Étrangère chez moi et ailleurs

Salimata Traoré vit en Europe depuis une dizaine d’années. Chaque année, elle tient à rendre visite aux siens. Mais la joie de retrouver les parents laisse vite place au sentiment d’être étrangère dans son pays natal.

Vivant en France depuis bientôt 9 ans, on me considère ça et là comme une immigrée. J’ai beau faire 20 ans ici, on me ressortira toujours la question : « Tu es d’». Même ceux qui sont nés ici n’en sont pas épargnés.

Un jour, pendant que je me promenais avec ma cousine et un collaborateur, un vrai français, qui se considère comme de souche, demande à ma cousine : « Tu es quoi toi ? ». Ma cousine répond : « Je suis française ». Il revient à la charge : « Non, mais tu viens d’où? ». Et ma cousine de rétorquer : « Malheureusement, je suis désolée de ne pas pouvoir vous satisfaire. Je suis née en France, je suis française et mes ancêtres sont des Gaulois.»

J’ai par la suite fait comprendre à ma cousine qu’il était temps qu’elle essaye de connaître ses origines. Cette discussion m’a rappelé le fameux proverbe : « Quelle que soit la durée d’un tronc d’arbre dans l’eau, il ne sera jamais un caïman ».

« La Française, la wesh »

Mais, personnellement, le fait de me regarder constamment ici en France comme une étrangère ne me dérange plus. Le drame, c’est lorsque dans mon Mali natal on me traite de la sorte. Ainsi, je deviens comme une apatride.

C’est vrai que je ne réside plus au Mali depuis très longtemps. Mais je suis toujours restée très attachée à mon pays. Chaques vacances sont pour moi une occasion d’honorer un rendez-vous avec mon pays. Chaque fois que je retourne au Mali, je me prépare déjà à entendre toutes sortes de clichés sur ma personne : « la française »« la wesh », etc.

Pire, certains m’abordent directement dans la langue de Molière avec un accent très français, comme si tu ne comprenais plus le bamanakan. Ils me disent très souvent : « Et votre pays là-bas, la  France ? ». D’ailleurs, cela ne concerne pas que l’entourage, même les inconnus s’invitent dans la partie. « Yoro eh té yan ka yé » ? (N’est-ce pas, tu n’es pas d’ici ?) , demande un inconnu à mon ami, Mohamed, venu pour ses vacances à Bamako.

Qu’ailleurs nous soyons étiquetés, nous pouvons le comprendre. Mais c’est un véritable drame qu’on nous voit en étrangers dans notre propre pays. Nous nous retrouvons finalement sans nationalité. Et souvent, pour me consoler, je pense à cette citation de Rainer Maria Rilke, le poète et écrivain autrichien (Lettres milanaises, 1921-1926, éd. Plon, 1956) : « Nous naissons pour ainsi dire provisoirement quelque part… C’est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup et chaque jours plus définitivement. »

Source : benbere

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