CONDUITE EN ÉTAT D’ÉBRIÉTÉ

Un comportement irresponsable aux conséquences dramatiques

 

Conduire en état d’ébriété est un délit et une attitude éminemment dangereuse. Hélas ! à Bamako comme dans beaucoup de nos grandes villes, le phénomène prend de l’ampleur. Au point d’être à l’origine de plusieurs accidents mortels nocturnes, notamment les week-ends… jours où l’ivresse, l’inconduite, la rapacité et l’encanaillement deviennent le sport favori de très nombreux fêtards.

Une immodération et un incivisme contre lesquels il est impératif de sévir si l’on ne veut pas continuer d’assister impuissant(s) à la courbe toujours ascendante du nombre insupportable de mutilés et de morts sur nos routes.  

Plus de 1000 cas d’accidents de la circulation par an… Les routes maliennes forment décidément une galaxie des périls où le sang giclé et les traumatismes gravissimes sont omniprésents et imprévisibles. Selon un bilan de l’Agence Nationale de la Sécurité Routière (ANASER), en 2021, 10614 cas d’accidents ont été enregistrés sur les routes du pays, dont 9052 blessés et 736 tués. Ce qui constitue une augmentation inquiétante, comparativement aux chiffres de 2020. De plus, le taux de morts s’est haussé à 18,3 %. Ce triste tableau de blessés et de décès consécutifs aux accidents routiers, est principalement dû à l’incivisme qui règne sur nos routes, avec son lot d’inconduite et de violations délibérées du code routier. Comme si le principe de l’anarchie était fixé de manière tacite dans la circulation, sous nos cieux, les usagers de la route sont passés maîtres dans l’art condamnable d’enfreindre avec allégresse tous les interdits de la circulation. Feux et panneaux de signalisation ignorés, normes de conduite foulées aux pieds, mesures policières méprisées, limitation de vitesse outrepassée, obligation de la visite technique négligée etc. ; rien n’est suffisant sacré pour mériter le respect de la plupart de ceux et celles qui prennent le volant ou le guidon. Dans cette course quasi généralisée des citoyens aux entorses faites aux règlementations routières, une habitude extrêmement dangereuse est en train de prendre encore plus d’ampleur. C’est la conduite en état d’ébriété.

Ce comportement irresponsable et hautement répréhensible concerne essentiellement la jeune génération. Chaque année, nombreux sont les jeunes qui sont victimes d’accidents graves de la circulation parce qu’ils conduisaient en état d’ivresse élevé. Après avoir bu plus que de raison (dans les boîtes de nuit, les bars-maquis ou autres lieux de distraction), ils sont nombreux les jeunes fêtards du week-end qui se mettent directement au volant en ayant l’esprit engourdi, le jugement altéré et la concentration fortement affaiblie par les effets brumeux de l’alcool. Un réflexe irresponsable et autodestructeur aux conséquences terribles : parmi ces conducteurs indélicats, les uns finissent généralement encastrés dans des murs ou troncs d’arbres pendant que d’autres terminent leurs rodéos soit noyés au fin fond du fleuve soit écrabouillés entre un pylône et le terre-plein central de la chaussée. A la grande affliction de centaines voire de milliers de parents qui voient ainsi s’interrompre brusquement et tragiquement l’avenir prometteur de leurs progénitures. D’après les témoignages, Bamako a fréquemment été témoin de ces cas d’accidents en 2021, surtout aux abords des night-clubs, des maquis et des rond-point. Et le sinistre décompte se poursuit cette année aussi avec une fréquence à la hausse les nuits de vendredi, samedi et dilmanche.

Mais, ne jetons pas uniquement la pierre de l’irresponsabilité aux jeunes. Le phénomène de la conduite en état de soûlerie n’est pas seulement un fait juvénile. Des personnes d’un certain âge aussi (quadragénaires, quinquagénaires) voire des séniors agissent pareillement en toute inconscience.  La situation s’amplifie à cause de la non-présence des agents de la compagnie de la circulation routière aux heures nocturnes où ces accidents sont fréquents. Mais elle est essentiellement le fait de l’incivisme viscéral qui anime des milliers d’entre nous. Osons l’admettre et le dénoncer !

Pourtant, sur le plan juridique, la conduite en état d’ébriété est considérée comme une infraction délictuelle.  Dans notre pays, le taux d’alcoolémie est fixé à 0,30 g/litre de sang, ou 0,40 mg/litre d’air expiré. L’article 8, alinéa 2 de la Loi no 99-004AN-RM du 02 mars 1999 régissant la circulation routière dit clairement ceci : « Le code de la route punit d’un emprisonnement de 11 jours à 3 mois et d’une amende de 29 000 à 200 000 francs CFA toute personne qui aura conduit ou tenté de conduire un véhicule alors qu’elle se trouvait en état d’ivresse, sous l’emprise d’un état alcoolique ou sous l’effet de stupéfiant. » Et la disposition légale ajoute que le permis de conduire de l’auteur du délit peut ainsi être suspendu pour une durée pouvant aller jusqu’à 2 ans (art.96 alinéa 1 du décret no99-134/P-RM du 26 mai 1999).

Malgré ces garde-fous de la loi, comment expliquer la propension toujours plus large de citoyens à conduire étant soûls ? Le problème exige une double implication. Primo, celle des populations qui doivent prendre conscience des énormes dangers liés à l’ébriété au volant. Secundo, celle des autorités qui se doivent de mettre un accent plus appuyé sur les mesures préventives mais surtout répressives. Choses qui peuvent être réalisées à travers l’instauration des tests inopinés et aléatoires d’alcoolémie par les agents de police à partir d’une certaine heure de la nuit. Egalement à travers la politique de la fermeté qui consiste à sévir, conformément à ce que dit la loi, contre les auteurs. Car il s’agit de sauver des vies. Et pour cela, la politique du bâton doit primer celle de la carotte.

 Fatoumata Boba Doumbia et Mohamed Meba TEMBELY

 Source: Les Échos- Mali

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