Nahawa Doumbia : La nouvelle couronne de la reine du didadi

Son nouvel album sortira cette semaine en Europe et en Amérique. L’opus sera disponible dans notre pays dès la fin des troubles politiques

 

C’est une Nahawa Doumbia très en verve qui nous a reçu en cet après-midi pluvieux de juillet 2020. C’était dans sa villa peinte en blanc située au bord de la rivière au débit soutenu de Sogoninko en Commune V du District de Bamako. « Entrez, nous dit-elle, je pensais que vous n’alliez plus être au rendez-vous. » Elle propose de commencer par la séance photo. Une dizaine de minutes plus tard elle ressort rayonnante, le visage bien maquillé et une robe en cotonnade à la couleur chatoyante conçue et réalisée par la styliste malienne Awa Meïté.

Cette première séance photo ne dure pas longtemps. La cantatrice veut très rapidement que nous abordions l’entretien sur son nouvel album qui sort cette semaine en Europe et en Amérique. Par contre, la sortie au Mali devra avoir lieu probablement en ce mois d’août, au cas où la situation politique le permettra. En effet, elle a été obligée de reporter cette sortie à cause des manifestations.

Intitulé « Kana Wa » ou ne partez pas, cet album contient huit titres que sont : Kana Wa, l’éponyme, A djoro bena, Diougou, Yirinin, Hinè, Foli Wililen, Mougou yenbolo, Dioro. Encore une fois, les problèmes de la société, la paix et l’environnement constituent les préoccupations de la reine du Didadi. Ce rythme de musique propre à la zone de Bougouni, dont elle est originaire.

Nahawa Doumbia s’inquiète pour nos jeunes qui tentent l’aventure européenne en se jetant à la mer Méditerranée. « Je suis partie avec Aminata Dramane Traoré jusqu’en Belgique, en Espagne, au Portugal, en Italie et en France dans le cadre d’une association d’aide aux émigrés. Cette caravane avait pour objectif de sensibiliser les autorités politique, administrative, sécuritaire et même les municipalités dans l’encadrement des migrants qui arrivent chez eux. « Si vous devez les reconduire aux frontières ne les menottez pas, car ils ont une dignité », plaide-t-elle. à Bamako, cette association aide les refoulés à se reconstruire. La crise multidimensionnelle que connaît notre pays depuis 2012 inquiète également la cantatrice. Elle exprime son inquiétude à travers le titre « A dioro bena ».

Dans ce morceau, elle déplore cette situation qui perdure car elle a des conséquences énormes sur le développement de notre pays. Elle lance un appel pressant aux différents protagonistes de la crise politique née de la dernière élection législative. Pour elle, il faut que les Maliens se mettent autour d’une table pour discuter et se comprendre, afin que la paix et la quiétude reviennent. Car cette situation n’est profitable à personne. Pourtant, la candidate malheureuse à cette élection, indique qu’elle reste apolitique même si elle a acceptée de se présenter sur une liste.

Dans cet album comme dans les précédents, Nahawa parle avant tout de la société et de ses maux. C’est vrai que par le passé, avec l’ancien système des Biennales, on devait obligatoirement développer des thèmes sur la moralité pour éduquer le peuple. « Mais moi, j’ai toujours chanté avec le cœur ce que je ressentais au fond de moi. Je chante la mort parce que je reste très touchée par la disparition de ma mère que je n’ai jamais pu connaître. Je chante l’éducation des jeunes pour que les parents et l’élite prennent conscience qu’il s’agit là de l’avenir de l’Homme et de notre pays. Je chante la critique sociale, parce que beaucoup de gens ont oublié ce que les mots respect de l’autre voulaient dire. »

Lauréate du prix Découverte RFI en 1981, cette première reconnaissance africaine et internationale lui a permis de valoriser le Didadi, un rythme soutenu par des percussions en milieu bambara. Dans ses chansons, Nahawa donne des « conseils » tirés de sa rude expérience de la vie, ou de ce qu’elle observe dans la société. Quant à ses messages, ils peuvent concerner tout le monde et ont une valeur universelle. Ses messages ne s’adressent pas seulement aux Maliens ou aux Africains. Les problèmes qu’elle aborde sont ceux de tout le monde.

Nahawa Doumbia est réputée comme étant la cantatrice qui prodigue des messages percutants. C’est pourquoi, ses nouvelles chansons sont attendues et scrutées. Elle exerce dans la pure tradition des chants bambara. Chez eux, on dit que l’intérêt d’un chant n’est dans la beauté de la mélodie, mais, plus tôt dans son sens profond du message. C’est pourquoi, elle se permet de faire des incursions dans des chansons réservées aux hommes ou aux chasseurs Dozo.

Ses textes restent aussi authentiques que sa musique, à la fois envoûtante et profonde. Une musique traditionnelle tintée des subtiles touches du guitariste, se fondant à merveille dans un blues tantôt mélancolique tantôt plein d’espoir. Chants et musiques se mêlent ensemble dans un tout harmonique indissociable pour former un style, ce style inimitable que Nahawa Doumbia explore avec maestria. « Kana Wa » est un album à la forte puissance évocatrice qui respire l’Afrique dans ses moindres notes. Sans se compromettre dans les tendances musicales du moment, cette œuvre homogène fait avancer de belle façon la musique traditionnelle dans son propre sillon.

Parlant du rythme, les critiques estiment que Nahawa pratique une musique en résistance. Avec son directeur artistique, Ngou Bagayoko, ils ont choisi de garder une authenticité musicale africaine. Mais, ils restent ouverts évidemment à toutes associations musicales avec des artistes étrangers, parce que la musique n’a pas de frontière. Mais ils refusent les influences trop marquées. « Nous ne voulons pas dénaturer notre musique », lâche-t-elle.

Source : L’ESSOR

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