Démantèlement de la mafia autour du passeport malien : La virtuose Rokia Traoré monte au créneau

Interpellé à trois reprises sur le problème de passeports au Mali, le ministre de la Sécurité général Sada Samaké a toujours nié en bloc toute idée de pénurie autour de ce document. Mieux, il s’est toujours défendu avec des chiffres à l’appui. Mais après le témoignage accablant de l’artiste Rokia Traoré sur le calvaire qu’elle a vécu comme tant d’autres personnes lors du dépôt de sa demande de passeport, que pourra encore dire le ministre pour défendre l’indéfendable ?

Le problème du passeport au Mali ne cesse de faire des vagues. Le mal est si compliqué que les multiples justifications du ministre de la Sécurité ne suffisent plus à convaincre les citoyens de la disponibilité du précieux sésame. Devant les députés, lors de sa seconde interpellation, le ministre Sada Samaké avait, à nouveau, clamé haut et fort qu’il n’y a pas de pénurie de passeports et de cartes d’identité au Mali. Pour être plus précis en termes de chiffres, il affirmait clairement que la Police disposerait d’un stock de plus de 17.000 passeports et 50.000 cartes d’identité. En précisant que le précieux document de voyage coûte officiellement au citoyen la somme de 50.000 F au Mali et est établi en 21 jours. Quand à la carte d’identité nationale, elle s’établit à 1700 F en une journée. Tout autre paiement au-delà est illicite et passible de sanction. Car, c’est du pot-de-vin. Mais, cette explication du ministre ne fait ne froid ni chaud aux usagers. Car, la réalité est toute autre. Il ne s’agit pas de payer directement aux policiers, il faut mouiller la patte à des intermédiaires bien rodés. Car, l’usager a beau sortir très tôt, il trouvera que la liste a déjà été bouclée. Le ministre Sada Samaké doit ainsi parler un autre langage. C’est ce qui lui a valu une troisième interpellation sur le même sujet.

L’argumentaire développé par le ministre lors de sa seconde interpellation n’avait pas convaincu les élus de la Nation, au regard du calvaire que les populations continuent à vivre au quotidien pour ces documents devenus par la force des choses de précieux sésames au Mali. C’est surtout le député SADI Oumar Mariko qui est revenu à la charge pour l’interpeller une troisième fois. Ce qui constituait sa troisième interpellation sur le même sujet en l’espace de trois mois. Et comme les précédentes interpellations, le ministre Sada Samaké s’est bien défendu en balayant d’un revers de la main l’argumentaire de l’honorable Mariko sur l’éventualité d’une quelconque pénurie de passeports au Mali. Cette thèse du ministre avait poussé l’honorable Oumar Mariko à conclure sur une mafia qu’orchestre le ministre lui-même, s’il ne reconnait pas de pénurie.

Est-il besoin de rappeler que lors de cette dernière interpellation, le ministre Sada Samaké s’est montré très désagréable à l’égard de l’honorable Mariko avant de s’en prendre aux journalistes qui ne font que leur boulot en relayant les souffrances qu’endurent les usagers.

Que dire alors du témoignage accablant de l’artiste Rokia Traore ?

Dans son témoignage, l’artiste Rokia Traoré remercie les agents de police Koné, Kanté, Diarra et tous les autres à l’intérieur de la direction nationale de la police de l’immigration dont l’amabilité et la diligence dans leur travail vont lui permettre finalement de déposer une demande de passeport malien.

Cependant, après un parcours de combattant, dit-elle, c’est finalement le 13 juillet dernier qu’elle a pu déposer sa demande de passeport qu’elle obtiendra en principe le 10  août prochain.

C’est pourquoi, elle se demande : «  quel est le but de cette réorganisation qui crée une situation de crise? Est-ce pour lutter contre la corruption? ». Et d’expliquer que dans ce cas, c’est déjà un échec puisqu’aujourd’hui à Bamako, les familles de malades nécessitant une évacuation médicale et des opérateurs dans le besoin de voyager se voient demander par des personnes douteuses entre 500 000 et 800 000 CFA pour pouvoir simplement déposer une demande de passeport.

Selon elle, autrefois avec 100 000 CFA de pot-de-vin, il était possible de faire accélérer la procédure et obtenir le passeport en une semaine, mais il n’était pas question déjà de payer autant d’argent en dehors des frais officiels (50 000 CFA) pour pouvoir déposer seulement la demande.

« Le but est-il de mettre en place un système où les demandeurs de passeports sont correctement répertoriés dans les données de l’Etat afin de contrôler d’une meilleure façon l’attribution du passeport malien? Dans ce cas, pour quelles raisons est-ce qu’on ne peut même pas accéder au bâtiment de la police de l’immigration? Pour arriver à accéder à n’importe quelle section de ce service publique, il faut rester dans la rue et appeler une connaissance à l’intérieur, afin qu’elle vienne vous chercher et vous fasse entrer. », raconte-t-elle. Avant de poursuivre : « Pourquoi n’est-il pas possible d’appeler un standard téléphonique pour fixer un rendez-vous pour entreprendre une démarche spécifique? ».

A l’en croire, le résultat de cette réorganisation du système de dépôt de demande de passeport à Bamako est une file d’attente de trois cent mètres (300 m) environ, dans laquelle attendent (sans possibilité de s’asseoir) des personnes qui arrivent là à 4H du matin pour avoir une chance de déposer leurs demandes avant l’arrêt du dépôt des dossiers de demande de passeport à 8H du matin.

Ainsi, elle a prié les responsables de ce nouveau système de demande de passeport malien, au nom de tous les opérateurs culturels et économiques du Mali, et au nom de toutes les familles de malades en attente d’évacuation médicale, de reconsidérer les dispositions mises en place.

« Je suis consciente que de vos bureaux, vous n’avez pas une vision claire de la situation de crise et de blocage, conséquence de ces nouvelles dispositions. Malienne lambda que je suis, je me permets de vous apprendre qu’il est simplement un enfer aujourd’hui d’introduire une demande de passeport. Ce jour lundi 13 juillet devant la police de l’immigration lorsque je suis arrivée à 7h :20 du matin, j’ai appris par des agents au bout de la rue qu’il aurait fallut que j’arrive à 5h :00 du matin pour faire la queue afin de pouvoir éventuellement déposer une demande de passeport avant 8h :00 », s’indigne-t-elle.

Avant d’ajouter « nous Maliens qui avons besoin de voyager pour nos métiers, nous méritons que vous travailliez au plus vite à l’amélioration de vos nouvelles mesures. D’une part, nous nous retrouvons dans l’impossibilité  dans certains cas de voyager pour nos métiers, d’autre part nous sommes confrontés à des problèmes supplémentaires  pour faire entrer nos partenaires professionnels dans le pays une fois que nous avons réussi à les convaincre que tout va bien au Mali, que leurs vies ne sont pas en danger. ». Un témoigne qui démontre à quel point, l’accès au passeport malien relève du parcours de combattant, contrairement à ce que le ministre Sada Samaké a dit devant les députés lors de ses interpellations sur le sujet.

Mais, après ce témoigne accablant de l’artiste malienne de renommée internationale Rokia Traoré, que pourra encore dire le ministre Sada Samaké ? C’est la question qui taraude les esprits car depuis ce témoignage de l’artiste, c’est silence radio du coté du ministère de la Sécurité. Et le ministre Sada Samaké semble faire profil bas.

D. Diama

 

Source: Tjikan

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