La bande Siméon Keïta à la barre le vendredi dernier -Siméon Keïta condamné à trois ans d’emprisonnement -Mamadou Youba Diarra écope de cinq ans

Après deux semaines exclusivement consacrées aux dossiers d’atteinte aux biens publics, la Cour d’Assises, dont les travaux ont débuté le lundi 17 novembre dernier à la Cour d’Appel de Bamako, s’est penchée sur l’affaire qui oppose le ministère public à la bande à Siméon Keïta, ex-secrétaire général du Syndicat de la Police nationale (SPN). Inculpés de  huit chefs d’accusation, les accusés ont été fixés sur leur sort. Ainsi, Siméon Keïta a été condamné  à trois ans d’emprisonnement, l’élève commissaire Mamadou Youba Diarra à cinq ans. Quant à Sékou Maïga, Yaya Niambélé, Fodé Samba Diallo et Cheick Fissourou, ils ont écopé, chacun, de 18 mois avec sursis pour «coups et blessures volontaires». Cependant, HamidouTogola et Drissa Samaké dit Roger ont été tout simplement acquittés.

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Démarré le vendredi dernier à 9 heures à la Cour d’Appel de Bamako, le procès de ce qu’on appelle  »la célèbre bande de Siméon Keïta », notamment des éléments issus du Syndicat de la Police nationale, n’a pu connaitre son dénouement que le lendemain samedi aux environs de 6 heures. Il était  sans doute le procès le plus attendu par l’opinion publique malienne et internationale.

Dans les faits, tout est parti des nominations à titre exceptionnel accordées à certains éléments proches de l’ex-homme fort de Kati ( le capitaine général putschiste Sanogo) pendant la transition. Ces nominations ont suscité beaucoup de mécontentement dans les rangs de la police nationale au point que les deux camps (les bénéficiaires et les autres) se sont affrontés plusieurs fois au Groupement Mobile de Sécurité (GMS). C’est suite à tous ces troubles causés par les policiers, qu’une mission de désarmement, conduite par le chef de bataillon Sékou Ibrahima Sylla, a été dépêchée au GMS pour mettre hors d’état de nuire les auteurs qui entachaient la réputation de la police nationale. Auparavant, ils s’étaient procurés des armes au dépôt du GMS pour se faire ‘‘respecter » au sein du Groupement Mobile de Sécurité et semer le désordre.

Par ailleurs, il est également reproché aux huit  accusés qui comparaissaient à la barre de s’être adonnés, à cette époque de non-droit à l’intérieur du pays, à des actes de vol qualifié, de forfaitures graves à l’ordre public, de violences, de coups et blessures volontaires ou encore des exactions à travers toute la ville de Bamako etc.

Siméon Keïta, condamné à trois ans d’emprisonnement pour soustraction frauduleuse de véhicules, détention illégale d’armes de guerre et de violences, voies de fait ou menaces envers les officiers publics

Arrêté en même temps que son adjoint Siriman Fané, décédé en prison, Siméon Keïta était, au moment des faits, le secrétaire général du Syndicat de la Police nationale dont les seuls éléments ont bénéficié des nominations à titre exceptionnel. Il comparaissait pour plusieurs chefs d’accusation. Il s’agit notamment de forfaiture, d’atteinte à la sûreté intérieure l’Etat, de troubles graves à l’ordre public, de détention illégale d’armes de guerre, d’association de malfaiteurs, de violences et voies de faits, vol qualifié et complicité de meurtre.

Interrogé à la barre, Siméon a catégoriquement nié les faits. Il a dit ne pas être impliqué dans le meurtre de qui que ce soit, notamment du soldat de   deuxième classe, Daouda Adiawiakoye, de la 312ème RIM de Kati, lors de l’opération de désarmement. «  Cette nuit (la nuit des opérations de désarmement, ndlr), je me trouvais à mon domicile à Kognoumany Plateau, à plus de 20 km du GMS « , a-t-il dit à la barre. Effectivement, sa culpabilité n’a pu être prouvée par le juge.

Cependant, elle été retenue dans le fait d’avoir soustrait frauduleusement des véhicules et d’autres biens au préjudice de l’Etat, en l’occurrence le ministère de la Santé, d’un certain Aguibou Bah et d’autres.  » Je n’ai jamais soustrait un véhicule à qui que ce soit…des véhicules réquisitionnés par les Forces armées et de Sécurité étaient quand même stationnés au GMS avant d’être conduits à leur destination finale, Kati », a-t-il avoué à la barre. Toutefois, un témoin a affirmé avoir vu Siméon, pendant plusieurs jours, à bord d’une V8 blanche au moment des faits ajoutant qu’une voiture appartenant à Jéamille Bittar, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali au moment des faits, était également en la possession de feu Siriman Fané, secrétaire général adjoint du SPN. «  Cette V8 m’a été donnée par le CNRDRE quand ma voiture était en panne « , a dit Siméon.

La Cour a également estimé qu’il est coupable d’avoir opposé de la résistance avec violences, voies de faits ou menaces envers des agents de l’autorité publique, notamment des commissaires, en plus de détention illégale d’arme de guerre.  » Des commissaires ont été séquestrés et gardés dans une maison, près du domicile de Mamadou Youba Diarra…il a fallu l’intervention des leaders religieux pour qu’ils les relâchent « , a dit le témoin Boubacar Keïta de la Compagnie de la Circulation routière (CCR).

Des autres chefs d’accusation, il a été tout simplement acquitté, la Cour ne disposant pas d’arguments ou de preuves à retenir contre lui. Et, bénéficiant des circonstances atténuantes, l’élève commissaire Siméon Keïta a été condamné à trois ans d’emprisonnement.

Mamadou Youba Diarra, condamné pour meurtre, coups et blessures et forfaiture

L’élève Commissaire Mamadou Youba Diarra comparaissait pour quatre chefs d’accusation, notamment le meurtre du soldat de deuxième classe de la 312ème RIM de Kati, Daouda Adiawiakoye, des coups et faits de blessure sur le Sergent-chef de police Baba Ousmane Traoré, des actes de forfaiture à travers la commission des actes criminels et pour association de malfaiteurs. Sur ces chefs d’inculpation, il a été acquitté du seul fait d’association de malfaiteurs et reconnu coupable des autres faits qui lui étaient reprochés.

S’agissant de la mort de Daouda Adiawiakoye et de la blessure par balles du Sergent-chef Baba Ousmane Traoré, l’accusé a fait une dénégation systématique des faits. Selon lui,  il dormait tranquillement dans sa maison, au sein du GMS, quand, aux environs de 5 heures du matin, des gens qui ont refusé de décliner leur identité sont venus taper, très fort, à sa porte.

» Quand j’ai demandé qui était derrière la porte, ils m’ont répondu d’ouvrir seulement, chose que j’ai refusée et ils ont commencé à tirer de partout…ils ont pris ma maison en sandwich et les balles fusaient de tous les côtés…c’est à ce moment que j’ai pris mon pistolet Bereta 92 FS, 9 mm et j’ai fait deux tirs de sommation dans l’air et je me suis rendu« , a-t-il dit devant la Cour. Effectivement, selon le rapport de transport du juge Yaya Karembé, des impacts de balles se trouvaient sur la fenêtre, sur la porte, le manguier et près du robinet (42 impacts par balle ont été trouvés sur les lieux). A en croire l’accusé, c’est peut-être à ce moment que Baba Ousmane et Daouda Adiawiakoye auraient pu être atteints de balles qui provoquèrent la mort de ce dernier. «  La fenêtre et la porte du salon se font face et une balle d’un pistolet mitrailleur est d’une telle puissance qu’il peut percer ces deux obstacles (la fenêtre et la porte) pour atteindre mortellement une cible « , a-t-il affirmé.

Cette version a été reprise en large par les membres de sa famille à la barre qui étaient à l’intérieur de la maison avec lui la nuit des faits. Seulement, la femme de l’accusé a révélé que les militaires avaient décliné leur identité et a affirmé que son mari était en possession d’un pistolet mitrailleur (PM) avant de dire ensuite, après hésitation, qu’il détenait son pistolet de service (Bereta 92 FS) quand on lui a montré les photos des deux armes. Mais la Cour a été plus tôt convaincue par les explications des Sergents Baba Ousmane Traoré et Jean Samaké de la Compagnie de la circulation routière (CCR) qui, selon eux, étaient des témoins oculaires des évènements. «  Quand nous sommes arrivés, les soldats se sont arrêtés à la porte et ont dit :  »ouvrez ! C’est les Forces armées et de Sécurité, nous sommes venus pour vous désarmer’‘. Et, à ce moment aucun tir n’a été effectué conformément aux ordres donnés par le chef d’Etat-major d’alors, le Général Dahirou Dembélé « , a dit Baba Ousmane Traoré avant de poursuivre : «  …soudain, il commença à tirer des rafales sur la porte du salon et c’est là que Daouda Adiawiakoye a été atteint par les balles dans sa partie intime et le ventre qui l’ont tué avant que je ne sois blessé à la cuisse « . «  Il a crié une seule fois et tomba sous nos pieds « , a soutenu le Sergent Samaké.

Bénéficiant également de circonstances atténuantes, l’élève Commissaire Mamadou Youba Diarra a été condamné à cinq ans d’emprisonnement.

18 mois avec sursis pour Sékou Maïga, Cheick Fissourou, Fodé Samba Diallo dit Jet Lee et Yaya Niambélé

Sur les chefs d’accusation dont ils étaient inculpés, seul le crime de coups et blessures leur a été retenu contre eux. Et, bénéficiant des circonstances atténuantes, la Cour, ne disposant pas de preuves contre eux dans les faits de détention illégale d’armes de guerre et d’obstruction de la voie publique, les a condamnés avec sursis à 18 mois d’emprisonnement.  Quant à Hamidou Togola et Drissa Samaké dit Roger, aucune des charges n’a été retenue contre eux. Ils ont recouvré la liberté.

Aboubacar DICKO

SOURCE: L’Indépendant  du   1 déc 2014.
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