Mali : Hollande et le village africain

Bienvenue dans le village africain. Un sommet Afrique-France, c’est un peu comme le festival de Cannes à Bamako en état de siège, les projections en moins mais la sécurité en plus avec un déploiement militaire sans précédent, par crainte des attentats.

 

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Défilé de limousines, accueil de délégations avec ses stars dont certaines, très distantes, comme le président rwandais Paul Kagame, en froid avec la France depuis le génocide que Kigali voulut imputer à Paris. Ou d’autres âgées, tel l’indéboulonnable Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, plus de 90 ans au compteur. Lequel vient d’être remplacé par le Tchadien Idriss Déby, aux méthodes aussi expéditives.
Grande mansuétude 
Ce dernier, qui apparaît tout de noir vêtu à la tribune, est l’un de ces vieux crocodiles bénéficiant, à Paris, d’une grande mansuétude. Pas question de critiquer Déby dont l’appui fut indispensable pour le succès de l’opération Serval, et dont la France cautionna la réélection controversée en déléguant un Le Drian sacré « ministre de l’Afrique » aux cérémonies d’investiture. Pas question, non plus, d’insister trop lourdement sur l’élection, elle aussi entachée de suspicions, du Gabonais Ali Bongo, mobilisé par la Coupe d’Afrique des nations qui démarrait, hier soir, à Libreville. Ou encore sur celle de Denis Sassou Nguesso, le président congolais, sagement assis au côté de François Hollande que le président malien, Ibrahim Boubeicar Keita (IBK), a comblé de louanges, le gratifiant même, parmi les présidents français, d’avoir « été le plus sincère, le plus loyal ». Et Hollande, ravi, d’insister sur le défi que représentait l’organisation d’une telle manifestation internationale avec 35 chefs d’État.
Une politique à géométrie variable
Rappelant ses 32 visites officielles sur le continent noir, le Français, transformé en chef de guerre, s’est félicité de la croissance retrouvée, au Mali, dès lors que le préalable sécuritaire avait été levé par le dispositif Barkhane. Le sommet n’est-il pas intitulé « pour le partenariat, la paix et l’émergence » ? Une délégation importante du Médef etait présente à Bamako, comme pour rappeler que les entrepreneurs français ne se désintéressent pas du continent noir, à l’heure où les Chinois et les pays du Golfe investissent massivement. Et IBK de remercier les émiratis, notamment pour leur livraison de 80 véhicules, dont 40 blindés.

Pragmatique, Hollande précise qu’il n’y a pas de « sécurité durable sans progrès politique », comme on vient de le constater au Ghana, tout en déplorant que le choix des électeurs ne soit pas respecté en Gambie. Car, « grâce aux nouvelles technologies, les Africains ont sauté plusieurs étapes », souligne-t-il. Celui qui se faisait fort de mettre fin à la Françafrique a parfois mené une politique africaine à géométrie variable, s’adaptant aux considérations stratégiques et aux imprévus, comme la révolution au Burkina, passée sous les écrans radars du Quai d’Orsay. Quitte à se couper des nouvelles élites africaines. Mais on reproche souvent à la France tout et son contraire. De soutenir des dictatures vieillissantes et corrompues, comme de se désengager trop vite, si l’on en croit l’ONG Oxfam plaidant pour un accroissement de l’aide au développement qui n’est plus d’actualité. Bref, d’en faire toujours trop ou pas assez.
Source: letelegramme.fr

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