Grève des commerçants détaillants : Bamako a ressenti

Le Collectif des regroupements et associations des commerçants détaillants du Mali a déclenché une grève hier qui prend fin aujourd’hui. Les grévistes dénoncent les difficultés que les commerçants maliens rencontreraient pour l’obtention du visa chinois, l’augmentation des taxes douanières. Ils exigent également la mise à leur disposition des bâtiments administratifs situés autour du Grand marché et la reconstruction du Marché rose fortement dégradé après un énième incendie. Le mandat du président actuel de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM) serait par ailleurs arrivé à son terme. Le mouvement contestataire réclame donc une nouvelle élection dans les meilleurs délais.

Hier, nous avons fait un tour au Grand marché de Bamako pour savoir si cette grève a été suivie. Sur place, l’ambiance n’était pas celle d’un jour ordinaire. Plusieurs boutiques et magasins étaient fermés. Un groupe de commerçants causait devant les portes closes d’un établissement renommé. Le propriétaire, assis confortablement dans son fauteuil, s’est dit heureux qu’un journaliste soit venu l’interviewer.

Il explique que le mouvement d’humeur des commerçants découle de « l’intrusion massive » de commerçants de pays asiatiques. Ils auraient inondé les aires de vente de la capitale de produits divers. Leur méthode de dumping est efficace. Selon lui, les Asiatiques sont à la fois grossistes et détaillants. Notre interlocuteur estime que cela n’est pas acceptable.

Un autre ajoute que leur politique de prix est également néfaste, parce qu’ils pratiquent des prix très bas par rapport aux commerçants locaux. Au Quartier du fleuve, la majorité des kiosques longeant la voie passant devant la Caisse des retraites étaient fermés. Le gréviste Issa Diaby a accepté de commenter les raisons de ce mouvement.

En plus de la facilité d’accès au visa chinois, il stigmatise la forte augmentation de la taxe douanière sur les containers de marchandises importées. Le montant serait passé de 14 millions de Fcfa à plus de 16 millions. Notre interlocuteur estime que le mouvement de grève est logique et juste.

A quelques mètres de Diaby, un jeune commerçant était assis devant son kiosque ouvert. Il a décidé de venir ouvrir sa boutique pour avoir son prix de condiments. Mais il craignait d’être attaqué par les durs du mouvement de grève. Plus loin, un autre groupe de grévistes a évoqué le retard enregistré dans la construction du Marché rose.

Les commerçants détaillants dénoncent l’insalubrité du Marché rose. Selon eux, l’Etat doit réaménager les vieux bâtiments administratifs du Quartier du fleuve pour reloger les commerçants déguerpis des abords des artères de Bamako. Ils ont dénoncé le choix de autorités de vendre ces bâtiments à des grands opérateurs économiques.
Nos interlocuteurs disent que les dirigeants du syndicat des commerçants ont promis de trouver des solutions à toutes les doléances des grévistes, s’ils restent unis.

Dans un communiqué conjoint rendu public, les deux grands regroupements de commerçants détaillants, à savoir la Coordination des associations et groupements des commerçants détaillants du Mali (CAGCDM) et le Syndicat national des commerçants détaillants du Mali (SYNACODEM), se sont désolidarisés de ce mouvement de grève, en privilégiant le dialogue.

Leur communiqué souligne que «la CAGCDM et le SYNACODEM ont été informés par un soi-disant Collectif des regroupements et associations des commerçants détaillants du Mali du dépôt d’un préavis de grève concernant tous les secteurs du commerce sur le territoire national pour une durée allant du 03 au 04 mai 2018 inclus. La CAGCDM et le SYNACODEM, après analyse approfondie de la situation tiennent à informer les opérateurs économiques sur l’ensemble du territoire national, en particulier leurs mandants ainsi que l’opinion nationale et internationale, qu’ils n’ont été aucunement associés ni de près, ni de loin à ce préavis. Par conséquent, ils réaffirment leur attachement à l’unité du secteur privé, au dialogue et au partenariat légendaire entre les faitières et les pouvoirs publics pour résoudre toutes les préoccupations du secteur et préserver les acquis».

Amadou B. MAIGA

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