Lettre à mon oncle Bass

Cher oncle,

 

Bissimilahi, Arahamani, Arahim, Alhamdoulilahi !

Tu as, cher oncle Bass entre tes mains, ma dernière lettre de l’an 2017.

Cela, non pas parce que j’envisage de me suicider dans les jours qui suivent, mais simplement, il me faudrait prendre quelques jours de repos.

N’est-ce pas mérité, après t’avoir expédié plus de 50 lettres au cours de l’année 2017 qui agonise ?

Merci de comprendre cela !

Aussi, en mon nom, au nom de la troupe familiale, de tous les Maliens d’en dessous que la misère n’a pas encore expédiés à lahara, je rends grâce à Allahou Soubhanatala.

A toi aussi, oncle Bass, pour nous avoir évité plusieurs fois de mettre la marmite familiale en « jachère », et de nous permettre d’espérer voir très bientôt les lueurs de l’année nouvelle 2018.

Et, c’est sans hypocrisie aucune, que nous les « en bas », nous prosternons devant Dieu le Tout Puissant, l’Unique, le Miséricordieux.

Cela, avec fierté, car, en dehors de Dieu, nous les petits et les faibles ne nous agenouillerons devant aucun mortel ici bas. Walahi, Bilahi, je jure !

Cela même si nous (les maliens d’en bas) sommes à jeun, du 1er janvier au 31 décembre de chaque année, la situation alimentaire dans le pays plus précaire que jamais, le contexte économique si « cailloux », au point que nombre de Maliens auraient choisi pour s’en sortir, la voie du suicide (par pendaison) collectif ou individuel.

Mais, fort heureusement (ou malheureusement), chacun des misérables que nous sommes, a cette pitoyable consolation : celle de partager le même malheur et de ne pas être seul à en souffrir.

Eh oui tonton, seul le présent importe  pour nous les maliens d’en bas. Demain on verra ! C’est bien là, notre devise.

Aussi, c’est déjà bien un privilège que de pouvoir souvent (au niveau de la troupe familiale) d’assurer un repas par jour. Cela, parce que, nombre de Maliens d’en bas ne mangent qu’une fois tous les trois jours. Toute chose qui s’entend. Et pour cause.

Quand  certains Maliens (une minorité) se tapent à eux seuls des centaines de millions de nos francs sur le dos de l’économie nationale (en toute impunité) le Grenier National ne peut être assez garni pour permettre à tous, de manger 3 fois par jour.

Hélàs, comme tu le sais, cher oncle, la situation n’est pas pour changer demain ou après-demain ou même dans deux ans, voire dans plusieurs années. Allah Akbar !

En attendant, quels souvenirs faut-il retenir de l’année 2017 qui agonise ?

Bien difficile de tous les énumérer dans une lettre. Qu’à cela ne tienne !

Il faut retenir qu’en début d’année (2017), ici à Bamako, la gouverneure  a fait  raser casser et balayer kiosques, hangars et autres, afin de rendre belle et coquette la capitale.

Cela, à l’occasion de la tenue chez nous du sommet dit France-Afrique ou Afrique-France. Du pareil au même !

Elle savait pourtant la brave gouverneure, que, raser et casser pour rendre belle la capitale malienne est bien éphémère. Je le dis pian !

 Parce que, le pays restera pendant longtemps encore, avec ses citoyens d’en bas de plus en plus nombreux, ses affamés, ses assoiffés, ses cadavres ambulants, ses déchets humains, ses fous, ses folles et ses cimetières qui reçoivent plus de clients que les hôpitaux et  cliniques.

Je le dis pian !

En tous les cas, le pari de l’organisation du 27ème Sommet Afrique-France tenu à Bamako les 13 et 14 janvier 2017 au Centre international de Conférences, (rénové pour la circonstance) aura été gagné. Et de la plus belle manière.

Ce sommet ayant réuni, 33 Chefs d’Etats, 6 vice-présidents, 7 premiers ministres et plusieurs autres délégations conduites par des ministres des affaires Etrangères et de responsables d’organisations internationales. Autre évènement  ayant marqué l’année 2017 (dans un  coma irréversible), c’est la tenue d’un autre sommet extraordinaire du G5 sahel à BAMAKO.

La rencontre (une réussite) été organisée ici, le 5 et 6 févier 2017 sur initiative du président de la République IBK, président du G5 sahel.

Tenue dans un contexte de résurgence du terrorisme (aprèsl’attentat de Gao le 18 janvier 2017), la rencontre avait pour ordre du jour la situation sécuritaire au Mali et son impact dans le Sahel.

 

Promesse tenue par IBK (sur un autre plan), c’est la Conférence d’Entente Nationale qui a vécu du 27 mars au 2 avril 2017. Elle a été le théâtre de débats houleux, passionnants, passionnés et souvent ‘’fraternellement’’… insultants. Surtout lors qu’il s’agissait d’aborder la question relative à ‘’l’Azawad’’.

Mais, le linge sale aura été lavé en famille. Alhamdoulilahi !

Mieux encore, les fils du pays ont formulé des recommandations dont, celle d’ouvrir des discussions avec tous les fils du pays y compris les islamistes. Allah Akbar !

 

Autre fait important, c’est la venue au Mali (Gao) le 20 mai 2017 du tout nouveau président de la République française Emmanuel Macron.

A l’occasion, le jeune président a déclaré non seulement que l’opération Barkhane ne s’arrêterait que le jour où, il n’y aura plus de terroristes dans la région, mais aussi, qu’il était prêt à participer à une prochaine réunion du G5 Sahel.

 

Important également, l’adoption par  l’Assemblée Nationale du Mali le 3 juin 2017 du  projet de loi portant révision de la constitution du 25 février 1992 par 111 voix pour et 35 contre.

Mais, depuis le vote, beaucoup de regroupements de jeunes à Bamako à travers des mouvements comme : Trop c’est Trop, ça suffit, Anw Torola, la Plateforme ‘’Antè Abana’’  et d’autres avaient manifesté leur désaccord quant à la tenue du référendum prévu pour 09 juillet.

 

Quelques jours après, dans le cadre du G5 Sahel, une réunion ordinaire du Conseil des Ministres (du G5 Sahel), s’est tenue à Bamako, annonçant  le déploiement de la force conjointe du G5 sahel courant juin.

Du coup, l’UE (Union Européenne) a pris l’engagement de mobiliser un montant de 50 millions d’euros (33 milliards de FCFA) destiné à l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 sahel.

 

 

Bonne nouvelle (dans le domine du Sport malien), c’est l’acquisition de 8 médailles par nos sportifs lors de la 8e édition des jeux de la Francophonie tenue à Abidjan du 21 au 30 juillet 2017.

Engagé dans 8 disciplines sportives et culturelles avec 33 pays concurrents, le Mali est classé aujourd’hui 15e mondial grâce à ses 8 médailles glanées au cours de la compétition. Un score jamais égalé dans l’histoire de notre pays.

 

Le Mali ne peut pas se donner le luxe d’une division, même si elle ne concerne qu’une partie minoritaire. Car la Démocratie, ce n’est pas seulement la loi de la majorité, c’est aussi le respect des minorités, de leurs différences et de leurs angoisses.

C’est pourquoi, IBK, président de la République a pris la sage et patriotique décision de suspendre le projet de révision constitutionnelle. C’était un vendredi 18 août 2017. 

Pour sa décision, il avait été traité par certains comme un faible, mais je pense qu’on est grand quand, on sait ‘’raison garder’’.

 

Fait relevant aussi, c’est quand  le Vérificateur Général a présenté le 11 octobre, au président de la République son rapport portant sur les exercices financiers de l’année 2015.

Il ressort du document que sur les 16 vérifications financières et de conformité effectuées en 2015 auprès des 23 structures, le montant total des irrégularités financières s’élève à 70,10 milliards de FCFA dont 32,67 milliards de FCFA au titre de la fraude et 37,43 milliards de FCFA au titre de la mauvaise gestion.

 

De manière générale, tonton Bass, je dois te dire qu’au Mali de 2017, nous les ‘’en dessous,’’ avons, malgré les ‘’initiatives,’’  projets de développement et autres balivernes, subi les coûts assassins des céréales et des denrhées de première nécessité.

La Santé ?

Toujours  un luxe pour les petits et les faibles malgré la gratuité de la césarienne (combien sommes-nous à la subir ?), les constructions et équipements de CSCOM et autres…

Pire, nous demeurons encore la proie innocente de cette terrible maladie : la misère. Mais, toi-même tu sais, nous les piétinés, les  faibles et les petits n’avons jamais connu autre chose que les lendemains incertains, le désespoir, la faim, la soif, la maladie et l’injustice.

Contrairement à cette minorité insolemment nantie, à ces nouveaux riches qui, après avoir emprunté l’ascenseur pour se retrouver ‘’en haut’’, nous bloquent même les escaliers qui y accèder.

Conséquence de cette situation, nous continuons de vivre dans les poulaillers, à subir la faim, la soif et les maladies.

En somme, tout ce qui nous arrive, est le fait de ces hommes démoniaques, ces vampires bipèdes, ces vautours,  crocodiles et moutons des République qui s’abreuvent de notre sang et se baignent dans notre sueur.

Walahi, Bilahi, je jure, si par chance, ces gens-là, arrivaient à échapper au Tribunal historique de la honte ici bas, ils trouveront là-bas, à la « Cour d’Assises de Lahara », les implacables pilons et mortiers qui serviront à les moudre comme du petit mil.

 Je le dis pian !

Walahi, Bilahi, je jure, Lahara est bien incontournable. Que l’on y aille en mourant ou s’éteignant, que l’on ait sacrifié ici-bas (à l’occasion des fêtes de la Tabaski) des chameaux ou des coqs, que l’on ait effectué mille fois le pèlerinage à la Mecque, l’impartial et implacable tribunal de « Yomalkiyama » remettra à chacun la monnaie de sa pièce. Walahi, bilahi, je jure !

Non, non, oncle Bass, je ne divague point !

Nous autres les éternels « en bas », faisons nôtre, cette citation du Dr Alexis Karel (français) : « J’ai dit, la vie est méchante, l’écho m’a répondu : chante ».

Belle, imagée, mais aussi pleine de sens, la pensée de l’écrivain.

Et au-delà d’une banale rhyme, elle est d’une réalité irréfutable.

En effet, qu’y a-t-il au bout du désespoir ? L’espoir, logiquement ! Hé oui, cher oncle, philosophons Pian !

Non, oncle Bass, je n’ai point sombré dans la folie. D’ailleurs, qui n’est pas fou dans ce pays là ?

Par ailleurs, je te donne mille fois raison, quand tu me rappelles que ma vie ne m’appartient pas à moi seul et que, je n’ai nullement le droit de l’anéantir et d’en faire un échec. Seulement, vois-tu oncle Bass, je ne suis même pas vivant.

Je suis mort depuis longtemps. Et pour cause. A 28 ans, mon diplôme d’ingénieur est déjà rangé dans les vieilles malles de grand-mère et, à la vue de ma pauvre carcasse, il n’y a pas d’homme sur terre qui ne me prendrait pas pour un quinquagénaire.

La misère vieillit et, pire, elle  tue. Plus que la maladie.

A propos de mon diplôme ? Simple papier, inutile ornement ! Et pour cause, l’école malienne, mon pauvre oncle, va mal, très mal, et continuera ainsi, pendant longtemps.

Aussi longtemps, que n’importe quel cancre, s’achètera ou se fera offrir, des notes et des diplômes.

 L’école malienne ira mal, tant que, n’importe quel fainéant peut devenir un enseignant ou un responsable scolaire. Je dis pian !

Pour terminer, cette lettre, du fond du cœur, à toi, à toute la famille ‘en exil alimentaire) à Dakar à tous les maliens, d’en bas, (à ceux d’en haut aussi) je souhaite une bonne fin d’année.

Mes vœux particuliers de longévité à tous les voleurs de la République, les corrupteurs et les corrompus, les crocodiles, les caïmans, les loups et les autres prédateurs de l’économie nationale. Afin qu’ils puissent être présents au Tribunal de l’histoire (ici même au Mali), payer leurs crimes, pour ensuite être exposés dans les vitrines de la honte et se noyer dans nos crachats.

Bonne et heureuse fin d’année mon oncle !

 

A l’année prochaine Inchallah !

Par ton petit Ablo

 

Le 26 Mars

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