Mali: l’appareil judiciaire paralysée par une grève illimitée des magistrats

Débutée le 9 janvier pour une semaine, la grève des magistrats s’est muée en grève illimitée, plongeant l’appareil judiciaire du pays dans l’inertie et subséquemment, les justiciables dans le désarroi.

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A l’appel de leurs syndicats, les quelque 570 magistrats du Mali ont déserté les tribunaux. Ils réclament, précise Aliou B. Nanacassé, vice-président du syndicat autonome de la magistrature (SAM), « l’augmentation de [leurs] salaires, primes et indemnités en plus de la relecture du statut de la magistrature ».

Du côté du gouvernement, l’on trouve que la satisfaction de ces revendications impliquerait de faire passer de 350 000 F CFA (532 euros) à 750 000 F CFA (1140 euros) les salaires des magistrats en début de carrière, et de 1 100 000 F CFA (1672 euros) à 3 500 000 (5320 euros) le salaire des juges situés au sommet de la hiérarchie.

De plus, semble-t-il, les grévistes veulent que leurs indemnités de judicature soient revues à hauteur de 800 000 F CFA (1216 euros) par magistrat, et leurs indemnités de logement à hauteur de 500 000 F CFA pour ceux de la Cour suprême (760 euros), de 300 000 francs CFA pour les autres (456 euros).

Il s’agit, selon le gouvernement, de revendications intenables, car si l’ensemble des revendications étaient acceptées, il en coûterait environ 34 milliards de F CFA par an à l’État. Et en cette transformation de la grève limitée en grève illimitée, le ministre de la Justice, Me Mamadou Konaté dit voir des velléités d’imposition d’« un État de non droit ».

Voilà que du côté des grévistes aussi, l’on clame être « dans une stature de non repli ». Recourant à un argumentaire comparatif, le juge Nanacassé précise que « Dans l’espace UEMOA, le Mali est 3e en matière macroéconomique (après la Côte d’Ivoire et le Sénégal, Ndlr), mais curieusement un magistrat débutant au Niger ou au Burkina est mieux payé que le magistrat le plus gradé ici. On ne peut pas nous parler de moyens ». Et à l’en croire, « Selon les textes de la CEDEAO ratifiés par le Mali, 3% du budget national doivent être consacrés au fonctionnement de la justice ; ici nous ne sommes qu’à 0,5%. »

L’autre réalité, c’est qu’en plus des revendications pécuniaires, les magistrats exigent une « meilleure indépendance » du pouvoir judiciaire. A ce sujet, ils revendiquent notamment l’autonomie dans la gestion de leur carrière tant en matière de mutations que de discipline choisie. En plus, ils demandent l’élaboration d’un plan de carrière des magistrats, un droit à la formation continue et l’octroi au SAM d’un poste au Conseil économique, social et culturel.

Innocente Nice

Source : afriquinfos

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