Le Sg Yacouba Katilé témoigne sur la grève de l’UNTM : «Nous n’avons pas eu de répondant du côté du gouvernement»

«Ça n’est pas un calcul mathématique du genre : 5 est inférieur à 12 !». C’est en ces termes que le Secrétaire général de l’Untm s’est exprimé pour expliquer, dans l’entretien qu’il nous accordé, les raisons profondes du dialogue de sourds entre le gouvernement et sa centrale syndical. Tout en imputant la responsabilité de la grève à ses interlocuteurs, Yacouba Katilé estime que le dialogue et la négociation restent malgré tout un passage obligé, en dépit de l’atmosphère et des péripéties ayant émaillé  le récent épisode qu’il considère par ailleurs comme un non-événement. Il invite par conséquent ses partenaire à engager des futures négociations le plus vite possible pour l’intérêt des travailleurs et du pays tout entier.

 Yacouba Katile syndicat syntade

Le Témoin : Dans quelle mesure êtes vous satisfaits du respect de votre mot d’ordre de grève ?

Yacouba Katilé : Je suis satisfait pour la simple raison que l’ensemble des militants de l’Untm – et même au-delà– ont accepté de suivre le mot d’ordre de grève que nous avons projeté. A l’heure  où je vous parle (l’entretien s’est déroulé vendredi,  Ndlr), l’estimation que nous pouvons faire de la réussite est dans l’ordre de 98%. Nous remercions donc l’ensemble des militants et tous ceux qui ont apporté leur soutien et contribué à ce résultat.

De quoi parlez-vous concrètement quand vous dites que votre appel a eu des retentissements au-delà ?

Je voulais dire tout simplement que même ceux qui ne sont pas affilés à l’Untm ont accepté de nous soutenir. Je profite donc de l’occasion pour les remercier et les rassurer que notre soutien ne fera pas défaut le jour où ils auront besoin d’être soutenus dans la recherche de solutions à leurs problèmes. Je veux parler d’un certain nombre de syndicats appartenant d’ailleurs à un cadre de concertation comme la SAM, le SYLIMA, le Syndicat national des administrateurs civils. Au-delà, je veux parler aussi de certains camarades de la Cstm. Même si tous ne l’ont pas fait, certains d’entre eux ont accompagné nos militants dans la grève sur le terrain.

Est-ce que vous avez veillé à ce que la grève soit observée dans les règles de l’art, l’assurance du service minimum par exemple ?

Tout à fait. Par rapport à la grève, il faut tenir compte de tous les paramètres : d’abord faire en sorte que la sécurité soit garantie pour éviter qu’il y ait des débordements et tenir compte en même temps des services minima. Toutes les consignes ont été données dans ce sens  et d’après les informations qui nous sont parvenues, jusqu’à la fin de la grève, ces consignes ont été respectées.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le service minimum ?

Au fait, c’est déterminé par la loi N° 87-48. Mais il convient de signaler quand même que cette loi comporte des tares. Il s’agit de la même loi initiée par Moussa Traoré, le président d’alors, et qui a été décriée en son temps par  le Mouvement démocratique ainsi que par le monde syndical. Qu’à cela ne tienne, puisqu’il n’y a pas eu encore de changement, la même loi reste en vigueur et nous avons essayé de tout faire pour assurer le service minimum. Les consignes qui ont été données, c’est que ce service minimum s’impose généralement aux responsables nommés par arrêté ou  par décret et cela varie selon l’organisation des services. On ne peut de ce fait dire quel est le schéma exact de l’ensemble des consignes, en ce qui concerne le respect du service minimum. Ce qui est sûr c’est que nous avons demandé aux uns et aux autres de se conformer à la loi par rapport à la question.

N’y avait-il pas vraiment d’alternative à la grève ?

Je ne voyais pas d’alternative à la grève. Pour qu’on en arrive à la mise en place d’une commission de conciliation, il a fallu d’abord déposer un préavis de grève. C’était la seule alternative qu’il nous restait, après que nous ayons envoyé des correspondances, envoyé les actes du dernier congrès, le cahier des doléances et que malgré tout ce fut un silence de mur. Nous n’avions donc d’autre choix, pour être dans un cadre de discussion, que de déposer un préavis de grève. Puisque c’est ce qui est la loi, je ne voyais d’autre alternative que de passer par cette voie.

À quoi l’imputez-vous ?

La responsabilité, on ne peut que l’imputer au Gouvernement. Il ne s’agit pas dire qu’il   y avait 17 points et que nous sommes tombés d’accord sur 12; la réalité est tout autre. Le premier point, par exemple, concernait l’extinction des protocoles antérieurs. Revenir là-dessus pour discuter ne veut pas dire que ça fait partie des acquis car il s’agissait tout simplement d’éteindre tout ce qui avait fait l’objet d’accord entre la centrale syndicale et le Gouvernement, faire en sorte que des dispositions soient prises pour discuter de nouvelles doléances,  voir éventuellement ce dont l’application peut être immédiate, ce qui peut être différée, puis les cas susceptibles d’être l’objet d’analyse beaucoup plus tard.  Il faut reconnaitre que toutes les doléances dont la question de fond est financière n’ont pas eu d’écho favorable de la part du gouvernement. Or c’est ce qui urge pour nous. Ce qui fait que nous n’avons pas pu nous entendre sur quelque chose.

On semble dire pourtant que vous avez craché sur 12 acquis, qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas un calcul mathématique du genre : il y avait 17 points, nous sommes tombés d’accord sur 12 et 5 est inférieur à 12. Non, çà n’est pas le cas du tout ! Il s‘agit plutôt de prendre en compte la portée des points de revendication. Aujourd’hui ce qui urge pour nous Maliens, c’est le problème de salaire ; ce qui urge pour nous Maliens ce sont les questions financières en rapport avec l’ITS,  en rapport avec les allocations familiales, en rapport avec la baisse des tarifs d’électricité, etc. Or pour tout ce qui a trait aux questions financières il n’ya pas eu d’entente. On n’a pratiquement pas discuté à plus forte raison avoir une entente autour de ça. Dire donc nous avons craché sur ceci ou cela n’est qu’une estimation du ministre à son propre niveau. Je crois qu’en lisant le rapport de la commission de conciliation, on peut se rendre compte que tel n’a pas été le cas : on ne peut pas nous proposer et dire que nous allons cracher sur des propositions. Franchement, il faut dire que nous n’avons pas eu de répondant du côté du Gouvernement. La preuve en est que depuis que la commission a commencé à travailler le constat a été patent : c’est qu’il n’y avait pas vraiment de diplomatie en la matière par rapport à tout ce qui a été discuté. Vous avez pu en faire le constat sur le petit écran, c’était pire que tout ce que vous avez pu voir. Cela prouve à suffisance que les choses ne se sont pas passées comme elles ont été décrites.

Et comment accueillez-vous le fait que le Gouvernement ait retiré les points concédés ?

Le ministre fait allusion aux textes. Le comble a été peut-être qu’il ait voulu parler pour le public. Ce n’était même pas la peine d’en parler et de revenir là-dessus parce que c’est prévu par les textes. Nous le savons très bien que du moment où il n’y a pas d’entente c’est comme si on revenait à la case de départ. Ce n’était donc pas la peine de revenir là-dessus pour dire qu’on retire ce sur quoi on était tombés d’accord.  Dans tous les cas, on peut les retirer aujourd’hui et les restituer demain. Ce qui est sûr, c’est qu’on est obligé de dialoguer, on est obligé de discuter et, d’une manière ou d’une autre, on va devoir s’entendre sur quelque chose. Cela va prendre du temps, mais forcément cela va se faire.

Vous pensez donc que le dialogue est encore possible malgré tout ce qui s’est passé ?

Cela est quand même le corollaire des discussions et des négociations. Nous, nous le considérons comme un non-événement. La grève a eu lieu, on va revenir sur la table et on va s’entendre. Chacun comprendra désormais ce qu’il y a lieu de faire, ce qu’il faut céder ou ne pas céder. Dans tous les cas, s’entendre est une obligation. Ce qui s’est passé ne finit pas dans les négociations; on ne se comprend pas aujourd’hui, demain on va se comprendre. Nous ne voyons pas ça comme un obstacle.

Et Qu’êtes-vous prêts à céder ou ne pas céder ?

Je ne peux pas déterminer à l’avance ce qu’on est prêt à céder ou ce qu’on n’est pas prêt à céder. Tout dépendra de la façon dont les négociations seront menées. L’essentiel c’est qu’elles se tiennent et on verra au cours des négociations jusqu’à quel niveau on pourra concéder des choses. Ce qui est sûr, nous tenons beaucoup aux revendications d’ordre financier. Lorsqu’on nous fait comprendre que le Mali occupe la troisième place dans l’économie de la zone Uemoa et que le Mali soit le dernier en termes de salaire, il y a lieu quand même de corriger cette situation. Sans compter également le cout de la vie, la cherté de la vie que tout le monde sait, d’où la nécessité d’un relèvement des salaires. À quel niveau maintenant ? C’est un détail qu’on pourra se donner lorsque nous seront en négociation.

La situation actuelle du pays n’impose-t-elle pas un sursis, un facteur de renoncement aux revendications ?

Non ! Il est vrai que le Mali fait face à des difficultés, mais cela ne saurait nullement constituer un facteur de renoncement aux revendications.  Qu’on n’oublie pas que d’autres pays comme le Mali ont vécu comme tel sans que cela les empêche d’assurer le minimum pour leurs travailleurs. Je rappelle, par exemple, le Sénégal avec le problème  Casamançais. Cela fait de longues années que ça dure mais n’a point empêché le gouvernement sénégalais de faire face aux préoccupations des travailleurs. Je pense que c’est une question d’opportunité, de programmation  du gouvernement et de sa détermination à faire face aux questions et à les gérer définitivement.

Ne craignez-vous pas que votre position soit assimilée à de l’indifférence ?

Je ne le crois pas, s’il faut en juger par la situation générale depuis que le préavis a été déposé, ainsi que par les différentes informations qui nous parviennent. Faites un sondage un peu pour savoir si notre position est saluée ou décriée. Je crois qu’à ce niveau vous pouvez avoir la réponse à la question. Pour ce qui nous concerne, nous avons beaucoup réfléchi et tenu compte de beaucoup de paramètres avant de déposer notre préavis de grève.

Avez-vous un appel ?

Au moment où nous amorçons la fin de la grève, je voudrais tout d’abord réitérer mes remerciements aux militants pour leur mobilisation, de même qu’aux syndicats amis et partenaires. Je  profite en même temps pour demander au gouvernement s’engager rapidement les discussions autour des revendications afin qu’on puisse s’entendre sur quelque chose pour l’intérêt des travailleurs et du pays.

Propos receuillis par

A. KEITA

SOURCE: Le Témoin  du   26 août 2014.
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