Faits divers : O. A PAYÉ CASH SON IMPRUDENCE

Le jeune apprenti chauffeur, en pleine période de malchance, avait cru pouvoir se redresser. Mais il s’est remis lui-même en difficulté

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Chacun de nous a connu ces périodes particulières au cours desquelles il a eu l’impression d’être ciblé par une malchance exceptionnelle. Les réactions à ce type de situation varient selon les individus. Les fatalistes font le gros dos en attendant que la mauvaise période s’éloigne et se gardent d’entreprendre quoi que ce soit d’important. Les bagarreurs, eux, pensent au contraire que la guigne se combat par l’initiative et se lancent dans toutes sortes d’activités pour conjurer le mauvais sort. C’est ce deuxième choix qu’a fait le « héros » de notre histoire d’aujourd’hui. A-t-il eu raison de braver le sort contraire ? Jugez-en plutôt.
O.T., notre personnage principal, est un jeune homme originaire de la région de Ségou et âgé d’environ une vingtaine d’années. Il a débarqué dans la capitale il y a un peu plus de trois ans et il a eu aussitôt un coup de chance extraordinaire. A peine avait-il commencé sa recherche d’embauche qu’il parvint à décrocher un emploi à plein temps dans une compagnie de transport en commun. La place qu’il a obtenue, celle d’apprenti chauffeur, était certes modeste, mais elle était très recherchée. Les cars de la compagnie installée à l’autogare de Sogoniko et spécialisée dans le transport interurbain offrent en effet aux jeunes gens des possibilités de se faire des gains assez intéressants au niveau des pourboires. Du moins pour les apprentis qui se montrent consciencieux et disponibles.
O. cumulait ces deux qualités. En outre, le travail ne lui faisait pas peur. Il se trouvait donc constamment en déplacement. Ses chefs qui commençaient à le remarquer pour cette disponibilité, avaient une deuxième raison de l’apprécier. A la différence de ses camarades d’âge, O. était courtois, gros travailleur, humble et respectueux des clients. Pour le récompenser de son dévouement à la tâche, ses employeurs accordèrent au jeune homme une faveur rare. Ils l’autorisèrent à travailler pour son compte durant les périodes où il n’était pas en déplacement. Pour O., c’était une aubaine supplémentaire. Il fit donc l’apprenti pour les conducteurs de minibus Sotramas. Cela lui permit d’arrondir de façon notable ses fins de mois.
Sans être riche, le jeune homme se suffisait à lui-même. Il n’avait pas de besoins extravagants et l’un de ses loisirs favoris était de fréquenter un groupe de parieurs installés dans la gare routière. O. était certes le plus jeune des membres. Mais il fut accepté dans le groupe pour le respect qu’il montrait à ses aînés et aussi pour le fait qu’il n ‘hésitait pas à « dépanner » financièrement les parieurs dans le besoin. A la longue, ses amis le poussèrent à venir partager avec eux leur amour pour les courses de chevaux.
LA PÉRIODE DES VACHES MAIGRES. Malgré l’insistance de ses compagnons, O. avait longuement hésité avant de se lancer dans ce jeu de hasard. Personnellement, il n’avait aucune envie de changer ses habitudes qui consistaient à venir s’asseoir au centre du groupe et à regarder ses amis composer leur grille gagnante. Mais avec le temps et sur l’insistance de ses compagnons, il finit par céder à la tentation du jeu. Mais sagement il choisit de ne pas brûler les étapes. Il commença par une participation à l’achat d’un ticket commun. Ses premiers pas furent couronnés de succès. Il bénéficia de plusieurs gains successifs. Ses compagnons lui mirent la pression pour qu’il se lance dans les paris plus audacieux, car, assuraient-ils, O. avait la « chance des courses de chevaux ».
Pressé de toutes parts, encouragé par ses gains réguliers, O. devint « parieur entière » et n’hésita plus à miser des sommes importantes. Il était devenu la vedette de son groupe, car il gagnait régulièrement. Cette bonne passe dura plusieurs semaines. Il y a deux mois, le jeune homme gagna une somme relativement coquette. Ce gain fit comprendre à O. qu’il était temps pour lui d’investir son argent pour se garantir un avenir acceptable. Le jeune apprenti choisit de rester dans le secteur des transports en commun. Il fit donc l’acquisition d’un véhicule d’occasion et le mit en circulation. Le chemin de son destin paraissait bien tracé. Mais c’était une illusion. Au cours des semaines suivantes, O. gagna moins et finit même par ne plus gagner du tout
La période des vaches maigre était donc venue pour lui. Mais les membres du groupe avaient la mémoire longue. Ils se souvenaient des services que le « petit » leur avait rendus et ils lui avançaient de quoi payer des tickets qui lui permettraient de se relancer. La chance de O., c’était qu’il n’avait pas rompu avec son métier d’apprenti chauffeur, même si à un moment donné la passion du jeu lui avait fait « sauter » certains voyages à l’intérieur du Mali.
O. en vint à la conclusion que seul un gros coup lui permettrait de se relancer et de surmonter sa malchance. Pour se constituer un pécule, il décida de vendre son véhicule et se rendit sur un site aurifère pour ce faire. Là bas, il trouva sans difficulté un client avec lequel il s’accorda sur le prix de cession. L’acheteur posait une seule condition : qu’on lui donne la possibilité d’étaler le paiement sur deux tranches. L’acquéreur versa donc la moitié sur place. Le reliquat, qui s’élevait à 500 000 francs CFA, devait être remis peu de temps après.
De nouveau à flot sur le plan financier, le jeune apprenti mit à exécution son opération « résurrection de la chance ». Mais sans résultats. Bien au contraire, en début de semaine dernière, O. se retrouva dans une dèche totale. Un matin, il se leva très tôt et se mit à la recherche de celui à qui il avait vendu son véhicule. Il porta ce dernier absent à son domicile à plusieurs reprises. Puis miraculeusement, il mit la main sur lui à la gare routière de Sogoniko. L’homme paya à O. le reliquat qu’il lui devait et chacun prit son chemin.
Il était environ 20 heures quand la transaction fut terminée. Son argent en poche, l’apprenti chauffeur n’attendait plus que le lever du jour pour monter dans un car. Direction Sikasso et ensuite continuation sur un site d’extraction d’or. Cette fois-ci, O. n’avait ressenti aucune envie de dépenser le moindre kopeck pour un pari. Comme la faim le tenaillait, il se dirigea vers le kiosque d’un cafetier. Il se commanda un solide sandwich, se paya quelques objets dont il avait besoin et dépanna quelques connaissances. Au total, il dépensa environs 50 000 francs. Puis aux alentours de 22 heures, le jeune homme alla se coucher.
VICTIME D’UN CAUCHEMAR. Comme il était bien connu au niveau de la gare routière, il ne s’était pas creusé la tête pour se trouver un endroit où passer tranquillement la nuit. Il monta dans un véhicule de sa compagnie employeuse, s’allongea sur un siège du fond et s’endormit presque instantanément. Mais quelque chose le réveilla en sursaut au milieu de la nuit. Il rassembla péniblement ses idées et plongea la main dans la poche où il avait mis le restant des 500 000 francs. Mais l’argent n’y était plus. Pris de panique, O. fouilla ses autres poches. Toutes étaient vides. Persuadé qu’il était victime d’un cauchemar, le jeune homme prit quelques minutes pour s’extraire de son hébétude. Il descendit du car et alla chercher une torche avec une connaissance qui se trouvait à côté.
Il remonta ensuite dans le car qu’il fouilla vainement de fond en comble. Au comble du désespoir, l’apprenti voulut d‘abord et de manière absurde taire la manière incroyable dont il avait perdu son argent. Mais il finit par comprendre que ce serait la pire des attitudes. Il alla tout raconter au propriétaire de la torche. Il lui fit part aussi de l’imprudence dont il s’était rendu coupable. En effet aussi bien pour payer le cafetier que pour dépanner ses amis, O avait sorti sa liasse de billets. Cela devant de nombreux jeunes gens qui pour la plupart étaient des apprentis-chauffeurs. O. connaissait même certains de ceux là qui étaient toujours embourbés dans des sales affaires au niveau de la gare routière de Sogoniko.
Très tôt le matin, le jeune homme alla réveiller certains des suspects et les interroger. Mais il se rendit vite compte qu’il n’arriverait à rien ainsi. Il se présenta au poste de police pour relater sa triste nuit. Il donna aussi le nom d’un apprenti qu’il soupçonnait de l’avoir dépouillé. O. se souvenait que ce dernier était en train de roder autour du bus où il était monté dormir.
Les policiers ont convoqué le jeune en question qui a bien sûr nié ce qu’on lui imputait. Au moment où nous prenions congé, l’apprenti et « son » suspect se trouvaient encore au stade des auditions. « Ce jeune homme a pris trop de risque en dormant avec une telle somme d’argent dans sa poche sans prendre de précautions particulières », a laissé entendre l’officier de police en charge de l’affaire. Notre interlocuteur se montrait pessimiste pour la suite et nous a expliqué que le malheureux avait peu de chance de retrouver son argent. Car, a-t-il fait remarquer, le plaignant n’a aucune preuve qui puisse permettre d’aller au-delà des interrogations. En quelques heures O. a vu son soulagement se transformer en cauchemar. Et cela du fait d’une extrême négligence et d’une imprudence sans nom.
MH.TRAORÉ

source : L’ Essor

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