Fait divers : LE QUATRIÈME HOMME TRANSFORME LE RAID EN DÉROUTE

La bande avait choisi d’opérer loin de son terrain de chasse. Un élément inattendu a brouillé tous ses plan

faits divers incroyable kabako logo

 

Comme nous l’avions déjà fait remarquer dans de précédents récits, il y a différentes manières de préparer les grandes fêtes de l’année. Les honnêtes citoyens se saignent aux quatre veines pour amener un peu de joie et de plaisir dans leurs foyers. Les malfrats, eux, se mettent à la recherche du bon coup qui leur permettra de festoyer à satiété. C’est cette quête de l’argent abondant et facile qui a poussé certains voleurs à quitter leur terrain de chasse habituel pour aller opérer sur un territoire supposé être moins difficile et plus « giboyeux ». Les faits que vous nous proposons se sont produits soixante-douze heures avant la fête de l’Aïd el Fitr. Très tard dans la nuit, six bandits armés jusqu’aux dents sont arrivés sur trois motos Djakarta dans un des secteurs de la localité de Néguéla.
D’après nos sources, les bandits étaient venus de Bamako et avaient soigneusement monté leur raid. Ils avaient notamment recueilli un maximum d’informations sur leur future victime. Commerçant de profession, cette dernière est un ressortissant mauritanien installé dans la bourgade depuis environ près d’une vingtaine d’années. Chèknè Haïdara (c’est son nom) avait pour son plus grand malheur attiré, on ne sait comment, l’attention de malfrats basés à Bamako.
Dès leur arrivée à Néguéla les bandits n’ont apparemment pas eu de difficultés pour localiser la grande boutique du Mauritanien. Il est vrai que cet établissement commercial qui bénéficie d’une clientèle aussi nombreuse que fidèle est à sa manière une institution dans la commune rurale de Fossofola. Les voleurs avaient un plan d’opération très simple et qu’ils pensaient imparable. Ils observèrent d’abord une assez longue période de guet pour s’assurer que la localité était plongée dans un profond sommeil et qu’aucun intrus ne viendrait les déranger pendant leur opération.
Une fois qu’elle se fut assurée qu’elle pourrait agir sans la moindre difficulté, la bande se divisa en deux. Quatre de ses éléments se mirent en route pour aller forcer les portes de la boutique. Tandis qu’un tandem demeurait auprès des motos dissimulées dans l’obscurité d’une ruelle. De toute évidence, les bandits, comme nous le disions, avaient rassemblé toutes les informations utiles. Ils savaient que le Mauritanien n’était pas le seul à tenir la boutique. Il se faisait épauler par deux autres parents. Les trois hommes se partageaient les tâches dans la journée depuis la réception des produits et le service aux clients jusqu’à la tenue d’une comptabilité sommaire.

UNE EXCLAMATIONDE COLÈRE. Puis la nuit venue, le trio avait comme habitude de s’installer dans le magasin pour y dormir. A Néguéla, Chèknè avait la réputation d’un homme méfiant et qui prenait toutes les précautions ne pas subir une mauvaise surprise. Mais il ne se doutait certainement pas qu’une bande puisse venir de loin pour le dévaliser en pleine nuit. Les malfrats réussirent sans grand mal à surmonter les protections placées à la porte du magasin. Une fois à l’intérieur, ils trouvèrent les trois occupants profondément endormis. Les malfrats couvrirent alors leurs visages avec des foulards amenés pour l’occasion, ils sortirent et mirent en évidence l’armement dont ils s’étaient munis, c’est-à-dire des fusils artisanaux et des couteaux. Puis ils obligèrent les trois commerçants à se réveiller pour se mettre à leur disposition.
Ils conduisirent leurs victimes jusqu’au fond de la boutique, les y regroupèrent derrière le comptoir et leur enjoignirent de se tenir tranquilles si elles tenaient à la vie. Puis ils demandèrent au propriétaire de l’établissement de leur montrer l’endroit où se trouvait la caisse contenant les recettes du jour. Le malheureux Chèknè, qui avait bien mesuré la détermination des intrus, obtempéra avec diligence. L’un des bandits se dirigea alors vers la caisse que le boutiquier lui avait montrée.
D’un geste rapide, le bandit tira le tiroir, plongea la main à l’intérieur et ne put retenir un exclamation de colère lorsque son décompte lui indiqua que son butin s’élevait en tout et pour tout à 60 000 francs CFA. Il communiqua ce montant à ses complices et ces derniers furent du même avis que lui. La somme leur paraissait absolument insignifiante par rapport aux affaires que faisait la boutique. Pour eux, il devait avoir un pécule plus important caché ailleurs. Sans hésiter, celui qui semblait être le chef du quatuor enfonça la pointe de son couteau sur la joue du commerçant qui tremblait déjà de peur.
Avec sa main restée libre, le bandit se mit ainsi à fouiller dans les poches du grand boubou que le commerçant portait cette nuit là. Son initiative s’avèrera fructueuse, puisqu’il sortira du vêtement avec une liasse de billets qui contenait 360 000 francs CFA. Cette fois-ci, les voleurs ne cachèrent pas leur satisfaction : ils n’avaient pas fait le déplacement pour rien. Ils s’apprêtaient à vider les lieux lorsque la situation bascula du tout au tout dans la boutique.

COMME UN COUP DE TONNERRE. Ce dont les bandits ne s’étaient pas du tout rendu compte, c’était qu’un autre parent du boutiquier était couché dans le local. Il avait choisi de se détacher du trio pour aller s’allonger dans un autre recoin du magasin. Il avait été réveillé par l’entrée des intrus, mais ayant constaté que le quatuor était armé et bien déterminé à user de violence, le quatrième occupant s’était faufilé dans une cachette d’où il pouvait suivre le déroulement des événements. Quand il s’aperçut que les bandits étaient sur le point de quitter la boutique et qu’ils lui tournaient tous le dos, il décida de passer à l’action.
Il s’empara d’un objet contondant avec lequel il porta un coup violent sur la tête d’un des bandits. Assaillis à l’improviste, ne sachant ni d’où avait surgi l’assaillant, ni même s’il était seul, les malfrats furent pris de panique. Ils tentèrent néanmoins de se défendre pour s’échapper. Ils craignaient par dessus tout que le vacarme provoqué par la bagarre ne réveille les habitants du voisinage immédiat et que ceux-ci ne viennent au secours des commerçants. La peur avait donc changé de camp. Car les victimes qui étaient restées jusque là passives et soumises retrouvèrent leur combativité. Elles tentèrent elles aussi de se défendre. Dans la cohue qui se déclencha, un des malfrats n’hésita pas à faire usage de son fusil de fabrication artisanale. La détonation qui résonna comme un coup de tonnerre dans le local clos sema la panique chez les commerçants et les malfrats en profitèrent pour prendre la poudre d’escampette.
L’opération de Néguéla, qui avait débuté de manière impeccable pour les malfrats, tournait au fiasco. Durant le combat, les bandits avaient perdu la quasi totalité de l’argent qu’ils avaient pu prendre dans la boutique. Complètement affolés, ils n’avaient d’autre souci que de prendre le large.
Très vite, la nouvelle de l’attaque est parvenue aux gendarmes de la localité. Le commandant de la brigade de gendarmerie, le sous-lieutenant Georges Léoville, envoya certains de ses hommes pour traquer les bandits. Ils ne tarderont à trouver les traces des fuyards. Les braqueurs ont été poursuivis durant le reste de la nuit. Sentant qu’ils étaient dans une situation quasi désespérée, ils ont mis à profit la courte avance qu’ils avaient encore sur les pandores pour se débarrasser de leurs engins dans un endroit touffu au bord de la route. Ils ont ainsi pu se fondre dans la nature. Deux des malfrats ont pu regagner un village voisin où ils se sont réfugiés en attendant que les choses ne se calment pour pouvoir poursuivre leur route.
Mais cette tactique ne s’avéra pas payante. Celui-là même qui semble être le chef de la bande sera très vite appréhendé sans grande difficulté. Il sera identifié comme s’appelant Mohamed alias « Coulou ». Lors de la fouille au corps, les gendarmes ont mis la main sur de nombreuses armes blanches et un trousseau de fausses clés qui servaient aux malfrats à décadenasser les engins qu’ils volaient.
De sources proches de la gendarmerie, le secteur où le braquage a été commis est actuellement bien maillé. Les pandores sont en train de fouiller dans les recoins du village pour mettre la main sur le reste de la bande. Le raid soigneusement monté a donc complètement tourné à la débâcle. Et il est certain que Chèknè sera désormais encore plus difficile à surprendre que précédemment.

M. SOUMBOUNOU
AMAP/Kati

Source : L’Essor

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.