Démission du PM: l’imam Dicko appelle à manifester tous les vendredis

L’imam Mahmoud DICKO a réussi à mobiliser des milliers de personnes au monument de l’indépendance contre notamment les massacres dans le centre du pays avec en toile fond, le limogeage du Premier ministre. Si après cette manifestation IBK ne réagit pas ; le leader religieux a promis que des manifestations auront lieu tous les vendredis jusqu’à la satisfaction de cette doléance par le président de la république.

« Trop c’est trop », « Boubèye dégage », « IBK dégage » étaient entre autres messages brandis par les manifestants, à travers des pancartes, qu’on pouvait distinguer au milieu d’une marée humaine amassée de part et d’autre du Monument de l’Indépendance, ce vendredi 5 avril 2019, à l’appel de Mahmoud DICKO et du Chérif du Nioro. Cette marée humaine manifestait contre la situation sécuritaire au centre, contre la crise scolaire, contre la mauvaise gouvernance et pour la démission du Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA.

Plusieurs leaders politiques se sont joints à la mobilisation. Il y avait Tièbilé DRAME, Housseini Amion GUINDO, Dramane DEMBELE, Konimba SIDIBE, Nouhoum TOGO, Hamidou DIABATE, Mohamed Ali BATHILY, Oumar Hammadoun DICKO, Abdoulaye Amadou SY, Oumar MARIKO, Daba DIAWARA, entre autres.

Estimés à plusieurs milliers de personnes, des manifestants scandaient des messages hostiles au régime : « IBK et Boubèye ont échoué », « On ne veut plus de vous au pouvoir », « Vous êtes responsables des victimes du nord et du centre », « Non à la mauvaise gouvernance », « IBK a été une déception pour le Mali ».

Au-delà du régime, la communauté internationale, à travers la MINUSMA et Barkhane, a eu également son compte. Ces deux forces étrangères sont accusées d’être inefficaces pour certains manifestants soutenant que la sécurité se détériore dans le pays et surtout au centre, à cause de leur échec. Les massacres récurrents dans le pays illustrent l’échec de ces deux Missions, dénonce-t-on.

« MINUSMA a échoué. Barkhane a échoué », exhibaient des manifestants très en colère.

Des messages d’unité et de cohésion sociale étaient également véhiculés, à travers des affiches sur lesquels étaient écrits notamment « Mon père est Dogon, ma mère est peule ».

La colère

À l’instar de plusieurs manifestants, Fatoumata Diarra, une quinquagénaire, a affirmé laisser ses occupations pour participer à ce meeting afin de rendre hommage à son petit-fils tué au nord et à toutes les autres victimes de la crise. Des larmes aux yeux, la vieille dame n’épargne pas la responsabilité des autorités maliennes dans la mort de son petit-fils et bien d’autres.

« Même si demain, on fait appel à la population pour marcher, je serai au 1er rang pour exprimer mon indignation, ma frustration », a-t-elle promis. Selon elle, cette mobilisation inédite atteste la détresse du peuple : « après cette sortie, j’espère IBK se réveillera pour écouter son peuple qui a faim, qui a soif et qui aspire à la paix. Je crois que le président IBK a encore une chance de se ressaisir ».

Des déplacés internes ont également saisi l’occasion pour se faire entendre. Loin de Djiré, sa ville natale, Youssouf Bocar NABO a fui les conflits pour se retrouver à Bamako où difficilement il arrive à subvenir à ses besoins. En participant à cette mobilisation, il souhaite interpeler les autorités et vider son cœur.

« Nous sommes presque tous à Bamako. Notre ville est vidée de sa population. Je suis déçu que le régime n’ait pu rien faire pour la situation sécuritaire. Au contraire, elle se dégrade et embrase le centre du pays. Puisque les autorités ont échoué à sécuriser le pays et à protéger la population, je leur demande de laisser la place à d’autres Maliens. On veut la paix, rien que la paix », a déclaré le déplacé du centre avec lui, plusieurs autres déplacés internes. Ils ont déploré le manque de soutien et de solidarité à leur égard.

« Cette situation ne peut pas continuer. Ce régime a montré son incapacité à résoudre les attentes du peuple. Il y a trop de morts », s’indignent-ils.

De son côté, Alou Badra KEITA est offusqué en constatant l’incapacité du gouvernement à faire face aux problèmes de l’école. Tenant son message « nous voulons étudier », il appelle de tous ses vœux le régime à trouver un terrain d’entente avec les enseignants pour la reprise des cours. Aussi, affirme-t-il partager l’avis de l’Imam DICKO pour la démission du Premier ministre.

L’appel de Mahmoud DICKO

Ni la forte chaleur du jour ni le retard dans le démarrage du meeting n’a découragé les milliers de personnes ayant fait le déplacement de toutes les communes du District et même de Nioro du Sahel. Les vieilles personnes comme jeunes sont restées debout pendant au moins deux heures à attendre l’Imam Mahmoud DICKO, principal instigateur de la manifestation.

Tout vêtu en bleu, à l’entame de son intervention, en langue bambara, l’iman DICKO a déploré et condamné les conflits entre Dogon et Peul dans le centre du pays. « Je supplie les Dogon et les peuls à arrêter les tueries, à s’écouter, à s’entendre pour que plus jamais ce qui s’est passé à Ogossagou ne se reproduise plus. J’appelle les deux communautés à se désarmer. Nous sommes les mêmes, alors évitons de plonger le pays dans un conflit ethnique comme le souhaitent certains », a plaidé Mahmoud DICKO.

Après être indigné de la situation sécuritaire au centre du Mali, qui se détériore semaine après semaine, il a rappelé que le président IBK n’a pas compris le sens du message de son meeting du 10 février dernier tenu au stade du 26 mars. Il en a pris donc avec orgueil, a-t-il déclaré.

« Je pense en tant que président, IBK devait travailler avec les préoccupations des personnalités du pays. Il ne devrait pas comprendre dans les messages du meeting du 10 février comme un ultimatum à lui adressé », a clarifié DICKO, avant d’ajouter « Aujourd’hui, le Premier ministre est incapable de répondre aux aspirations du peuple. Par conséquent, nous demandons qu’il démissionne. Demander le départ du Premier ministre ne doit pas être quelque chose de méchant ».

Aussi, a-t-il promis d’appeler la population à manifester tous les vendredis jusqu’à la démission du Premier ministre.

« Nous allons arrêter la manifestation, le jour où le président va décider d’écouter son peuple. Tous les vendredis, nous allons sortir en grand nombre jusqu’à ce qu’il parte », a insisté l’iman Dicko.

Par ailleurs, il avait déploré la tentative des autorités d’empêcher cette la manifestation. Au contraire, selon lui, c’est tout le peuple malien qui devait s’associer à ce meeting pour exprimer son indignation aux massacres de Ogossagou.

« Nous sommes étonnés de voir que ce n’est pas la majorité présidentielle avec à sa tête le président de la république qui organise cette marche pour montrer au monde qu’il condamne les massacres dans le pays », a-t-il ironisé.

Par Sikou BAH

Source: info-matin

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