Détresse hydrique dans le Niger et le Sankarani: grave menace sur la production d’eau d’électricité

Le fleuve Niger connait son plus bas niveau depuis 30 ans. C’est du moins, ce qui ressort des constats suite à une réunion délocalisée à Ségou des membres de la Commission « Gestion des eaux » de la retenue de Sélingué et du Barrage de Markala (CGESM), avant-hier mercredi, dans les locaux de l’Office du Niger.

L’objectif de cette rencontre de Ségou était d’informer l’ensemble des usagers de ces cours d’eau de la situation actuelle qui prévaut ainsi que les mesures à prendre avant l’installation de la prochaine saison des pluies.
L’ouverture des travaux était présidée par le directeur de cabinet du gouverneur de Ségou, Bayini Ould CISSE, en présence du président de la commission Yaya BOUBACAR, non moins directeur national de l’hydraulique ; de la directrice du Programme conjoint d’appui à la gestion intégrée des ressources en eau (PCA-GIRE), Mme Cissé Youma COULIBALY, des autres acteurs, etc.
Cette rencontre de Ségou a aussi regroupé plusieurs personnes ressources, notamment les représentants de l’Office du Niger, l’ODRS, l’Office riz de Ségou. On y notait également la présence les représentants des services techniques impliqués dans la gestion desdits ouvrages.

Une partie du corps social au Mali
À l’ordre du jour de cette rencontre, la mise en œuvre des recommandations de la dernière réunion du comité tenue en janvier à Sélingué sur la situation du niveau du fleuve jugée critique. Il s’agissait aussi de faire le suivi de la gestion des eaux des barrages de Sélingué et de Markala.
Dans son intervention, le représentant du gouverneur a rappelé que l’année 2017 a été marquée par un déficit pluviométrique qui a entrainé une situation hydrologique critique, voire exceptionnelle.
Ainsi, cette situation a entrainé un étiage précoce et sévère des cours d’eau en faveur de facteurs naturels, notamment les effets des changements climatiques, les anthropiques, en particulier le dragage dans le lit des fleuves, l’occupation des zones de servitudes.
Ce déficit hydrique constaté aura des conséquences sur les activités agro-Sylvo-pastorales ainsi que sur les écosystèmes, a-t-il rappelé.
Pour endiguer les conséquences de cette situation sans précédente, depuis 30 ans, il a préconisé aux acteurs de mener des actions de sensibilisation auprès des usagers afin de conjuguer les efforts pour une gestion rationnelle et coordonnée des ressources en eau disponibles du fleuve Niger.
Parmi les mesures préconisées, il y a entre autres : la limitation des surfaces irriguées en contre-saison au niveau des Offices de développement ; la gestion rationnelle de la retenue de Sélingué, notamment pour soutenir l’étiage du fleuve Niger et l’approvisionnement en eau potable des villes riveraines.
Selon M. Ould CISSE, l’essentiel de la population malienne vit dans le bassin du fleuve Niger, à travers diverses activités. Ce qui fait dire au directeur de cabinet du gouverneur que le fleuve Niger est un don de la nature pour notre pays.
« C’est pratiquement une partie du corps social au Mali, un mythe », a-t-il expliqué. Avant d’inviter tous les usagers à tout faire pour sauvegarder ce patrimoine pour que « ce que les prophètes de malheur sont en train de prédire ne puisse pas arriver à notre grand fleuve (sa disparition) ».

Halte aux cultures de contre-saison
Dans une déclaration à la presse à l’issue des travaux, le directeur national de l’hydraulique, Yaya BOUBACAR, a fait savoir que chaque année, il y a des cultures de contre-saison qui se réalisent en fonction du niveau d’eau dans le fleuve. Depuis le mois de septembre 2017, il a été constaté que l’eau a commencé à se retirer dans le fleuve. En raison de ce constat, il a été conseillé aux paysans des zones offices de sursoir à la campagne de contre-saison de riz, cette année.
Malgré le contexte préoccupant, a-t-il fait savoir, il y a eu des cultures de contre-saison relatives à la pomme de terre, aux oignons dont les récoltes sont en cours. D’ailleurs, a-t-il ajouté, le rendement est jugé satisfaisant selon certains paysans. « Aujourd’hui, il y a très peu d’eau dans le fleuve. Nous continuons à échanger avec les usagers afin que le peu de ressource disponible puisse faire face aux usages en ce qui concerne la production d’électricité, l’alimentation en eau potable des villes riveraines, mais aussi la satisfaction en eau potable des besoins des quelques cultures maraichères qui ont été plantées d’ici à l’installation prochaine de la saison des pluies », a-t-il dit.
Dans cette intervention, il s’est réjoui de constater que les conseils prodigués par les services compétents ont été bien suivis par les usagers.
De son avis, il n’a jamais été constaté la baisse des eaux à un tel niveau, depuis 1984 ayant été une année de sécheresse. Habituellement, a-t-il expliqué, le début du retrait de l’eau dans le cours du fleuve Niger est constaté à partir du mois de janvier. Mais, l’année dernière, le phénomène a été constaté depuis le mois de septembre 2017.

Une gestion rationnelle de l’existant
Avant de terminer, il n’a pas manqué de prodiguer quelques conseils aux clients de l’EDM. Selon lui, il est nécessaire d’avoir un changement de comportement des uns et des autres pour que le peu d’eau qui reste dans le fleuve puisse être utilisé de manière rationnelle afin de satisfaire le maximum de besoins.
Au terme de l’atelier, les participants ont fait de fortes recommandations allant dans le sens d’une gestion efficiente de cette situation détresse.
Parmi lesquelles, on peut retenir, entre autres : Demander aux offices de développement rural qui n’ont pas encore transmis leurs besoins agricoles 2018 de les faire parvenir à la DNH pour permettre la validation définitive de la gestion de 2018 ; demander aux différents offices de poursuivre d’avantages les actions de sensibilisation pour arrêter la campagne de contre-saison de riz suite à la détresse hydrique de l’année ; demander au CGESM de mener des réflexions afin de permettre aux CLE (Comité local de l’eau) d’empêcher l’orpaillage traditionnel et l’utilisation des dragues dans les cours d’eau de leurs zones de compétence respectives, etc.
Rappelons qu’entre les frontières guinéennes et nigériennes, le fleuve Niger suit une courbe de 1700 km dans le territoire malien (sur 4184 km de longueur totale) et arrose les villes de Bamako, Koulikoro, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Ansongo, etc. Ce puissant cours d’eau fait vivre pêcheurs, éleveurs et agriculteurs installés tout au long de son lit.

Par Abdoulaye OUATTARA, Envoyé Spécial

Info-matin

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