Diplômes d’études spécialisées : UNE ALTERNATIVE HEUREUSE POUR LA SPECIALISATION

L’état malien a opté pour la formation de spécialistes sur place. C’est  une bouffée d’oxygène  pour combler, en partie, l’insuffisance de compétences et améliorer les capacités d’accès à des soins de qualité.

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Le Mali veut disposer d’une masse critique de spécialistes dans les disciplines médicales ou chirurgicales. Il continue d’investir dans la formation locale pour refaire, en partie, son retard en termes de disponibilité de compétences médicales ou chirurgicales et d’amélioration du ratio spécialistes/populations, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Admettons-le. Certains de nos voisins africains  gardent une bonne longueur d’avance sur nous, dans le domaine de la formation sur place de médecins spécialistes. Ces pays ont mis en place des formations pour des aspirants à la spécialisation.
Les pouvoirs publics, partageant la nécessité de relever le défi de la qualité, notamment dans un contexte de mondialisation ont assumé des choix historiques. Ils ont accepté de s’inscrire dans la même vision globale que  l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS), en matière de formation. Face aux difficultés financières de la formation de nos spécialistes ailleurs, l’Etat n’avait d’autre choix que de développer une alternative de formation de spécialistes sur place. Les premières mesures ont porté sur la création de certificat d’études spécialisées (CES). Cette formation locale est une bouffée d’oxygène  pour combler, en partie, l’insuffisance de compétences et améliorer les capacités d’accès à des soins spécialisés.
Le décret de juin 2014 institue le diplôme d’études spécialisées (DES) dans les établissements publics d’enseignement supérieurs, chargés de la formation médicale et biomédicale. Il remplace le certificat d’études spécialisées (CES). Selon le Pr Sadio Yena, coordinateur du DES de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, les DES ont été créés pour pallier l’insuffisance de spécialistes et apporter la diversification dans la formation.  Cet enseignant de rang A reconnaît que les bourses octroyées par les pays partenaires  sont rares. Le nombre est nettement insuffisant au regard de la demande. La formation locale est une alternative à cette situation. Il rappelle que depuis les années 1990, le Pr Abdel Karim Koumaré, une tête couronnée de la chirurgie à l’échelle africaine voire internationale, a eu l’intelligence de créer avec ses collaborateurs le DES (ex CES) de chirurgie pour former les premiers chirurgiens généralistes dont le besoin dans cette spécialité était criard un peu partout. Le Pr Sadio Yena reconnaît que ce DES a formé près de 90% des chirurgiens généralistes au Mali et qui officient dans les différents établissements de soins. Il observe que son DES et celui de l’endocrinologie sont les derniers nés. Le grand maître de la chirurgie thoracique est convaincu que les aspirants à la spécialisation sont des mains utiles pour les différents services dans les centres hospitaliers. Ils vont acquérir des compétences, accompagner la formation continue des infirmiers, accueillir et encadrer les étudiants des facultés de médecine, d’odontostomatologie et de pharmacie. Notre interlocuteur, estime que les aspirants à la spécialisation aident également les chirurgiens seniors, dans les interventions chirurgicales. Les aspirants à la formation de spécialisation sont très précieux dans le fonctionnement des services.

LE CES remplacé par le DES. La nécessité d’organiser la formation de spécialistes sur place est partagée par nombre de pays africains. Mais le souci d’aller à l’harmonisation a poussé notre pays à remplacer le CES par le DES. Selon les spécialistes de questions académiques, toute formation de quatre ans voire plus, doit être sanctionnée par un diplôme et non un certificat. La différence entre les deux documents ne souffre d’aucune ambiguïté. Ils  n’ont pas les mêmes valeurs académiques.
Dans les confidences, il ressort que ceux qui détiennent un CES, seraient  confrontés à la dure réalité de ne pas être logés à la même enseigne que leurs collègues disposant d’un DES. Ils sont ainsi contraints de compléter leur formation. Aujourd’hui, notre pays a ouvert dans les facultés de médecine, d’odontostomatologie (FMOS) et de pharmacie, plus d’une vingtaine de DES, notamment en chirurgie, gynécologie, endocrinologie, médecine interne, cardiologie, urologie, néphrologie, chirurgie thoracique et cardiovasculaire. Les aspirants au DES qui seront formés dans ces différentes disciplines médicales ou chirurgicales grossiront le rang de nos spécialistes. Dans certaines disciplines l’insuffisance des compétences est criarde et requiert d’accomplir un effort de réflexion, d’organisation de la formation sur place.
Le Mali a mis du temps à organiser véritablement la spécialisation de nos médecins au plan interne. Il est  vrai que les textes de création des CES ont été pris depuis les années 1980. Mais il n’existera que quelques CES durant des années, parce que le préalable à satisfaire était de disposer d’au moins deux enseignants de rang A (maîtres de conférence agrégés) pour ouvrir un DES. A défaut, il fallait un enseignant de ce statut et  une convention de collaboration signée avec une faculté de la sous-région pour avoir la caution d’un enseignant de rang magistral. Le Pr Sadio Yena note que les choses sont très claires maintenant avec l’OOAS. Il faut deux enseignants de rang magistral (dont un professeur titulaire). Mais avec un enseignant de rang magistral et la caution d’un autre d’une faculté de médecine, on peut  ouvrir un DES dans les établissements publics supérieurs, chargés de la formation médicale et biomédicale.
Précisons que les professeurs titulaires sont des maîtres de conférence agrégés qui ont été titularisés après un certain nombre de publications, après l’agrégation ou après nomination par la Commission nationale d’établissement des listes d’aptitude (CNELA). Notre pays peut se targuer de répondre à cette exigence académique, dans bien de domaines, même si de gros efforts restent encore à déployer.
Nous disposons de grands maîtres des sciences médicales ou chirurgicales. Sous la férule de ces pédagogues hors-norme et rigoureux scientifiques un enseignement de qualité est dispensé aux aspirants à la spécialisation dans les disciplines médicales ou chirurgicales. La création de DES est une alternative heureuse pour la formation continue, notamment la spécialisation des médecins. Il importe que les autorités accompagnent au mieux cette formation afin de permettre à notre pays de disposer, dans les années à venir, de suffisamment de compétences et de qualité.

B. DOUMBIA

Source : L’Essor

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