Le Chérif de Nioro Bouyé Haidara à ses fidèles : « Hier, j’étais contre le pouvoir et je demeure dans cette même posture à présent. Je suis contre ce pouvoir, je l’ai dit et je le maintiens »

Un document parvenu à la rédaction de malicanal fait le compte rendu de l’intervention du Chérif de Nioro, Bouyé Haidara devant ses fidèles le 6 juillet 2019 à la Zawia, après la prière du vendredi

Quatre (4) sujets étaient à l’ordre du jour :

1- visite du président de la République chez le Chérif,

2- la situation sécuritaire et politique de la nation,

3- l’Education sexuelle complète et la révision constitutionnelle,

4- le Haut Conseil Islamique du Mali et Amupi.

« Je salue tous les fidèles hamalistes, ici, présents et d’ailleurs. Je rends grâce à Dieu le Tout Puissant, Miséricordieux, de nous avoir montré ce jour.

Je veux juste vous rappeler d’un sujet dont j’ai l’habitude de vous en parler presque tous les vendredis après la prière du vendredi.

Nous sommes tous au courant de la situation dont notre pays fait face actuellement. Ça s’aggrave du jour au lendemain à cause d’un régime incapable de gérer les affaires publiques. Tout le monde est unanime du déroulement de l’échéance présidentielle passée qui a été une véritable mascarade électorale avec la complicité de l’ex-Premier ministre Soumeylou B. Maiga. 

Quelques mois après la réélection du président dont tout le monde connaît le comment, nous avons constaté avec certitude que le Premier ministre, Soumeylou B. Maiga et son gouvernement avaient voulu instaurer l’éducation sexuelle complète dans notre système éducatif.  Chose taboue pour notre religion et nos valeurs sociétales. Dès lors, nous nous sommes levés comme un seul homme pour dire non à ce projet et demander la démission du Premier ministre et de son gouvernement. Chose que le président avait considérée comme une demande de trop puisque le président pensait que son Premier ministre, en son temps, était un super homme. Lorsqu’on a décidé de marcher le vendredi 5 avril pour mettre fin à son règne, c’est là qu’il a su qu’il a affaire à des gens plus forts que lui et c’est là où son côté faible a commencé à le conseiller. Lors de cette marche, IBK nous a traités de terroristes. Qu’a-t-on à voir avec une personne qui te traite de terroriste et qui attaque ton lieu de culte ? Non seulement, il a ordonné à son ministre de la Sécurité d’attaquer notre Zawia avec du gaz lacrymogène, mais il a aussi félicité ses forces de défense pour le travail accompli à notre égard.

Quand nous avions exigé la démission de Boubèye, il avait même juré à des gens qu’il ne démissionnerait pas (un animal que ce soit un mouton ou un bœuf égorgé, avant de rendre l’âme, prend toujours un temps, mais finira toujours par mourir quoi qu’il en soit). Le PM était déjà un homme fini pour nous. J’ai participé à cette marche du 5 avril étant à Nioro. Dieu merci, cet événement s’est déroulé sans incident. Malgré mon âge, j’ai pu marcher plus de 500 mètres de chez moi à la Zawia. Après la marche, nous avons appris que le président a fait une déclaration pour dire que parmi les manifestants qu’il y avait des terroristes et le même jour, notre Zawia de Niarela a fait l’objet d’attaque avec du gaz lacrymogène de la part des éléments des forces de l’ordre. 

Traités de terroristes, alors, que comprendre de la déclaration du président IBK saluant le professionnalisme des forces de l’ordre pour nous avoir attaqués jusque dans notre Zawia ? Je crois que cette attaque vaut une réponse ? 

On peut nous causer du tort, nous soupçonner, nous traiter de n’importe de quoi, mais, je dis, mais on ne peut jamais nous faire du mal dans son sens réel. Aucun pouvoir au monde ne peut nous exterminer si ce n’est celui d’Allah Soub hana Watala. 

J’ai toujours soutenu les politiciens dans leurs manifestations, mais tout en respectant les valeurs et les édifices de la nation. Je ne serai jamais un terroriste ni ne coopérerai jamais avec un terroriste contre mon pays. Si j’avais opté pour la déstabilisation, je l’aurais déjà fait depuis car, Dieu m’en donne la force et les hommes qu’il faut. Mais non ! Mon rôle de premier plan, c’est d’être un espoir pour tous les gens lésés dans la société malienne.

Revenons à la visite d’IBK chez moi. J’ai été la première personne à le reconnaître et à le soutenir en 2013 comme président. Je considère ce deuxième mandat d’Ibrahim Boubacar Kéita comme une prolongation dont ils ont l’habitude de faire pour les députés et les maires. IBK m’entend très bien. Quand il est venu à Nioro pour cette visite, après les salutations, il a commencé à citer les biens que je lui ai faits dans sa vie. Pour moi, s’il décide de venir présenter ses excuses ou venir me saluer, il n’a fait que ce qu’il devrait faire, dans le cas contraire, ce serait autre chose. Quand il est venu ici, l’entretien n’a pas duré, voici ce qu’il m’a dit : ‘’Mon père, je suis venu vous voir, comme ça faisait longtemps. Je suis là en tant que votre fils d’aujourd’hui et de demain. Vous avez tout le pouvoir sur moi’’. Je l’autorise à nier si ce que je dis est faux.

En retour, mon intervention n’a pas dépassé 5 minutes. Je l’ai bien accueilli : ‘’je suis ravi de ton arrivée, tu ne m’as pas respecté et tu ne peux pas me respecter, toi tu es un politicien, tu cherches des bénédictions avec beaucoup de religieux et autres marabouts en leur donnant, bien-sûr, des fortunes, mais avec moi, c’est tout le contraire, je t’ai toujours béni et donné des fortunes’’. Voilà tout ce qui s’est  passé entre nous. Les gens peuvent raconter tout ce qu’ils veulent, mais c’est ça, la vérité !

On peut nous causer du tort, nous soupçonner, nous traiter de n’importe de quoi, mais on ne peut jamais, je dis bien, on ne peut jamais nous faire du mal.

Hier, j’étais contre le pouvoir et je demeure dans cette même posture à présent. Je suis contre ce pouvoir, je l’ai dit et je le maintiens.

En ce qui concerne le texte sur l’Éducation sexuelle complète et la révision de la constitution, nous sommes vendredi, aujourd’hui, 1er jour du mois et 11ème mois de l’année. Je jure devant Dieu et les hommes que ces textes demeureront intouchables. Nous allons nous mobiliser contre le tripatouillage de nos textes.

Le président veut se cacher  derrière son incompétence pour réviser notre constitution sous prétexte que c’est l’une des conditionnalités de l’accord d’Alger.

S’agissant du Haut conseil islamique et de l’Amupi, je n’en ai jamais été membre, mais nous avons eu à mener beaucoup de combats ensemble concernant le code de la famille. Ma position est claire, aujourd’hui, je ne suis plus avec lesdites organisations, je mène seul mon combat. Que ce soit le Haut conseil ou autres organisations, qu’ils continuent seuls avec leurs objectifs, je leur demande de rester dans leur position.

Wassalam ».

Nioro, le 06 juillet 2019

Cheick coulibaly porte parole de l’UJH

Source: malicanal 

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