Sana Tabou: inondations à Bamako, une fatalité ?

Après les pluies torrentielles de 2013 qui ont fait plus d’une trentaine de morts, la capitale a été à nouveau endeuillée ce jeudi 16 mai 2013, très tôt le matin, suite à des pluies diluviennes. Selon un communiqué du Gouvernement diffusé à la mi-journée du jeudi, ces inondations ont provoqué la mort de 15 personnes et des dégâts matériels importants. Le Président de la République sur les lieux du sinistre a imputé la ‘’responsabilité à tous’’. Un sentiment de fatalisme qu’il faut vite surmonter en regardant la réalité en face.

Parmi les nombreuses causes de ce drame, les populations dénoncent, entre autres, le manque d’entretien des caniveaux qui assurent l’évacuation des eaux ; les constructions anarchiques dans les lits des marigots qui sont des collecteurs naturels en vue d’évacuer les eaux de pluie vers le fleuve.

Si souvent la question d’entretien des caniveaux est imputable à des problèmes de moyens financiers et d’incivisme de la part des citoyens, l’État, par l’impunité érigée en mode de gouvernance, depuis un certain temps, devrait être en mesure de mettre fin cette violation flagrante de la loi.

Depuis 2013, avec les inondations de ce mois d’août, l’équation des constructions anarchiques dans les lits des marigots se pose avec acuité. Et depuis, aucune opération d’envergure n’a été conduite par l’État pour démolir les constructions qui ne respectent pas la réglementation en la matière. Ce, nonobstant les croix blanches qui ont marqué les maisons incriminées.

En 2016, par contre, le ministre des Affaires foncières de l’époque, Mohamed Ali BATHILY, avait entamé une opération de démolition de constructions illicites à Souleymanebougou sur ‘’4 hectares appartenant à l’ACI et sur les servitudes du marigot de Farakoba’’. Ce ministre était, on ne peut plus intransigeant : « je ne vais pas gérer ce problème avec des considérations fondées sur l’affection, je le gérerai avec comme repère la loi. J’utiliserai les lois maliennes pour gérer les problèmes du Mali ».

Malheureusement, par des interférences à différents niveaux de l’État, l’opération n’a pu connaître son épilogue et l’affaire a été portée devant les tribunaux où elle traîne toujours. Depuis, aucune opération d’envergure contre les occupations illicites, même concernant les lits des marigots. Ces faits graves sont-ils inconnus de l’État ? Pas si sûr, puisque le Président de la République, lui-même, lors de sa visite sur les lieux du sinistre à Niamakoro, ce samedi 18 mai 2019, reconnaît : « donc, les lits d’écoulement des rivières et des fleuves, tout doucement ont été occupés, et on y a construit, en dur, en béton, en oubliant qu’en le faisant, on expose les plus fragiles alentours, et c’est ce que je vois ici, aujourd’hui ».

Que préconise-t-il ? Pas grande chose ! Le Président IBK a un sentiment de fatalisme : « tous ces enfants qui sont morts, toutes ces femmes qui sont mortes, et il y’a une grande part de responsabilité humaine, nous sommes tous coupables, non d’avoir dit, mais n’avoir pas sanctionné »’. Pire, malgré l’ampleur du sinistre, le Président n’a intimé aucun ordre d’évacuer les collecteurs naturels jusque-là occupés, de sanctionner les auteurs des violations flagrantes de la loi.

« Nous n’arrêterons plus de le dire, nous rappelons encore aux élus municipaux leur devoir qui n’est pas seulement la distribution de lots à usage d’habitation, c’est également la protection des populations, ce n’est pas la cupidité qui doit être la gagnante dans cette affaire-là, il faut qu’elle recule, il faut que l’on pense à sauver la vie des gens dans ce pays de plus en plus, de mieux en mieux. Donc, ces zones d’occupation sauvage dont a vu aujourd’hui les dégâts et dans un temps d’hivernage qui s’approche, qu’on nous dit cette année de pluies assez fortes et plus fortes encore, nous devons dès maintenant prendre les mesures idoines, de prévention, d’anticipation pour protéger les vies des hommes et des femmes, et même celles des bêtes et notre environnement, nos biens », s’est-il contenté de dire.

Aujourd’hui, la ville de Bamako s’agrandit et la population ne cesse de croître par la même occasion. Cette urbanisation galopante si elle n’est pas accompagnée de mesures idoines peut être fatale à notre capitale. Il s’agit du respect de certaines normes urbanistiques (le respect strict des plans de lotissement qui doivent à leur tour être rigoureux, l’assainissement de la ville qui exige de tout citoyen certains comportements de civisme…).

Malheureusement, il n’est pas rare de voir certains habitants se débarrasser de leurs ordures ménagères aux premières gouttes de pluie, dans l’espoir qu’elles vont être emportées par les eaux de pluie. Où ? Dans le fleuve censé être un monde, à part, sans limites. Que dire également de l’absence totale de politique d’évacuation des caniveaux de la capitale qui sont pour la plupart à ciel ouvert ? Généralement, c’est en plein hivernage qu’on assiste à l’évacuation de ces caniveaux dont les ordures ne sont presquesouvent ramassées.

Si la responsabilité de tous peut être engagée, il y a lieu de reconnaître que c’est l’État qui est maître de la dernière décision qui s’impose pour l’intérêt général.

Par Sidi DAO

Source: info-matin.

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