Décès de MAJOR : le Parrain s’en est allé!

(05 juillet 1948- 28 novembre 2018)

Dans une bourgade du cercle de Macina (Missibougou, qui n’existe plus) et dont MARY KEITA  était le chef de village, naît, en 1948, Mamadou.

Dans une famille assez nombreuse, «aîné sans être le plus âgé», à l’obtention de son DEF, sa visionnaire maman lui conseille : fais un cycle court pour aider ta famille le plus tôt possible! Ainsi, le Lycée Technique terminé, il travaille dès 1970. Il prit le surnom MAJOR au lycée.

Peu avant, engagé dans la Révolution Active du Président Modibo KEITA en 1967, il conteste, avec d’autres jeunes révolutionnaires militants de l’US- RDA, la politique du Député de Macina.  Cela lui coûtera, pendant les vacances scolaires de 1968, la prison et des tortures atroces dont il vient d’emporter les traces indélébiles dans sa tombe. Son compagnon d’infortune, Djedany Keita subit le même sort. Le 3ème du  Groupe, Amadoun Traoré, contre son gré, est épargné par la Milice de Macina, parce qu’il est fils d’un baron du régime.

Au milieu des années 70, c’est le concours d’entrée à l’ENI. Et là, tout professionnel qu’il est, le voici engagé dans les activités de l’UNEEM, jusqu’à devenir le SG de son établissement : une première…

La route est ainsi balisée pour moi quand, à la rentrée 1978-79, au Lycée Badala, le mouvement pour le renouvellement du Comité UNEEM a commencé. Me voici lancé dans la campagne avec un certain…Oumar Mariko. Pour lui, côté famille, le feu vert était acquis, tandis que chez moi, c’était une hostilité à mon activisme politique à la limite de l’hystérie. La famille gardait à l’esprit qu’en 1976, j’avais failli être exclu de l’école fondamentale de Macina pour fait de grève dont j’étais présumé le meneur. C’est la voix prépondérante de Major qui me lança dans l’arène. Il dit à la famille : «laissez les jeunes apprendre à se battre!»

Le Comité UNEEM du L. Bad est ainsi mis en place le 03 novembre 1978 avec PPR et Mariko aux commandes du secrétariat à l’organisation. Et c’est sous l’œil vigilant du Parrain que je fis mon entrée  (quand lui Major décline, un an avant,  la proposition de l’ENI d’y entrer) dans le Bureau de Coordination de l’UNEEM en décembre 1978, avec un certain…Tiébilé Dramé comme Secrétaire Général quand moi je m’occupais de…Sports (déjà !)

Lorsque la soldatesque du lieutenant putschiste de 1968 s’abattit sur nous, après l’assassinat de Cabral, dans les années sombres qui vont suivre, c’est encore lui qui, se projetant dans l’avenir, comprenant qu’il faut creuser le puits d’aujourd’hui pour prévenir (?) la soif de demain, nous fit établir à Mariko et moi, des cartes d’identité de Mécanicien pour l’un et Tailleur pour l’autre. Ma carte me servit à beaucoup de choses, mais Mariko ne peut en dire autant pour la sienne.

Homme épris de justice, farouchement opposé à l’arbitraire, Major va en subir un qui restera dans les annales du Ministère des Travaux Publics, tout comme le combat épique qu’il va mener contre l’Etat pour se faire rétablir dans ses droits. En effet, le pouvoir de népotisme qui régnait à l’époque, et qui se croyait  tout permis, l’a poussé à muter Major, Ingénieur plein de son état, au poste d’Adjoint d’une Subdivision des TP dont le Directeur n’était qu’un Technicien Supérieur. S’en suivra un bras de fer qui ne pouvait que tourner en faveur de l’ingénieur Mamadou Mary Keita, tant l’abus était gros. La Cour Suprême, sans le dédommager pour préjudices subis, va quand même ordonner qu’il ne soit  Adjoint que d’un autre ingénieur.

En 1983-85, veiller sur les subsides d’un exilé, aventurier au Sénégal puis au Burkina Faso a été une préoccupation permanente du Parrain. L’obtention par PPR du statut de réfugié va énormément alléger les charges extérieures du fonctionnaire malien aux salaires aléatoires.

A l’avènement de la Révolution et du multipartisme, le militant du Mouvement Démocratique qu’il a été, devient militant CNID, puis Parena. Parti nouvellement créé, sorti des  entrailles du CNID, le PARENA veut conquérir Macina, en participant à ses premières législatives.  PPR hésite, Major le rassure et, pour le Salut du parti, se présente lui –même pour lui montrer la voie, comme toujours. Bien sûr l’ogre ADEMA le bat, mais dès 2002, le Parena, en me présentant comme son candidat, va prendre sa revanche, n’eût été le grand tripatouillage opéré par le parti au pouvoir. C’est à l’éclatement de l’Adema qui a vu la création de l’URD que ceux qui ont opéré la triche des législatives de 2002 à Kolongotomo vont faire leur mea culpa, mais l’Histoire suit son cours… et ce ne sera pas la dernière fois où le Parena va être victime du Pouvoir d’Etat  à Macina. Les anciens de la SE savent ce qu’ils y ont fait et en 2007, et en 2013….

L’un des grands torts des cadres de notre pays  c’est leur manque  conviction qui fait qu’ils n’ont  jamais le courage de s’assumer.  Major n’était pas de ce lot. A l’occasion du passage d’un certain « Ministre à poigne » au ministère des TP, il va le montrer. Ce Ministre avait pris la fâcheuse  l’habitude de bloquer toute son Administration en s’entourant de tous ses cadres chaque matin pour raconter des histoires. Il prend des dossiers dont il ne comprend pas grand-chose et inhibe les cadres spécialistes qui ne peuvent pas s’exprimer. M. KEITA, à une de ces réunions, a fait sa démonstration sur un dossier que tous les autres spécialistes du domaine approuvaient. Le Ministre, vu le développement argumenté qui battait en brèche la litanie que lui il avait  servie, crie : c’est moi le Ministre et on fera comme ça !  Major réplique : c’est moi le spécialiste, ce que vous dites n’est pas possible….A partir de ce matin là, Major ne participa plus aux interminables réunions qui bloquaient le département.

On comprend dès lors qu’il ait pris sa plus belle plume pour publier brûlot dédié à ce  ministre devenu Premier ministre en alertant l’opinion : «Attention! Cet homme est loin d’être un homme de rigueur, il a plutôt tous les relents d’un dictateur». Un journal de la place fera de ce texte de Major son bréviaire chaque fois qu’il s’est agi de ce fameux PM.

Ainsi a vécu l’Homme de foi et de conviction qui vient de s’en aller, après avoir si loyalement servi  sa Famille, sa Patrie et sa Religion

Dors en paix, Parrain !

Bamako, le 03 décembre 2018

Djiguiba KEITA/PPR

Jeune frère du défunt

SourceLerepublicainmali

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