Démolition de villas et d’immeubles à Souleymanebougou-ACI : Etat du Mali, le retour ?

Le jeudi 23 juillet 2015, une semaine jour pour jour après la fête de ramadan, les Bulldozers et les Caterpillar ont fait leur fête à des villas et à des étages qui valent de  80 à 200 000.000 F Cfa. Scène apocalyptique, irréaliste et émouvante. La polémique a aussitôt commencé sur la pertinence ou non d’une telle initiative. Des leaders d’opinions ont entrepris de surfer sur cette vague « bénite » pour casser du sucre sur le dos du pouvoir. La politique n’est pas loin.

demolition foncier immeuble batiment

Une semaine auparavant, les Maliens avaient écouté IBK avec stupéfaction et ricanement. « Trop, c’est trop…je serais impitoyable désormais… ». Ces propos de fête et de jour de viande de bœuf abondante avaient amusé la galerie et fait beaucoup jaser. IBK,  qu’on avait dit mort en Turquie et qu’on disait en route de retour vers le cimetière, « doit disjoncter…Ah, il veut nous montrer qu’il est vivant…Bof, on est tellement habitué de pareilles sorties de sa part…et rien après…t’inquiète !… ». Bref, tous les commentaires sarcastiques ont été faits sur le Sambé Sambé présidentiel menaçant les prédateurs, les dévoreurs de biens publiques et les ravageurs du foncier qui n’ont pitié ni de la veuve, ni de l’orphelin. Tous ont donc dévoré les bœufs cuits à vapeur sèlèkou mèlèkou sans se soucier le moins du monde. Même les habitants des villas cossues et des  ‘’dagabana’’ étages de Souleymanebougou-Aci, sur la route de Koulikoro et dans les voisinages du Laboratoire et de certaines personnalités de  très haut volet retraitées, n’ont pas sourcillé.

Et pourtant des croix blanches avaient été tracées sur leurs constructions. La croix blanche tracée à la chaud sur un bâtiment, cela parle à tous les Maliens des villages et des villes. Elle signifie : « occupation anormale d’un domaine indu, à démolir sans faute ». Les techniciens habilités à cet effet avaient tracé ces croix blanches – comme un peu  partout  sur la route de Ségou, le long des rails entre Bamako et Kayes et d’autres constructions illégales à démolir dans le pays. Mais une fois que les experts, dument  mandatés par les pouvoirs publics, ont fait leur boulot, la balle est expédiée au niveau supérieur pour l’exécution des démolitions des constructions frauduleuses. Et là, l’impératrice Impunité a toujours intervenu  pour rassurer tous les fauteurs de la République. Et que dit-elle ?  : « Non, un chef de famille ne saurait être humilié ». « Humilié » ? A traduire par : « sanctionné ». C’est ainsi, toutes les formes de laisser-aller ont été  permises au Mali post dictature militaire (donc démocratique !)  par l’inexistence de l’Etat. A commencer par l’occupation illégale d’espaces publiques vendus par des élus et des administrateurs cupides et véreux ou encore par des intouchables puissants qui s’installent par la force. Le tout sous le règne absolu et absolutiste de l’Impératrice Impunité.

Adorer une chose et son contraire ?

La vérité est amère, très amère et pourtant il boit dans sa tasse. Le spectacle du jeudi dernier ne peut laisser aucun cœur sensible en paix. Voir tant de dizaine et de centaine de millions partir comme cela en poussière ne peut réjouir personne. La quantité de sueur versée, de journées courues et de nuits blanchies ne peut être écartée d’un revers négligent de la main gauche. Il paraitrait que le chérif Ousmane Madani Haïdara, venu soutenir moralement les punis, a versé de chaudes larmes en voyant les engins réduire les demeures cossues en poussière de ciment.

La scène émouvante est exploitée au maximum pour mieux pointer un doigt accusateur vers IBK en personne.

Et pourtant, les Maliens ont massivement voté IBK pour le retour de la rigueur, la force de l’Etat et le respect du Mali sur la scène internationale. Et depuis son arrivée au département habilité en la matière, le Ministre Mohamed Aly Bathily n’a pas fait un mystère de sa volonté de redresser la situation pourrie et dénoncée avec indignation et véhémence dans tous les « grin » de constructions illégales et des occupations abusives des espaces indus. Bathily est descendu sur le terrain, au niveau le plus bas, pour édifier et les gouvernants intermédiaires et les populations et leurs représentations traditionnelles que ce qui était tordu en sens serait redressé. Les coupables se connaissant ont couru vers les marabouts et les somas pour anéantir le Ministre par la sorcellerie. Lui-même a édifié les assistances des margouillats en linceul qu’on lui jette comme sort pour le « ta tièn ». Les contrevenants se connaissent, et de ce fait  ils ont été avertis. Notamment par ces croix blanches tracées à la chaud sur les murs et les bâtiments construits en violation de la loi.

Le domaine sur lequel les villas et immeubles démolis le jeudi à Souleymanebougou-Aci ont été construits appartient, comme son nom l’indique, à l’Aci 2000.  Et cette agence, qui est pétrie de plus de 20 ans d’expérience, qui est la plus grosse et la plus cotée au Mali, matérialise toujours ces domaines; de sorte qu’il est impossible de s’y tromper. Il faut dire qu’aller construire la nuit sur le terrain d’autrui est devenu un sport national. Des gens ont fait profession de circuler, de repérer les terrains vides et de les signaler moyennant finance. On va y déverser du sable et du ciment la nuit et on commence à construire. « Couma de baa baan wo », (c’est la parole qui règle tout) est l’argument. Et l’opinion soutient le violeur de terrain et impose au lésé d’accepter. Un argument imparable est déjà prévu à ce sujet : « Toi aussi, accepter. C’est déjà construit, on ne peut pas démolir… ».

La question est de savoir si l’on veut de l’Etat, de l’Etat de droit et du règne de la loi. Et si on le veut dans les faits et non pas seulement autour du thé pour passer le temps. La loi est dure, mais c’est la loi. Et sans la loi, c’est le règne de la jungle. Ce qui s’est passé à Souleymanebougou est amer, très amer. Mais, il faut avoir le courage que cela doit continuer : pour le bonheur des Maliens (si toute fois cette formule a un sens). C’est un élu qui fait cette confidence à propos d’un habitant du quartier de Samè et dont la maison n’est pas à la distance règlementaire des rails : « le matin pour ouvrir la fenêtre de sa chambre, il ouvre d’abord un tout petit peu et tend l’oreille… ». C’est pour savoir s’il y a un train qui arrive ou pas et ouvrir totalement. Est-ce d’un pays où la triche est en vigueur que les Maliens veulent ? La vie est un choix et tout choix a un prix à payer.

Amadou Tall

 Source: Le Matin
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