Echos du prétoire : hurlement dans la salle d’audience

M. Léon Niangaly, présidant l’audience correctionnelle de ce lundi 24 mars 2014 à la Cour d’Appel de Bamako venait sans coup férir de réciter : « la cour confirme le jugement du tribunal.. » qu’un monsieur boitillant, s’attire tous les regards en s’écriant à haute voix dans la salle, la main tenant des papiers, levée vers le ciel : « Allahou Akbar, fracturer la jambe de mon épouse avec une voiture, me défier en me disant d’aller me plaindre là où je veux et voilà ce que décide la cour… ».

 

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Le président balaye l’audience du regard. Il jette ensuite un coup d’œil à sa gauche puis à sa droite en direction de ses deux conseillers, Baya Berthé et Yaya Togola. Aux extrémités se trouvent Hamet Sam, occupant le banc du ministère public et Me Armeissa Touré, assurant le greffe.
« Il n y a pas un garde pour le sortir ? », s’interroge t –il. Clopin-clopant, le protestataire se dirige de lui-même vers la porte de sortie. Dans la cour du tribunal, il continue de vociférer, sa voix supplantant celle du président. En me présentant à lui en qualité de journaliste, il soupire, se félicitant de ce pain bénit. Sous l’effet de la colère, il mouille mon visage de salives.
Interrogé sur son identité, il dit s’appeler Karim Keita, commerçant domicilié à Niomirambougou en Commune III du district de Bamako. « Tenez » me dit-il, en me tendant trois papiers qu’il tient en main. « Il faut lire vous-même. Moi je ne sais ni lire, ni écrire. Est-ce que c’est moi qui ai écrit ce vous voyez ? » Les deux papiers étaient des fiches d’expertise médicale, l’une signée du Professeur Abdou Touré et l’autre du Professeur Idrissa Kanakomo, tous médecins au CHU Gabriel Touré. Sur la troisième fiche délivrée par l’assurance SABU NJUMAN, il est mentionné que : « la Mercedes immatriculée T3669MD au nom de Mory Mamadou Kanouté n’était pas assurée au moment du sinistre et que la présente police d’assurance souscrite après ne couvre pas le présent sinistre ».
Karim donne des explications. « M. le journaliste, en 2011, Mory Mamadou Kanouté a heurté à Hamdallaye avec sa voiture, non loin du pont Richard, mon épouse Rokia Dioni, institutrice à l’école Niomi C. Il lui a fracturé sa jambe gauche et nous a défiés ensuite en nous disant d’aller nous plaindre là où nous voulons. Mory, Ingénieur, âgé de 70 ans au moment des faits, savait de quoi il parlait. Car, il a réussi à faire sortir sa voiture de la cour du Commissariat de Police du Vè arrondissement où elle avait été stationnée, quand bien elle n’est pas assurée.
Le Commissaire de l’époque, Famory Konaté l’ayant su plus tard, a puni son agent et ordonné la reprise du procès-verbal. Mory a renouvelé devant le médecin chargé de déterminer la nature des blessures et le temps d’incapacité de travail, les mêmes manigances qu’il avait faites pour sortir la voiture du Commissariat. C’est pourquoi, il y a deux fiches médicales contradictoires pour le même diagnostic. Alors que le Professeur Idrissa Kanakomo avait fait l’expertise, Mory est allé voir le Professeur Abdou Touré, alors à la retraite et donc non qualifié, pour faire établir une autre expertise qui lui est favorable car, il a des relations personnelles avec ce dernier.
En conséquence, le juge Fily Sissoko de la commune IV avec qui il des relations aussi, a banalisé le procès. Il a seulement condamné Mory à prendre en charge les frais médicaux de mon épouse et à lui verser la modique somme de 75.000FCFA alors qu’on s’attendait à au moins 2 millions de dommage intérêt car, mon épouse est handicapée à vie. Nous avons fait appel de la décision et voilà que la cour vient de confirmer cette décision.
Rien que les frais que j’ai mis dans le taxi pour faire les courses dépassent 100.000FCFA. » Karim qui n’était pas assisté d’avocat, voit la main de son adversaire qui n’a même pas fait le déplacement, derrière tout ça. Pendant qu’il était inconsolable, un vieux de plus de 70 ans, coude appuyé sur le mur, écoutait, tout intéressé. Sans être interrogé, Bakary Mariko, c’est son nom, prend la parole. « C’est pareil pour nous.
Depuis onze ans, nous faisons des va et vient entre notre village, dans la commune de Wala, arrondissement de Sanso(Bougouni) et la Cour d’Appel. Cette année, nous sommes à notre neuvième passage, tout comme l’an passé. Bakary était accompagné d’une dizaine d’autres partisans qui  approuvaient du geste ou par la parole, ce qu’il disait. En 2002, disent-ils, d’autres villageois ont brûlé nos cases, nos greniers remplis, coupé nos arbres, boucher nos puits etc au motif que nous sommes étrangers dans le village.
Nous sommes six à subir ces représailles. Le procès rendu par le tribunal de Bougouni est en appel à Bamako. Mais la cour n’arrive pas à se décider, se contentant de réclamer à nos adversaires de verser un certificat de décès que ces derniers tardent à verser depuis des années, espérant sur notre usure. A nouveau, l’affaire est renvoyée au 26 mai prochain. Avant le hurlement de Karim Keita et la contestation des villageois de Wala, deux dames avaient vertement contesté dans la salle, les décisions prononcées par la cour. Lundi, était jour de protestation à la Cour d’Appel.
source : mali-web.org
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