Le challenge d’une procession égarée

La procession situationniste de politiques commence à reprendre ses droits. Après la marche de ce 5 juin, les prévisions de la météo politique n’annoncent pas un temps clément pour le régime qui a gouté à la turbulence provoquée par le cantonnement de la convergence des fureurs par un regroupement aussi éclectique qu’insolite. La mobilisation de ce 5 juin est symptomatique de l’exacerbation de la frustration populaire. Elle en tire d’ailleurs son essence.

 

Napoléon Bonaparte, dans ‘’Les maximes et pensées’’ (1769-1821) : constatait : ‘’l’intérêt est un langage que les hommes apprennent sans grammaire’’. Près de deux siècles après, c’est toujours une lapalissade. L’après et même l’avant 5 juin, en est une illustration. Évaluation de la situation : ça se gâte pour IBK. Mesure de sécurité (de survie politique et subsidiairement de survie alimentaire) : il faut abandonner le navire qui prendra, à coup sûr, de l’eau de toute part. Nous parlons bien de ceux qui mangent à la table du Président qui refusent de faire la vaisselle, ou font la vaisselle des deux côtés. Ils ont un odorat si aiguisé qu’ils ont la réputation peu flatteuse d’avoir un flair infaillible. Ils sentent la direction du vent tourner, telle une toupie, ils tournent et retournent leur veste. Leurs instruments de mesure se trompent quelques fois, comme quand ils ont bombardé SBM Président de la République dès 2023, à l’origine d’une migration parlementaire d’une ampleur presqu’inédite dans l’histoire politique du Mali, mais ils sont généralement fiables.
Quand on a des instruments fiables, l’on peut gager sur des décisions autant fiables. La décision à prendre par ces temps de hourvari est de rallier le camp de ceux qui ont le moyen de faire tanguer la République, de cauchemarder le pouvoir par une revendication biscornue : la démission d’un Président de la République élu avec plus de 67 % des suffrages valablement exprimés. Or, ça jacasse et cancane : des amis du PR auraient nuitamment fait défection et prêté allégeance aux nouveaux maîtres de la rue. Plus prospectifs, d’autres n’ont pas attendu la manif du 5 juin pour témoigner de tout leur soutien financier aux frondeurs.
Cette vague de ralliements déclarée ou non confère-t-elle, en soi, une quelconque légitimité à l’exigence de la ‘’Troïka’’ ? La certitude, à ce stade, de notre point de vue, est qu’elle certifie simplement le comportement velléitaire de nos politiques. Ce qu’on peut également rappeler, c’est que tous les dirigeants de ce pays ont fait l’expérience de la trahison. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil, de ce point de vue. Même exiger la démission d’un Président de la République n’a rien de nouveau dans ce Mali.
Par contre, ce qui serait prophétique, ce serait d’engager l’œuvre de refondation nationale. Il faudrait pour ce faire, se dépouiller de nos minuscules intérêts personnels, s’occuper pour une fois du Mali mourant dont nous sommes sur le point de débrancher le respirateur ; comprendre que le salut n’est pas dans une sempiternelle migration. Serions-nous prêts à nous attaquer à ce challenge ?

PAR BERTIN DAKOUO

INFO-MATIN

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