Démolition de la zone aéroportuaire : les cris de détresse des victimes !

C’est une vaste opération de démolition d’habitations qui est en cours dans la zone aéroportuaire de Bamako. Bientôt deux semaines, des bulldozers ont investis les lieux pour démolir toutes les constructions qualifiées d’illicites et des éléments des forces de sécurité y sont aussi déployés pour sécuriser l’opération. Au même moment, les populations se trouvent dans la plus grande détresse, notamment celles situées dans la zone de Faladjé dernière le parc de vente des animaux où nous nous sommes rendus la semaine dernière.

 

C’est une opération de grande envergure qui va concerner plus de 1660 hectares repartis entre quatre zones à savoir : Faladjé, Sirakoro, Sénou et l’axe Gouana-Niamankoro-Coura. Ainsi, les autorités de la transition ont mobilisé de gros moyens pour la réussite de cette opération de démolition des occupations dites ‘’illicites’’ dans la zone aéroportuaire. Plusieurs engins bulldozers et un important dispositif sécuritaire sont présents sur les sites afin de sécuriser l’opération.

« Nous subissons une injustice »

Chez les populations, c’étaient la détresse et le désespoir qui animaient les visages. Ce lundi matin, 18 janvier 2020, ce sont les habitants de la zone de Faladjé derrière le Parc de vente d’animaux qui ont subi la loi de l’autorité publique. Sur place, les pertes sont conséquentes. Les constructions d’une valeur de plusieurs millions de francs CFA, ainsi que des clôtures rasées par les bulldozers ; des familles récalcitrantes sommées de mettre leurs effets personnels dehors dans la poussière avant le passage des bulldozers. Voilà ce que nous pouvions constater lors de notre passage sur les lieux.

Si, les autorités nationales, à travers le ministère en charge des Affaires foncières, justifient l’utilité de cette opération par le fait que les occupations ont atteint une telle ampleur que l’aéroport international Président Modibo Kéita est menacé de retrait de sa licence par les autorités de l’aviation civile internationale, les populations quant à elles, évoquent l’irresponsabilité de l’État qui est à la fois ‘’coupable et juge’’.

C’est du moins ce qui ressort du témoignage de Rafael Kéita, l’un des conseillers du chef de village de Faladjé. «Vous ne pouvez peut-être pas comprendre ce qui se passe ici, mais une chose est claire, tous ces gens ne se sont pas installés ici par simple plaisir. Il y a beaucoup d’espaces vides à Bamako comme ailleurs, ils ne sont pas allés construire là-bas parce que ça ne leur appartient pas. Mais quand une autorité vous délivre un permis d’occupation pour un espace, elle vous fait payer des quittances dont l’argent est versé au trésor public. Certes, les terres appartiennent à l’État, mais pour les récupérer, il faudrait quand même tenir compte des investissements que les gens ont faits.  Sincèrement, nous subissons une injustice et nous réclamons des réparations »,a-t-il souligné.

Une victime en sanglots !

Madame Koné Adam Sidibé était une habitante bien respectable de Faladjé, zone aéroportuaire. Elle avait à son compte, six bâtiments dans cette zone. Mais, elle est désormais une SDF (sans domicile fixe) avec sa famille. Les bulldozers de l’État sont passés par les six bâtiments ce lundi matin et n’ont laissé que de la poussière derrière eux. Face au fait, la victime peine à retenir ses larmes.« Que vais-je devenir avec mes enfants ? Où irai-je ? C’est l’investissement de toute une vie qui vient d’être transformé en poussière. Mais, je m’en remets à Dieu »,a-t-elle dit, en larmes.

Nous attendons d’être dédommagés

Abdou Kéita est l’un des déguerpis. Il dit avoir disposé de cinq bâtiments qui ont été complètement détruits. Pourtant, il affirme avoir les permis d’occupation délivrés par la mairie du District de Bamako qui porte la signature de son maire, Adama Sangaré, et une quittance du trésor public pour chacune de ses parcelles. « Mes cinq maisons étaient occupées et j’ai fait des investissements colossaux. Je suis issu du nord du Mali et dans chacune de mes maisons j’hébergeais des parents qui ont fui la guerre, donc des refugiés. Moi, je pense que le maire c’est un officier de police judiciaire et c’est lui qui a loti l’espace et a délivré des notifications à tout le monde. Il y en a qui sont allés payer leurs permis d’occuper et les gens pensent que c’est le maire qui a fauté. Moi, je dirais non. Aujourd’hui, qui démolit nos constructions ? C’est bien les plus hautes autorités à travers une décision. Donc, l’Etat est le seul coupable et nous attendons d’être dédommagés »,a-t-il insisté.

Quant au chef de village de Faladié, Bani Touré, il estime que cette opération est une pure agression de la part de l’Etat. Selon lui, les autorités ne mesurent pas les conséquences de cet acte. « Cette zone qui est en train d’être démolie est à majorité occupée par des réfugiés. Imaginez, ils ont quitté une partie du Mali faute de sécurité, pour Bamako, afin d’être en sécurité et les autorités du même pays ont été incapables d’assurer cette sécurité en les mettant dans la rue à nouveau. Alors moi, je vous demande quel ressenti auront ces derniers. Je pense que si la zone doit-être réellement démolie, il faut au préalable penser à des mesures d’accompagnement, car il s’agit d’êtres humains, quel que soit ce qu’ils ont pu faire », a-t-ilsouligné.

Plus de cinq mille maisons dans le viseur !

La démolition de la zone a bien débuté le 14 janvier 2021 et nul ne sait encore jusqu’où elle va s’arrêter. Selon le constat des chefs de village de différentes zones concernées, plus de cinq mille constructions sont dans le viseur de l’opération. Chez les populations, si les pertes sont conséquentes, il n’est pas question de sortir les mains vides. Elles attentent certainement des dédommagements. Mais du côté des autorités, cette question n’est pas en encore à l’ordre du jour.

Amadou Kodio

Source : Ziré

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