Dramane Diarra à propos de la candidature du Mali au Nobel de la paix : «Notre devoir était d’informer le peuple que notre pays est candidat au Prix Nobel de la paix»

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Après le lancement officiel de la candidature du peuple malien au Prix Nobel de la paix 2014, le 6 septembre 2014 au Centre international de conférence de Bamako, nous avons eu un entretien avec le président de l’Alliance des générations démocratiques du Mali (Agdm). Il nous explique ici comment est venue cette candidature, sur quoi son association s’est basée pour présenter le Mali comme candidat au Prix Nobel de la paix 2014. Il nous parle aussi des autres activités qu’elle compte mener avant la proclamation des résultats.

                    

Le Reporter : Pourquoi l’Agdm a présenté la candidature du peuple malien au Prix Nobel de la Paix 2014 ?

Dramane Diarra : Le Prix Nobel de la Paix récompense «la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix», selon les volontés définies par testament d’Alfred Nobel. Cela comprend la lutte pour la paix, les droits de l’homme, l’aide humanitaire, la liberté. À titre d’exemple, le prix Nobel de la Paix a été décerné à Nelson Mandela et à Frederick de Klerk (1993), à Yasser Arafat et à Shimon Perez (1994), à Barack Obama (2009), à Koffi Annan (2001), au Comité international de la Croix Rouge à Genève (plusieurs fois), aux Forces de l’Onu pour le maintien de la paix (1988), à l’Union européenne (2012), etc.

À cet égard, ce sont les personnalités qui ont été le plus souvent primées et pour des actions ponctuelles, éphémères qui résistent mal à l’épreuve du temps. D’où des critiques à l’adresse du Comité norvégien du Prix Nobel de la paix, qui s’est senti obligé d’affirmer, à l’occasion du sacre de l’Union européenne en 2012, ses motivations : «Pour avoir contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe».

Alors, que dire du peuple du Mali et du Mali, héritiers des Empires, presque millénaires, les plus célèbres en Afrique : Empires du Ghana, du Mali et Empire Songhoï où l’organisation politique, sociale, économique et culturelle était formidable. Nous sommes les descendants de ce même peuple. Nous avons bravé, avec dignité, la traite négrière, la colonisation et leurs affres et humiliations, et plus récemment des coups d’Etat. Au même moment, nous avons été exemplaires formellement dans le processus de démocratisation, avant de nous confronter à la double crise périlleuse institutionnelle et sécuritaire dont chaque aspect isolé pouvait faire disparaître tout Etat africain. Au grand étonnement du monde entier, nous avons, mieux que contrer ces crises, fait un grand saut en avant, continuant ainsi à fasciner la Communauté internationale. Mais tout le monde se pose la question de savoir : Comment les Maliens réussissent-ils ainsi ?

Nous, Maliens, avons recours, au quotidien, à des ressources morales, culturelles et sociales, innées en nous, propres à nous, transmises de génération à génération, transcendant les différences de couleur de peau, les différences de langues, les différences d’ethnies, les différences d’us et de coutumes, de région, et constituant un fonds patrimonial immatériel commun. Un socle des vertus de paix, de tolérance, de solidarité, du vivre ensemble, d’hospitalité, d’entente et de consensus, denrées de plus en plus rares dans un monde étourdi et troublé, mais caractéristiques du peuple du Mali, qui sait s’en servir, même en des moments aussi périlleux comme pendant les crises institutionnelles et sécuritaires de 2012-2013.

C’est ce qui s’appelle « l’exception malienne » forgée par près de huit (8) siècles de civilisation de la paix depuis formellement la Charte de « Kurukan Fuga » en 1235, plus vieille mais aussi complète que les célèbres déclarations contemporaines de 1776 (Etats Unis), 1789 (France) et 1948 (Onu). Voilà pourquoi l’Alliance des générations démocratiques du Mali (Agdm) a proposé le peuple du Mali au Prix Nobel de la paix 2014

Est-ce que vous n’avez pas présenté cette candidature en retard ?

Non, pas du tout. D’abord, toutes les candidatures doivent parvenir au Comité norvégien avant le 1er février. Nous avons fait déposer la candidature du peuple du Mali en fin janvier 2014. Le Comité norvégien a répondu le 9 avril 2014 pour dire que le peuple du Mali est nominé par 278 nominations et que la proclamation du ou des lauréats sera pour le 10 octobre 2014. C’est ainsi que nous avons écrit le 19 mai 2014 à trois institutions de notre pays : le président de la République, le Premier ministre (Gouvernement), le président de l’Assemblée nationale, pour les informer et leur remettre les documents de la candidature, afin qu’elles portent l’information au peuple et qu’elles conduisent la campagne. Mais, nous n’avons pas reçu le traitement souhaité à ces niveaux. Un chargé de mission de la Présidence nous a reçus le 30 juin 2014, promettant de nous revenir sous deux semaines, après avoir rendu compte à ses chefs, mais rien à présent. Nous avons vu furtivement le Premier ministre la veille de la fête de Ramadan (27 juillet 2014),  qui avait promis d’installer une Commission, mais rien. Le président de l’Assemblée nationale n’a même pas daigné nous faire appel. Donc, nous étions en train d’attendre et d’observer nos autorités, pendant 3 à 4 mois, sans un résultat probant de leur côté. C’est ainsi que nous nous sommes résolus à lancer les activités de soutien à la candidature du peuple du Mali au Prix Nobel de la paix 2014, après avoir lancé une seconde vague de correspondances à d’autres institutions et autorités qui ont été promptes à nous accompagner comme le Conseil économique social et culturel, la Cour constitutionnelle, la Haute Cour de justice, le Haut Représentant du président de la République pour le dialogue inter-malien, la Cour suprême.

Donc, vous constatez avec nous qu’il ne peut pas y avoir de retard pour la présentation de candidature. Mais, il y a un retard certain dans la promotion de cette candidature, qui revenait en premier chef aux institutions préalablement saisies, qui sont les représentants légitimes du peuple. Mieux vaut tard que jamais, elles peuvent toujours jouer leur partition, au risque d’endosser la responsabilité de leur mutisme.

 Après le lancement, quelle est la suite ? À quand la proclamation et où ?

Notre devoir était d’informer le peuple qu’il est candidat au Prix Nobel de la paix 2014. Nous l’avons fait à travers une cérémonie officielle et des interventions sur des médias. Ce ne sera jamais suffisant, car l’idéal était d’informer chaque Malienne et chaque Malien où qu’il (elle) se trouve, pour lui dire « Tu es candidat au Prix Nobel de la paix 2014″. Après, il revient à chacun et à tous d’apporter ce qu’il peut à la promotion de cette candidature inédite. Nous continuerons à sensibiliser là-dessus. La proclamation se fera le 10 octobre 2014 à Oslo (Norvège) à travers une conférence de presse. Il peut y avoir un jusqu’à 3 lauréats à la fois. Prions pour que le peuple du Mali y soit. C’est l’occasion de rendre hommage à la presse malienne dans son ensemble pour l’accompagnement réussi du démarrage des activités de soutien. Je l’exhorte à continuer sur cette lancée.

Avez-vous un appel à l’endroit du peuple qui est candidat ?

L’appel que nous pouvons avoir à l’endroit du peuple du Mali est qu’il se mobilise individuellement et collectivement autour de cette candidature qui ne peut être que l’occasion de réaffirmation de notre vieille civilisation millénaire faite de vertus, comme rappelé ci-haut, que nous portons parce que nous sommes Maliens. Ces vertus sont des attributs du « Malien » et font partie de la « Malianité ». C’est l’occasion pour nous de nous rappeler que nous sommes un grand peuple qui compte aux yeux du monde entier. En témoigne l’unanimité inédite faite autour de notre pays par toute la Communauté internationale. Parce que nous sommes un exemple pour le monde entier. En avons-nous conscience nous-mêmes ? Pas suffisamment, à mon avis. Sur ce plan, nous sommes les derniers dinosaures et devrons redoubler d’ardeur pour garder le cap. En célébrant cette candidature, nous contribuons indubitablement à panser nos plaies, à recoudre notre tissu social malmené, pour nous et pour le monde entier. Sur ce plan, nous avons déjà gagné. Mais, le sacre permettra d’amplifier notre aura à travers le monde. Cela est à l’honneur de tout l’univers qui aura eu raison de jeter son dévolu sur le Mali, de croire en lui.

Bonne chance au peuple du Mali pour le prix Nobel de la Paix 2014. Le Mali à jamais ! Le Mali pour toujours ! Vive la Paix universelle ! Puissent les Maliens inspirer davantage le Monde !

Propos recueillis par Kassim TRAORE

SOURCE: Le Reporter
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