Lutte contre la corruption : IBK invite les magistrats à agir

«Je suis étonné qu’ayant superbement décrété l’année 2014, année de lutte contre la corruption, ayant déféré auprès de vous plus de 200 dossiers, sinon plus, que l’on me parle de décisions inachevées, depuis des mois, qu’aucun de ces cas n’ait prospéré jusqu’à jugement. Je m’interroge calmement, sereinement ». C’est par ces mots que le Président IBK s’est adressé aux magistrats de notre pays, rassemblés lors de la rentrée solennelle des Cours et tribunaux du Mali.

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C’était dans la salle des 1000 Places du CICB, prise d’assaut par les justiciables et les justiciers. Elle était également remplie par les porteurs de robes rouges et noires ainsi que les 25 nouveaux membres de la Cour Suprême qui ont prêté serment devant le Président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, au cours de cette audience solennelle.

Visiblement émerveillé par le latin du nouveau Procureur Général près la Cour Suprême, Mamadou Tidiane Dembélé, la leçon de grammaire du Bâtonnier, Seydou Sidiki Coulibaly, qui a gratifié l’assistance de morceaux choisis de la mythologie et de  la littérature grecques et l’éloquence du rapporteur général, Idrissa Hamidou Touré, le président IBK en a profité pour compléter leurs cours, en leur administrant une belle leçon sur  la prosopopée des lois de Socrates et le talent de Cicéron pour démontrer la noblesse du métier qu’est la justice. En réponse à certaines des interpellations lors de cette journée, IBK a affirmé avec force et conviction qu’on ne saurait lui imputer l’inexécution des décisions de justice.

«Je dois dire que je ne pense jamais avoir été interpellé par votre hiérarchie et que je sois resté sans agir», a-t-il déclaré.  Par contre, le Président de la magistrature suprême a saisi cette occasion pour inviter les magistrats à agir davantage dans la lutte contre la corruption. Il ne comprend pas qu’après avoir superbement décrété l’année 2014, année de lutte contre la corruption et déféré à la justice plus de 200 dossiers, qu’aucun n’ait connu un début de jugement. Il a également rappelé, en ces termes: «je m’honore en tant que président du Conseil Supérieur de la magistrature, je puisse regarder chacun et chacune d’entre vous droit dans les yeux et droit dans les bottes n’en ayant jamais sollicité aucun pour une réaction particulière à un dossier qui serait en contradiction avec mon serment, tel est mon sens de l’honneur et de la dignité. Tel est ma conception de mon rôle de chef de l’Etat. Dès lors, il vous est loisible de mener votre art avec des compétences qui vous sont reconnues et qui sont réelles avec la détermination, également et l’intégrité parfaite dont je sais attendre de vous». Pour aller plus loin dans l’instauration d’une paix durable, IBK a demandé de savoir pardonner, tout  en reconnaissant que c’est difficile avec les indicibles horreurs qui ont été commis.

Placée sous le thème «Rôle de la Justice dans la consolidation de la Paix», la rentrée solennelle des Cours et tribunaux a vu la participation de toute la famille judiciaire, des membres du gouvernement du Mali, ainsi que les diplomates accrédités dans notre pays. Après l’accueil des officiels par l’huissier audiencier, Adama Diakité et l’exécution de l’hymne national, IBK a, dans son rôle de Président de l’audience, ordonné à la secrétaire de greffe de procéder à la lecture du  décret de nomination des 25 nouveaux membres de la Cour Suprême. Ils sont tous magistrats de classe exceptionnelle, tous arborant la robe rouge.

Après la lecture du décret de nomination, de l’article qui abroge les autres dispositions antérieures,  suivi de l’appel nominatif de chacun des nouveaux membres de la Cour, le président IBK a donné lecture du serment  de prise de fonction, avant de  demander aux nouveaux entrants  de lever la main droite en lui jurant de respecter leur serment.

Ces rituelles de prise de service ont été suivies par une série de discours aussi intéressants que pertinents les uns que les autres. Il s’agit de ceux du tout fraichement nommé Procureur Général près la Cour Suprême, Mamadou Tidian Dembélé, du président de la Cour Suprême, Nouhoun Tapily, du Bâtonnier Seydou Sidiki Coulibaly, et du jeune et talentueux Rapporteur général, et non moins juge de Yélimané, Idrissa Hamidou Touré. S’agissant de ce dernier, il a fallu l’intervention d’IBK pour écourter le riche rapport sur la thématique de la rencontre. Il faut reconnaître que tous ces représentants de la famille judiciaire ont,  en leur manière, touché le cœur du sujet tout en donnant leur diagnostic du rôle de la justice dans le processus de  restauration de la Paix, tout en interpellant  IBK sur les questions telles que la lancinante problématique du foncier, la durée prolongée de la détention provisoire, l’inexécution des décisions de justice, etc.

Mohamed Naman Keita  

Source: 22 Septembre

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