Périmètre maraîcher de Samanko : LES FEMMES NE SONT PAS OUBLIEES

Elles sont 70 propriétaires de parcelles sur 220 maraîchers, soit 33%. Plus que le quota recommandé  par la Loi d’orientation agricole

Nous sommes à Samanko,  localité si-tuée à environ 20 km au sud de Bamako dans la commune rurale du Mandé,  cercle de Kati. Le visiteur du périmètre de 100 hectares réalisé à Samanko est séduit dès l’entrée. Les feuilles épanouies de diverses sortes de légumes verdissent des dizaines de parcelles. Ici, les femmes sont présentes dans toutes les chaînes : de la production à la main d’œuvre en passant par la commercialisation. Ce périmètre a été aménagé par les autorités à travers le « Projet d’appui au développement des activités maraîchères périurbaines de Samanko » (PADAP), afin de recaser les maraîchers déguerpis de Bamako et environs.

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Il s’agissait de sécuriser et développer l’activité maraîchère, de contribuer à l’augmentation des exploitations agricoles, de favoriser la professionnalisation de la production maraîchère. Le respect du quota de 30% des parcelles aux femmes ne  pose pas de problème ici. Les maraîchères sont représentées à hauteur de 33%. Chacune gère une parcelle d’un quart d’hectare (soit 2500 m2) au même titre que les hommes. En effet, il avait été prévu initialement d’accorder aux femmes et aux jeunes 10% des parcelles aménagées conformément à la Loi d’orientation agricole (LOA). Quelle aubaine ! Les femmes ont reçu 33% de la superficie totale du périmètre. Dans ce grand jardin, la présence féminine est perceptible partout.

A l’entrée du jardin nous avons croisé Korotoumou Touré portant un panier plein de légumes et de fruits. Cette dame vient de Niaréla, en commune II du district de Bamako. Elle vient à Samanko tous les deux jours pour s’approvisionner en légumes et fruits. Elle retourne les vendre sur le marché de la capitale. Pourquoi choisit-elle de faire ce long chemin ? La vendeuse explique que les produits maraîchers de Samanko répondent à la norme. En effet, les maraîchers de Samanko font de la culture biologique. Ils privilégient, de ce fait, l’utilisation de l’engrais organique.

Notre commerçante – détaillante était venue comme d’habitude s’approvisionner auprès de sa cliente, Mme Sata Kéïta, qu’elle fréquente depuis longtemps. Celle-ci cultivait autrefois des légumes dans la zone ACI d’Hamdallaye. La cinquantaine révolue, Mme Sata Keïta est venue occuper sa parcelle depuis que le périmètre maraîcher de Samanko a ouvert ses portes. Cette brave femme qui a 15 ans d’expériences cultive un peu de tout.  « L’aménagement de ce site  a été bénéfique », dit-elle. Elle a fructifié son travail et elle a augmenté son gain. «  Je dispose d’un quart d’hectare. Je ne pouvais espérer plus. Je sème plusieurs variétés à la fois. Je n’avais pas cette opportunité quand j’exerçais à l’ACI 2000 de Hamdallaye », où les parcelles étaient étroites constate Mme Sata.

Coût élevé de la facture d’eau. A Samanko Sata produit de la fraise, de l’oignon, de l’ail, de la betterave, de l’échalote, de l’aubergine africaine, de la salade, du piment etc.  A notre arrivée elle s’occupait de la cueillette des fraises bien fertilisées avec de la fumure organique. Elle réalise des bonnes affaires avec ses différentes productions dans l’année Elle cède à 2500Fcfa le kilo de ce fruit bien prisé par les Bamakois. Elle révèle que sa recette journalière peut atteindre 25000Fcfa. Ces revenus aident cette veuve depuis plusieurs années à prendre en charge ses quatre orphelins et à payer leurs études.  Cependant, tout n’est pas rose. Malgré, le fait que notre interlocutrice s’en sort à bon compte,  la facture d’eau  s’élève à 50.000Fcfa.   Des difficultés persistent au niveau du coût de l’eau. Le mètre cube est cédé à 80 Fcfa (quatre vingt Fcfa). Les femmes ont du mal à rassembler le fonds de roulement pour mettre en valeur la totalité de leurs parcelles. Le démarrage de l’activité agricole demande un fonds de roulement important.

Il faut  financer les intrants, les semences et les engrais, dont beaucoup de matière organique. Il faut  disposer de la main d’œuvre conséquente pour assurer le déplacement vers le site. Donc, il se pose actuellement un besoin criard de financement qui sans cela, avoue la dame Sata freine leur activité.

Mme Djenèba Coulibaly est aussi propriétaire d’une parcelle au périmètre maraîcher de Samanko. Cette vielle dame se débrouille comme elle peut pour produire de la salade, des choux et de l’échalote. Elle explique que faute de moyens, elle ne peut pas aller au-delà de ces cultures.  « Je suis seule à m’occuper de mon jardin, je ne peux même pas m’offrir le luxe d’engager la main d’œuvre pour m’épauler », dit-elle. A l’impossible nul n’est tenu, dit-on. Notre maraîchère, comme d’ailleurs beaucoup de femmes, développe des stratégies pour pouvoir entretenir son jardin.

Ainsi face au coût élevé du transport, Djenèba a décidé d’emménager sur le site. Elle ne repart chez elle que le jeudi dans l’après midi pour revenir le samedi. Malgré tout, notre interlocutrice explique qu’elle fait des bonnes affaires présentement surtout avec ses productions de choux et de salade. Les clients arrivent de Lafiabougou, Djikoroni Para et de Samanko-village. Pourquoi les clients parcourent-ils une longue distance pour s’approvisionner ? La vielle cite, en souriant, le dicton qui enseigne que « tout ce qui brille n’est pas de l’or » Traduction : « les consommateurs et leurs fournisseurs trouvent les produits de  qualité qu’ils désirent à Samanko. »

La maraîchère Djenèba a dénoncé le manque de fonds de roulement. Elle a souligné le besoin de réaliser une chambre froide pour conserver les récoltes, la construction d’une unité industrielle de transformation, et l’acquisition de moyens de transport des récoltes.

Notre dernière interlocutrice, Mme Fanta Camara, faisait du maraîchage à Samé, en commune III du district de Bamako. Elle a plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. Elle produit un peu de tout, selon la période. Actuellement elle entretient des choux, des carottes et des courgettes. Elle assure que l’absence de fonds de roulement a considérablement freiné ses activités.

Pour économiser le fonds nécessaire à l’achat de semences appropriées, Fanta, comme et plusieurs autres femmes, dans un premier temps, ont choisi de cultiver et de vendre uniquement des feuilles vertes. Elle a pu surmonter cet obstacle. Mais elle peine à trouver une solution à la problématique d’accès au site. Elle  débourse quotidiennement 1250Fcfa pour rallier le site et retourner chez elle.

Néanmoins, grâce à la vente de ses produits Fanta arrive à joindre les deux bouts. Elle propose d’améliorer les conditions de travail. Ainsi les maraîchers et les femmes en particulier, vivront mieux de leur métier.  Le périmètre de Samanko fait le bonheur des quartiers Lafiabougou, Sébénikoro, Djicoroni de la commune IV,    des villages du Mandé et des sites d’orpaillage. Dans un futur très proche cette zone sera un pôle économique de production de légumes  frais biologiques et accessibles pour tous. Les consommateurs seront servis en  produits maraîchers sains, exempts de pesticides, arrosés avec de l’eau non polluée, contrairement à plusieurs   sites maraîchers pollués à travers la capitale.

 

M. A. TRAORÉ

 UNE MAIN D’ŒUVRE EXCLUSIVEMENT FEMININE !

Décidément, l’aménagement du périmètre maraîcher de Samanko a été bénéfique à tout point de vue. Il a, non seulement permis de recaser les maraîchers de Bamako, mais aussi de développer leurs activités. C’est une chance pour les femmes du village de Samanko. Elles assurent quotidiennement la main d’œuvre dans le jardin. Ces dames viennent de Katibougou, Samanko, Sodjeni, Farabana et Ouézindougou pour avoir de quoi subvenir à leurs besoins et participer aux dépenses du foyer.

Ses mains utiles aux jardiniers et jardinières s’occupent de l’arrosage, de démariage. Elles espacent les plants. Ainsi, à la recherche de leur pitance quotidienne, des femmes de tous âges prennent d’assaut chaque jour le périmètre maraîcher de Samanko. Elles viennent gracieusement offrir leurs services aux maraîchers qui en ont besoin. Ces mères courages, malgré le coût de leur prestation jugé trop cher par les jardiniers, ne chôment pourtant pas.

Kany Diarra vient de Katibougou. Elle rallie chaque jour le site maraîcher à pied. Assise avec une autre femme, autour d’une planche de carottes, notre interlocutrice en plus de désherber les plants, procédait en compagnie de sa collègue au démariage des pieds.

Les deux femmes ont un gain journalier de 1500Fcfa. Ce qui suffit au bonheur de notre interlocutrice. Elle peut désormais payer sa tontine sans problème et contribuer aux charges de la maison. Avant d’offrir ses services dans ce jardin, elle faisait du petit commerce. Mais cette activité était peu lucrative et ne lui permettait pas de faire face à ses dépenses.

En plus, dit-elle souriante, dans son nouveau métier il n’y a pas de perte de gain. «  Je gagne à coup sûr, sauf si je ne viens pas ! », assure-t-elle.

Cette activité développée à la faveur de l’aménagement du périmètre de Samanko est la source de l’épanouissement de plusieurs femmes des villages environnants. Assise à côté de  Kany, la sexagénaire Awa Samaké vient travailler dans le jardin à la fin des récoltes. Elle quitte chaque jour Sodjeni pour venir arroser et entretenir le jardin de son client. Elle travaille à plein temps. Elle arrose le jardin matin et soir. Elle fertilise les parcelles avec de la fumure organique. Elle reçoit une rémunération mensuelle de 20.000 Fcfa. Infatigable et malgré son âge avancé, la vieille Awa affiche une autre corde à son arc. Chaque jour après sa tache journalière, elle désherbe certaines parcelles.  Ce supplément lui permet de joindre les deux bouts.

Elle est autonome et elle a les moyens de préparer la campagne agricole durant laquelle elle cultive de l’arachide.

Elle désire avoir sa propre parcelle  pour s’épanouir davantage et accroître ses revenus. L’extension prochaine du jardin lui donnera satisfaction.

M. A. T

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