Le doyen Amadou Djicoroni lors d’une conférence samedi dernier«Ceux qui ont autorisé la création des associations à caractère régional ou communautariste sont à la base de la rébellion d’aujourd’hui»

Le doyen Amadou Seydou Traoré plus connu sous le nom d’Amadou Djicoroni s’est livré à une véritable diatribe contre le colonisateur, la France, samedi dernier. C’était au cours d’une conférence-débat initiée par l’association «Repères» à l’occasion de la célébration de l’accession de notre pays à l’indépendance, au Carrefour des jeunes.

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Au cours de cette rencontre et face aux jeunes venus nombreux pour se renseigner sur les conditions dans lesquelles le Mali a accédé à l’indépendance, Amadou Djicoroni a exposé le thème: «le 22 septembre 1960 et sa signification par rapport au passé, au présent et à l’avenir». De l’avant indépendance à 1960 et après jusqu’au coup d’Etat contre Modibo Kéita, aucun point n’a été occulté par celui qui se présente comme un anticolonialiste, un anti-impérialiste et anti-néocolonialiste.

Ce nostalgique du Mali «un Peuple, un But, une Foi» n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour fustiger la création des associations à caractère régional, ethnique ou communautariste. Selon lui, ceux qui ont permis la création de ces genres d’associations sont à la base de la rébellion qui sévit aujourd’hui au Nord du Mali.

A l’en croire, après l’accession du Mali à la souveraineté nationale et internationale, les pères fondateurs du Mali ont décidé que notre pays constituait un Peuple. «C’est le sens de la devise du Mali», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter: «nous avions décidé de faire une carte d’identité nationale. Nous avions interdis à tout le monde de faire référence à sa région, à son ethnie ou à sa communauté. Nous étions un Peuple».

Cours d’histoire                              

Auparavant, dans une sorte de cours d’histoire à l’intention de la jeune génération, le doyen Amadou Djicoroni a informé  l’assistance qu’avant sa conquête par les blancs, le Soudan comptait plus de 100 millions d’habitants. «Nos grands parents étaient un peuple travailleur, nos terres étaient propices et riches de ressources minières. Avec toutes ces potentialités repérées et reconnues, les blancs ont entrepris la conquête du Soudan.

Auparavant, ils avaient fait 50 ans à l’explorer. Ils n’ont pas fait de demandes de visa pour venir. Ils sont venus avec des armes et des munitions. Dans tous les gros villages, il y avait des Tatas (grands murs comme à Sikasso, le plus célèbre). Ils ont ainsi détruit des villages entiers. Ça a été un carnage. Ils ont rempli des puits de corps humains. Aujourd’hui, c’est eux qui nous parlent de droits de l’homme. De quels droits parlent-ils», a-t-il noté.

Avant de soutenir que durant la guerre de 1914-1918, quand la France a été mise en déroute, elle est venue prendre des hommes au Bélédougou. «C’est après cela que la route de Koulouba a été construite à la main par des hommes et des femmes», a indiqué le conférencier. Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que, selon Amadou Djicoroni, après la conquête, quand les blancs ont fait asseoir leur pouvoir, ils ont donné le nom, le Haut Sénégal-Niger, au Soudan.

Le conférencier a également fait savoir que la fédération du Mali a été détruite par un coup d’Etat financé et exécuté par la France.

A l’en croire, les dirigeants de l’époque ne se sont pas contentés de la déclaration d’indépendance. Selon lui, ils s’étaient préparés à prendre leur destin en mains. Dans ce sens, il a rappelé notamment la création de la Société Malienne d’Import et Export (SOMIEX) en réponse au chantage de l’occident qui avait fermé sa boutique.

Il a expliqué qu’en riposte à cette situation, le Gouvernement du jeune Etat a remis de l’argent au Directeur de cabinet du Président de la République, Oumar Ly, à l’époque, pour partir chercher du vivre et les autres nécessités vitales. Pour ce faire, ils ont appliqué la politique du prix unique, qui consistait à vendre les marchandises au même prix partout sur toute l’étendue du territoire national.

Ainsi, a-t-il regretté, le coup d’Etat du 19 novembre 1968 qui est venu rompre cette belle marche de notre pays. En effet, selon lui, au jour du coup d’Etat, le chantier de l’hôtel de l’Amitié a été interrompu à 13 étages, alors qu’il était prévu de réaliser 17 étages. Ce n’est pas tout. Amadou Djicoroni a également fait savoir que le jour du coup d’Etat a trouvé que le financement du chemin Conakry-Bamako était acquis et les investissements chinois étaient présents dans notre capitale ce jour là pour le démarrage de ses travaux.

Après le coup d’Etat, les dirigeants du Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN) ont décidé de ne pas coopérer avec les communistes. Ainsi, ce projet a été enterré. Heureusement qu’il vient d’être réanimé avec la récente visite du Président IBK en Chine. Le doyen a aussi fait savoir à la jeunesse que le litre d’essence était vendu à 43 francs maliens, soit moins de 25 francs CFA. Ce qui a rendu stupéfaits  les jeunes venus nombreux, eux qui le paient aujourd’hui à plus de 700 FCFA.

Est-ce à dire que le coup d’Etat de Moussa Traoré a interrompu l’œuvre d’édification de notre jeune Etat à l’époque? A vous de juger.

Youssouf Diallo

Source: 22 Septembre

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