Les évènements de Mai 2014 de Kidal : Un acharnement politicien contre MARA qui n’honore pas la République !

Le régime d’IBK nous a habitué à des gaffes, des scandales, des erreurs politiques, qui font très souvent  les choux gras et de la presse et de ses adversaires politiques.

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D’un amateurisme à la limite du pitoyable, des impairs et autres maladresses émaillent incroyablement son quinquennat sans discontinuer. L’un des  derniers en date, est cette tentative honteuse, maladroite et mal à propos, de faire porter le chapeau des évènements de Kidal à un adversaire politique en l’occurrence son ancien Premier ministre Moussa Mara dont les ambitions pour 2018 sont un secret de polichinelle.

En effet, au cours de la session du 16 décembre 2016 de l’Assemblée Nationale du Mali, les députés de la majorité présidentielle, n’ont pas hésité  à voter  une résolution sur les évènements survenus à Kidal en mai 2014 suite à la visite de Moussa Mara tout en  demandant au Gouvernement « l’ouverture d’une enquête judiciaire pour situer les responsabilités ». En ligne de mire, certainement l’ancien Premier ministre, sinon les vrais coupables  qui d’ailleurs ne se sont jamais reniés, sont connus de tous.

Par des intrigues politiciennes, machiavéliques, on veut rendre gorge à un homme dont l’aura, la témérité et la détermination font peur visiblement au pouvoir en place. Ce n’est pas une première que de chercher à abattre un rival politique dans ces conditions. Des pratiques déloyales, qui caractérisent malheureusement nos démocraties sous les tropiques. IBK lui-même, doit en savoir quelque chose. D’autres comme Abdoulaye WADE, Maky SALL, Laurent GBAGBO, Alpha CONDE, pour ne citer que ceux-là n’ont pas connu que des moments de bonheur durant leur carrière politique, et ils ont tous fini par être portés au pinacle….. Signe du destin ? Allez savoir.

Le cas Mara nous interpelle en tant que citoyen Malien tout court. Il ne s’agit point en l’espèce de s’immiscer dans un combat politico-politicien entre adversaires ou faire du pro ou anti Mara. Le problème est beaucoup plus sérieux. Il est question, au-delà des bisbilles politiques, des querelles de clochers, d’une problématique qui fait appel à la perception du Malien d’aujourd’hui quant à certaines valeurs, certains principes, certaines conduites qui de plus en plus nous échappent et nous enfoncent insidieusement dans les abimes de la déchéance humaine.

Notre pays le Mali, se porte déjà assez mal, et ne nous voilons pas la face, nos agissements, nos comportements ne sont pas étrangers à cela. Et si avec tout ça, nous n’arrivons pas à tirer les leçons, et continuons, chaque jour que Dieu fait à descendre dans les bas-fonds, de la honte, du déshonneur,  de la poltronnerie, de la perfidie, de l’indignité, alors là requiem pour notre Maliba ! Un pays c’est une conscience, un pays ce sont des valeurs !

On veut liquider Mara politiquement Ok. Mais le faire par rapport aux évènements de Kidal est d’une ridiculité incroyable et ne saurait laisser indifférent tout bon républicain. Sommes-nous autant amnésiques pour oublier ce qui s’est réellement passé dans cette affaire ?

Le contexte de la visite et l’acte criminel des rebelles et leurs comparses.

Mara, en sa qualité de Premier Ministre  s’est rendu à Kidal, une région du Mali aux mains des rebelles apatrides. Une visite de terrain initiée en haut lieu, « acceptée » et préparée avec l’implication de toutes les parties principalement la communauté internationale à travers la MINUSMA et la mission SERVAl. Elle rentrait dans le cadre du processus de paix et de réconciliation enclenchée par les parties, et  avait essentiellement pour but de s’enquérir des conditions de travail de l’administration dans cette localité, et d’ailleurs d’autres régions du nord étaient concernées. Son caractère  éminemment politique et stratégique était évident et il s’agissait pour le Mali d’affirmer son autorité sur toute l’étendue du territoire et de prouver à la face du monde son unité retrouvée. Une telle mission d’une extrême sensibilité, sauf pour ceux qui ont une vision étriquée du pouvoir d’Etat, ne saurait se décider  à la légère, ni en solo, ou par un caprice passager. Il faut le souligner il n’y a pas eu d’objections quant à cette mission. Aucune institution Malienne à commencer par le Président de la république n’a de manière officielle, désapprouvé ou dénoncé cette visite qui, encore une fois, nous le répétons était tout à fait légale et légitime de la part d’un Premier ministre.

Au cours de cette visite, des ennemis du Mali ont malgré tout, pris la responsabilité de tuer, d’égorger froidement des représentants de l’Etat central, des pères de famille, d’innocentes victimes (Paix à leur âme), parce que tout simplement le Premier Ministre et sa délégation étaient déclarés persona non grata (un volt face de dernière minute du MNLA qui dénote  pour ceux qui doutaient encore de leur duplicité et leur volonté d’en découdre avec le Mali). On dit une chose et on fait le contraire.

 MINUSMA et SERVAL, complices ?

La question mérite réflexion, car malgré la présence de ces forces d’interposition et sans compter que le volet sécuritaire de la mission leur incombait principalement, les  assassins du MNLA ont réussi à commettre un véritable carnage. De qui se moque-t-on ? Comment un tel forfait a pu se perpétrer sous leurs yeux connaissant leur supériorité militaire et leur puissance de feu? Qu’ont-ils fait pour empêcher que des administrateurs Maliens soient lâchement assassinés et les symboles de l’Etat détruits ? Cette histoire n’est pas claire. L’adage est bien connu : quand c’est flou, il y a un loup !  N’a-t-on pas tout simplement voulu saboter cette mission ? A quelles fins ? Bien malin qui pourra répondre à cette question.

Les Maliens doivent  enfin ouvrir leurs yeux, et comprendre ce qui se trame réellement dans cette histoire de Kidal. Le jeu est assez trouble et 1+1 ne fait pas forcement 2 dans ce lacis !

La Mission a été effectuée dans les conditions que nous savons tous. La délégation primatoriale sous les feux ennemis,  a été exfiltrée in extremis. Malheureusement certains de nos braves préfets n’ont pas eu cette chance. On dénombre plusieurs dizaines de morts. Les auteurs sont connus. Il s’agit bien des rebelles du MNLA et autres comparses même si aujourd’hui pour faire diversion, ce nom  MNLA, assez lourd à porter, fit place à un autre mouvement avec les mêmes acteurs. Ont-ils été inquiétés pour leur crime ? Que nenni ! Bien au contraire, ils sont jusqu’à nos jours dans les bonnes grâces du pouvoir, malgré ce qui s’est passé. Où est la JUSTICE ?

La voie de la sagesse du réalisme et de la justice.

Qu’on n’ait pas le courage de sanctionner les vrais coupables passe encore dans un souci d’apaisement et de réconciliation nationale, mais qu’on essaie par un extraordinaire retournement de situation et une contorsion politicienne des plus abjectes  de faire porter le chapeau à quelqu’un dont le seul tort a été de faire son job et  qui a même failli y laisser la peau est tout simplement scandaleux !

Ressaisissons-nous ! Comme on dit trivialement en Bambara bi de séra sinon Mara avec cette visite apparaissait comme un héros, quelqu’un qui a fait honneur aux Maliens. N’a-t-il pas été triomphalement accueilli à son retour de Kidal par les officiels Maliens ? Karim, député, Président de la commission de défense à l’AN, conscience de son père de Président était parmi le comité d’accueil. L’euphorie était à son comble. La même nuit, MARA fut directement  conduit à Sébenikoro chez IBK, pressé de le congratuler. Rappelons-nous, à l’époque, des choses ont été dites et qui corroborent cette convergence de vue, même si aujourd’hui on veut un mouton sacrificiel. Morceau choisi « le Premier ministre dont je salue le courage, le sang-froid, l’esprit patriotique et le sens élevé de l’état ne posait aucun acte de provocation à travers cette visite à Kidal. Au contraire, suivant en cela mes instructions et dans l’exercice de ses prérogatives, il s’y rendait pour écouter notre peuple, en prélude aux pourparlers dont les animateurs et les détails se mettent en place autour de l’ancien Premier ministre Modibo KEITA, ainé de valeur et de mérite..  » . Dixit IBK. Venant du Président de la république, lequel reconnaissant effectivement que c’est sur ses instructions que  Mara  a effectué le déplacement à Kidal, le débat est clos !

Deuxième séquence : Après ces tueries, le Mali ripostait par l’envoi des troupes. Débandade totale ! Des morts supplémentaires et la chute de Kidal. Chacun y va de son commentaire, mais l’histoire se chargera de nous édifier un jour sur ce qui s’est réellement passé sur le théâtre des opérations.

L’on insinue que c’est MARA qui a engagé le Mali en guerre. Quelle ineptie ! On nage en pleine fiction. Depuis quand un Premier ministre engage un pays en guerre ? Et le Président de la république et l’Assemblée Nationale dans tout ça? Un peu de logique et surtout d’objectivité. Engager un pays en guerre dépasse le seul pouvoir du Premier ministre. L’article 71 de la constitution dispose : «  la déclaration de guerre est autorisée par l’Assemblée nationale réunie spécialement à cet effet. Le Président de la république en informe la nation par un message » A ce niveau, la loi fondamentale est très claire, donc qu’on ne vienne pas nous embobiner.

Si on ne devait pas engager le Mali en guerre alors que ce fut le cas, la responsabilité de Mara seul ne saurait être engagée. Que MARA l’ait fait, la première institution qu’est le Président de la république, son employeur direct, pouvait au moins l’en empêcher. Il ne l’a pas fait ! Le principe de l’omission en droit pénal à travers cette maxime « qui peut n’empêche, pèche. »  épingle le Président de la république.

En définitive, il faut juste retenir que l’Etat Malien a tout simplement failli, et à ma connaissance l’Etat n’est pas seulement le Premier ministre. An ka sabali

La défaite est orpheline. Aujourd’hui MARA est esseulé. Il est  une victime expiatoire dans cette affaire. En s’acharnant contre lui,  nul doute qu’on lui fait une publicité gratuite.

Pour ne pas se ridiculiser davantage et garder le peu d’estime de soi qui reste, après s’être aplaties carrément devant les véritables coupables, Les autorités Maliennes doivent se ressaisir au plus vite et éviter de créer inutilement d’autres polémiques autour de ce dossier de la honte. Une gestion politique intelligente après toutes ces bévues est  souhaitable !

Makan DIALLO

Docteur en Droit Privé

Avocat inscrit aux barreaux de Paris et du Mali

La rédaction

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