Mali : les professionnels des médias réclament une convention collective pour améliorer le niveau de la presse (MAGAZINE)

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Le milieu des professionnels des médias du Mali est agité par un débat avec en toile de fond la médiocrité de la presse malienne, récemment déplorée par le président malien Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’intervenants, journalistes, lecteurs ou auditeurs, relèvent que l’image de la presse malienne est actuellement ternie par des manquements graves à l’éthique et à la déontologie.

“La presse malienne brille ces derniers temps par des erreurs professionnelles graves”, se plaint un lecteur devant un kiosque.

Ces “erreurs professionnelles”, précisent de nombreux lecteurs et journalistes, ont pour noms vrais faux “scoops”, gros titres au contenu creux, procès d’intention, règlements de comptes politiques déguisés, chantage, etc.

Ces tares, les observateurs les expliquent notamment par le manque de formation et d’une convention collective fixant les règles de la profession.

“Au Mali, aujourd’hui, n’importe qui peut se proclamer journaliste”, déplore B.Kané, un juriste.

La législation est pourtant très précise sur la définition du journaliste. Mais, le journaliste malien n’est pas forcement celui qui a fait des études de journalisme ou des études supérieures, comme le définit la loi.

Dans le milieu, nombreux sont ceux qui pensent, comme l’écrivain Sidi Yaya, qu’un “bon journaliste peut être formé dans les rédactions et se positionner parmi les meilleurs”.

Ce n’est toujours pas le cas, selon le chroniqueur Alphaly, parce que “les rédactions ne font plus rien pour mieux encadrer” les jeunes qui “se réfugient dans le métier sans trop de préparation”. Ainsi, estime-t-il, le journalisme “est devenu un refuge contre le chômage”.

Quant aux journalistes formés, ils désertent les salles de rédaction pour les ministères ou les ONG, à cause de la précarité dans les journaux ou les promotions politiques dans les organes d’Etat.

“On a beau avoir la passion de ce métier, il faut être réaliste. Ce n’est pas de gaieté de coeur que j’ai accepté ce poste dans un ministère. Mais, il fallait penser à ma famille, surtout à l’avenir de mes enfants. Alors que le journalisme ne nourrit pas son homme au Mali, à plus forte raison une famille”, souligne un journaliste actuellement chargé de mission dans un cabinet ministériel.

Pour certains, comme le journaliste Amadou Salif Guindo, les mauvaises conditions de travail peuvent pousser de jeunes journalistes à vendre leur plume au diable.

Comme lui, beaucoup de personnes interrogées pensent qu’une part importante de la presse est restée soit entre les mains des politiques, soit fortement tributaire des hommes politiques. Ce qui est un piège sans fin.

Pour sortir de ce piège, certains, comme A. Maïga, un syndicaliste, préconisent la création d’un syndicat.D’autres estiment que “sans règles claires, le secteur sera à la portée de tous les aventuriers. Surtout ceux qui ont juste des comptes à régler”.

De leur côté, les professionnels penchent pour l’adoption d’une Convention collective pour régir ce secteur. “L’Etat a sa part de responsabilité dans cette médiocrité à cause de l’absence d’une convention collective”, fait remarquer B.Daou, directeur de publication d’un quotidien de la place.

Comme lui, Alphaly pense aussi que la Convention est ” indispensable pour l’émergence d’une presse réellement professionnelle.

C’est une condition sine qua non pour améliorer les conditions de travail et de vie des professionnels des médias. Et du coup aussi, elle ferme la porte à beaucoup d’aventuriers (patrons et journalistes), car fixant des conditions d’exercice très contraignantes mais indispensables pour redorer le blason du journalisme au Mali”.

Mais, une école de journalisme ne sera pas non plus de trop pour résoudre en partie les insuffisances liées à la formation, reconnaissent les acteurs du secteur de la presse. F

Source: Agence de presse Xinhua
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