Consommation de Tramadol et de la Chicha : la jeunesse se meurt, les réseaux mafieux s’enrichissent

Le tramadol et la chicha sont aujourd’hui deux produits extrêmement dangereux pour la santé humaine. Au Mali, en l’absence d’une solide législation, ces deux substances ont contribué à une toxicomanie émergente.

Si le tramadol favorise la dépendance de la personne du produit et des complications sociales, physiques et psychiatriques très fâcheuses, la chicha, dont le goudron est 125 fois supérieur et dangereux que le tabac, occasionne des infections cancérigènes chez le consommateur. Pendant ce temps, ce sont des réseaux mafieux qui s’enrichissent sur le dos de l’Etat, entrainant la mort lente et douloureuse de la jeunesse.

Le tramadol, commercialisé sous les noms de Nobligan, Tiparol, Topalgic, Tradolan, Tramal, Ultram, Ixprim est un antalgique central développé par la firme allemande Grünenthal GmbH dans les années 1970. Il est classé dans la catégorie des antalgiques de niveau 2, catégorie comprenant la codéine et le dextropropoxyphène. Médicament utilisé au départ pour traiter la douleur, aujourd’hui, le Tramadol a été détourné de son sens pour servir à d’autres fins. En effet, ce médicament n’est délivré par la pharmacie que sur ordonnance prescrite par un spécialiste. Mais de nos jours, comme beaucoup d’autres médicaments de la « rue », le tramadol est vendu comme des cacahouètes. Cette substance, déconseillée à la conduite automobile, est fabriquée en Inde et en Chine qui fournissent l’Afrique de l’Ouest. Le produit est ensuite transité par le Nigeria, le Benin, la Guinée Conakry avant de rentrer par la grande porte au Mali. Dans la sous-région, les actions des Etats contre le fléau sont insuffisantes, voire insignifiantes. Si 17 tonnes de tramadol ont été saisies en 2014, ce chiffre est passé à 170 tonnes en 2017. Selon une étude réalisée par Dr. Papa Souleymane Coulibaly du CHU Point-G, ce médicament est consommé par les enfants et jeunes de 12 à 15 ans et au-delà. Selon lui, les raisons de la consommation du produit sont multiples. Certains le consomment pour améliorer leur performance physique au travail, d’autres pour traiter la fatigue. A ceux-ci, s’ajoutent la consommation pour rechercher des sensations et du plaisir.

Les gros consommateurs ont pour noms les travailleurs dans les sites d’orpaillages, les apprentis chauffeurs, des conducteurs routiers, les maçons et ouvriers. Dans certains endroits, des appellations sont également créées pour coder le nom du médicament. C’est pourquoi on parle de « 120 », tango, tra, moltra, tramol, tika. En général, les modes de consommation diffèrent selon les personnes. Ainsi, le tramadol est consommé avec de l’eau, soit avec le café, la boisson sucrée ou alcoolisée. Les doses aussi sont variables selon le désir de l’utilisateur. La prise va d’un comprimé à une plaquette. Cette dose peut être unique ou se renouveler à plusieurs reprises par jour. Le produit est utilisé en groupe d’individus ou par une seule personne. Cependant, la consommation du tramadol a des conséquences néfastes pour la vie de son utilisateur et constitue un danger pour la société. Car, de l’analyse du Dr Coulibaly du Point G, il ressort que la consommation abusive du tramadol crée chez la personne la nervosité, la marginalisation, des conflits avec l’autorité familiale et l’Etat. Tout cela pousse la personne à la délinquance à travers la commission du vol, du viol et des agressions, jusqu’à l’assassinat.
Publicité déguisée du tabac !
Quant à la chicha, elle n’est autre qu’un sous-produit du tabac. Par définition, chicha signifie fumer le tabac par pipe à eau aromatisée. En termes clairs, il s’agit du tabac aromatisé. C’est là que s’ouvre les portes du crime organisé. A Bamako, des réseaux s’enrichissent à travers la vente et la consommation de ce produit dans les restaurants, et bars spéciaux. Toutefois, il se trouve que ces endroits qui affichent plus de publicité pour la chicha restent muets sur les constituants du produit. En vérité, la présentation de la chicha est erronée pour berner les consommateurs. En lien avec le tramadol, on fait croire aux consommateurs que la chicha n’est pas nocive. Or, la réalité est toute autre. Dans la plupart des cas, la recette contient 30% de tabac qui est mélangé à d’autres fruits, parfois du miel.

En effet, des enquêtes ont montré que des consommateurs sont allés encore plus loin. Pour être au top de leur désir, certains consommateurs se livrent à la combinaison de la boisson sucrée ou de l’alcool avec le cannabis, la cocaïne et parfois avec des produits cosmétiques. Les utilisateurs de ce produit estiment que sa consommation joue un rôle important de cohésion sociale. Quelle folie ! Alors que les conséquences de la chicha impactent très négativement sur la santé humaine, le Mali traine le pas pour fermer toutes les maisons où la chicha fait ravage. Si la publicité du tabac est interdite par la loi, pourquoi elle ne l’est pas pour la chicha ? C’est tout le paradoxe. Selon le Dr. Coulibaly, la chicha est aussi à la base de la contamination des hépatites. Il soutient que des études montrent effectivement des concentrations mesurables de substances cancérigènes chez les gens qui consomment ce produit. De son point de vue, la chicha provoque le cancer de poumon, de la bouche, de la lèvre, etc.

De son côté, le secrétaire général adjoint de l’Ordre des pharmaciens, Dr. Mamadou Seydou Koné, a confirmé que la vente des médicaments « par terre », y compris le tramadol, est devenue l’industrie la plus rentable. Il a lancé : « Ce n’est pas une petite affaire. Le succès n’est pas pour demain. Ce sont des réseaux bien ficelés qui se sont donnés les moyens d’envoyer des fausses ordonnances médicales, avec des entêtes des hôpitaux de l’Etat et souvent signées par des spécialistes. Mais, on n’a pas autorité à arrêter quelqu’un. Il a aussi déploré le fait que des magasins d’habits et matériels d’électromécaniques soient vidés pour être transformés en boutique de vente de médicaments, au vu et au su des autorités. Avec cette situation, des usines se sont spécialisées dans la production de comprimés destinés au marché commercial. Pour renverser la tendance, il faut combattre la filière de faux médicaments. Le Mali champion dans l’adoption des lois, doit non seulement légiférer en matière de la vente et la consommation du tramadol et la chicha, mais aussi interdire leur prolifération.
Jean Goïta

Source : La lettre du Peuple

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