Ibrahima Coulibaly, vice-président de l’association des éditeurs de la presse privée au Mali a propos de l’accord «Il faut regarder ensemble dans la même direction pour bâtir un Mali uni»

Le 20 juin, le processus de validation de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger a été parachevé avec la signature par la Coordination des Mouvements Armés de l’Azawad, qui avait refusé de le signer le 15 mai dernier, à l’instar de toutes les autres parties. Sur ce sujet, nous vous livrons les réflexions d’Ibrahima Coulibaly dit IC, journaliste, directeur de la publication « La Nouvelle Tribune », vice-président de l’Association des Editeurs de la Presse Privée au Mali, membre fondateur de l’Alliance des Medias pour la Paix et non moins analyste politique pour de nombreux medias internationaux.

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Le Prétoire : Le Mali vient de parachever son processus de négociation de paix par la signature définitive de l’Accord de paix avec tous les protagonistes. Peut-on dire que la crise appartient au passé ?                                  

Ibrahima Coulibaly dit IC : Cela serait le souhait de tous les Maliens épris de paix. Certes, la signature définitive de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger donne un espoir de voir les armes se taire, de voir les populations reprendre leur vie normale et permettre à l’Etat malien de reprendre la main dans le domaine du contrôle et de la gestion administrative et politique des zones, qui, jusqu’à présent, échappent à son contrôle. Disons tout simplement que c’est la fin d’un processus et le début d’un autre qui commence dès le lendemain. Il s’agit entre autres, du vaste chantier de la réconciliation nationale et de l’application des clauses issues des accords signés.

Le contenu du document a été désapprouvé par une large majorité de la population. Y avait-il une autre alternative ?

Aujourd’hui, l’heure n’est plus de savoir si les accords sont bons ou mauvais. Il s’agit plutôt de sauver le Mali. A mon humble avis, aucun sacrifice n’est de trop quand la vie de toute une nation est en jeu. En son temps, toutes les sensibilités  sociopolitiques se sont prononcées sur le contenu des accords. A tort ou à raison, chacun y est allé de son commentaire et de ses interprétations. Et on en convient que les accords restent à parfaire. Cela, pour moi, n’est pas synonyme d’un rejet total en l’absence d’alternative crédible qui fasse l’adhésion de la communauté internationale. Ça fait bientôt un an que cette même communauté internationale est engagée avec le Mali dans un processus de négociation. Si l’on sait que les accords ne sont que le début du commencement, alors il faut obligatoirement en sortir à un moment donné pour faire face à l’essentiel. Les accords sont un préalable au processus de paix, de réconciliation nationale et de développement.

La signature des accords doit être suivie d’une réconciliation nationale. En votre qualité d’analyste, comment reconcilier les victimes et les bourreaux ?

C’est vrai, l’un des vastes chantiers qui démarre juste après la signature des accords est celui de la réconciliation nationale. Au passage, j’admire le courage et l’intelligence du ministre Zahabi, qui a su faire  d’un ministère  qui apparaissait comme circonstanciel, l’épine dorsale des actions  gouvernementales pour les années à venir. Pour moi, la réconciliation nationale ce n’est pas de regarder les uns et les autres en victimes et en bourreaux, c’est plutôt regarder ensemble dans la même direction pour bâtir un Mali uni, solidaire et fort du pardon et de l’acceptation mutuelle de ses filles et fils.

En la matière, les exemples ne manquent pas. En Afrique du sud, l’apartheid était plus grave que ce que nous vivons au Mali. Aujourd’hui, ce pays arc-en-ciel donne une belle leçon du vivre-ensemble. Nos voisins Ivoiriens sont aussi dans le même processus. Malgré les blessures, la Côte d’Ivoire avance. Je suis sûr qu’avec le ministère de la réconciliation nationale et toutes les autres structures qui seront mises en place à cet effet, soutenus par la volonté politique du président de la République,  le challenge de la réconciliation nationale et du vivre-ensemble sera vite relevé. Surtout qu’au Mali, nous héritons de ressorts socioculturels à même de panser n’importe quelle blessure ou fracture sociale.

En matière de réconciliation, il ne faut pas que les gens se mettent en tête que les victimes sont d’un seul côté et les bourreaux  de l’autre. Il est important de comprendre qu’il y’a des victimes et des bourreaux de tous les côtés. Si le pardon n’est pas unilatéral mais plutôt mutuel alors, la réconciliation sera une réussite totale.

La levée  de mandats d’arrêt contre les présumés auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ne constitue-t-elle pas une entrave au processus de réconciliation ?

D’autant plus que l’impunité peut être source de frustrations et de violences.

Non, la levée des mandats d’arrêt contre les responsables de la CMA n’entrave pas les poursuites judiciaires. Il fallait  cela pour que les responsables de la CMA puissent  se rendre à Bamako pour la signature du document, le 20 juin.  Après la signature du 20 juin, l’article 46 de l’accord qui prévoit la création  d’une  Commission  d’enquête  internationale  chargée  de  faire  la  lumière  sur   tous  les  crimes  de  guerre,  les  crimes  sexuels  et  autres  violations  graves  du  Droit  international au Mali  sera appliqué.

Du moment où l’on s’engage dans un processus de réconciliation, cela voudrait dire que l’Etat privilégie l’option règlement social et pacifique des crimes à toute autre option, y compris celle judiciaire. Un pardon peut effacer un crime. Je parlais tantôt du cas sud-africain, on ne paye pas un crime par un autre. Cela dit, il y a des crimes qui feront obligatoirement l’objet d’actions en justice en fonction de leurs caractères.

Quel appel avez-vous à l’endroit des Maliens et des partenaires du Mali ?

J’appelle les Maliens au réalisme et à la raison. Au réalisme pour faire l’état de la situation et à comprendre que pour l’instant nous n’avons que ces accords là. A la raison pour que les Maliens comprennent que l’on ne peut et ne doit compter que sur nous-mêmes. Alors, qu’on arrête d’apostropher et de jeter l’anathème sur certains partenaires. Rien ne nous sera donné en aumône, tout est à arracher et ce sont les rapports de force qui déterminent l’issue. Ces accords ne seront que ce que les Maliens et les Maliennes en feront.

Evitons d’être vaincus psychologiquement et  mentalement par avance par une situation dont nous avons encore le contrôle.

Propos recueillis par Oumar KONATE

source :  Le Prétoire

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