent à célébrer la fête de Tabaski ou encore « la fête du mouton ». Interrogés sur les préparatifs  de ladite fête, les gens se lamentent, sous le prétexte de ne pas avoir assez d’argent pour faire face aux dépenses de la fête. Commerçants et clientes, pour la plupart, déclarent avec tristesse qu’il y a la conjoncture. Pourtant, le grand marché de Bamako n’a rien  perdu de sa réputation, cette année à l’instar des autres années, le marché est caractérisé par une grande bousculade, difficile de se frayer un chemin. Les passages pour piétons sont pris d’assaut par les revendeurs de divers articles : sacs, chaussures, robes, chemise, Bazin, tissus, etc. La grande affluence règne au sein du marché même si les revendeurs déclarent faire cette année leurs plus mauvais chiffres d’affaires à une  veille de la fête de Tabaski. « Depuis que j’ai commencé à vendre au grand marché, je n’ai jamais connu autant de peine à faire écouler ma marchandise. Je suis ici depuis 25 ans, je vends des articles pour femmes, les clientes viennent, elles regardent, marchandent et repartent presque tout le temps sans rien acheter », témoigne Seïba, assis devant son étalage constitué de maquillage, bijoux et chaussures pour femmes. « On a  beau faire baisser nos prix, les articles ne coulent pas, il n’y a vraiment pas d’argent cette année, les chaussures de 20000F sont revendues  à 7500F, 10000F, la même chose pour les habits que vous voyez accrochés, les prix ont baissé mais les gens n’ont pas d’argent », a déclaré Moussa, revendeur dans une boutique sise à l’auto-gare, face au grand marché.  Seuls les revendeurs d’articles pour enfants semblent tirer leur épingle du jeu. «  Le marché est lent mais on vend petit à petit,  c’est surtout les habits des enfants qui sont prisés en ce moment. Le problème est qu’il n’y a pas d’argent cette année, surtout qu’il faut acheter également le mouton, toute chose que les enfants ne peuvent pas comprendre. Ils se regardent, c’est pour cela que les parents sont obligés de faire l’effort malgré les difficultés », essaye d’expliquer Assétou, portant sur sa tête un grand plateau et les bras chargés de : robes pour petites filles, ensembles, culottes, pantalons pour garçon. Les prix des articles pour les enfants varient entre 500f les lunettes, 2000 f à 5000F Cfa et plus sur le marché. Tout le monde (revendeurs, clients) est unanime sur le fait que les gens manquent d’argent pour s’offrir : habits, chaussures et autres babioles utilisées pour une belle parure de fête. La priorité cédée aux enfants, nous avouent les clients : « Je viens pour trouver quelques choses pour les plus petits. C’est vraiment difficile, il  y a le mouton à payer, la rentrée scolaire à préparer, vraiment ce n’est pas facile,  surtout que les gens n’ont pas d’argent actuellement », témoigne Mansa, une mère de famille accompagnée de sa grande fille qui semble accepter de ne pas être prise en compte pour la fête.

Atelier de couture, une  course contre la montre

A quelques jours de la fête de Tabaski, de nombreux  ateliers de couture de la place fonctionnent 24h/24. Les femmes assises en grand nombre à l’intérieur et à l’extérieur, des jeunes en train de préparer thé et café noir, vacarmes des machines, allez-retours multiples, tel est le tableau que présentent la plupart des ateliers de couture de la place. Et celui de Mamoudou Sidibé, à Hamdallaye ACI 2000, ne fait pas exception. Assis devant sa machine à couture pour finir les broderies sur une robe en tissu Bazin, Mamadou déclare veiller depuis 3 semaines pour terminer ses commandes pour la fête de Tabaski. De façon générale, les tailleurs déclarent continuer à avoir des commandes pour la fête de Tabaski en dépit de la crise financière. « Même s’il n’y a pas d’argent, les femmes viennent faire coudre leurs habits et ceux de leurs enfants », a indiqué Sarr, tailleur sénégalais d’un atelier à ACI 2000. Tout comme Sidibé, Sarr a épousé le rythme du noctambule, il travaille depuis des semaines 24h / 24 pour terminer les nombreuses commandes de ses clients pour la fête de Tabaski. Désireux d’avoir le maximum, rares sont les tailleurs qui refusent les commandes de dernière minute, une situation qui les confrontent très souvent à leurs clientes, explique Mamoudou. « Souvent, les clientes nous apportent très tardivement leurs habits,  et si tu refuses de les prendre, elles te supplient pour ensuite t’insulter en cas de retard », s’est plaint Mamoudou. Quant à une cliente rencontrée dans l’atelier de Sarr, c’est plutôt les tailleurs qui  par cupidité ne refusent aucune commande sachant bien qu’ils ne pourront pas tout honorer avant le jour de la fête.

Un autre marché non moins florissant, le marché de la coiffure

Le marché de la coiffure et de la pose des faux cils et ongles garde sa grande affluence. Les coiffeuses professionnelles sont débordées par la clientèle, des jeunes filles en grande partie, venues pour se faire coiffer ou se faire poser des faux ongles et des faux cils.  Parallèlement, dans les salons de coiffure, l’affluence ne semble pas être au rendez-vous. Mais Fanta, coiffeuse dans un salon à l’ACI, ne désespère point. «  Beaucoup de clientes préfèrent attendre 2 à 3 jours avant la fête pour se coiffer. Pour le moment c’est surtout celles qui veulent se faire des rasta qui viennent plus tôt », nous déclare Fanta, confiante d’enregistrer un bon chiffre d’affaire grâce à la fête de Tabaski.

Khadydiatou SANOGO

 

source : Le Prétoire

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