CHRONIQUE DU MARDI : Troglodyte

Sommes-nous devenus des hommes de caverne qui, à force de vivre dans l’obscurité, n’arrivent plus à voir leurs erreurs pour pouvoir, à défaut de les corriger, ne serait qu’en à tirer les leçons ? Quelles erreurs me demanderez-vous certainement ? Des erreurs presque dans tous les domaines et qui sont récurrentes, malgré les critiques permanentes et incisives. Mais comme le dirait l’autre, il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Pour ce qui nous concerne, nous allons, hélas, nous appesantir encore une fois, sur le domaine de la communication gouvernementale. A force d’en avoir parlé, je me demande si je ne prêche pas dans un désert. Qu’importe, probablement que quelques échos disparates pourraient être entendus.

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Le mercredi dernier quelle ne fut ma surprise en découvrant un communiqué du gouvernement concernant la gestion de la mort de Adama Traoré en France. Aussi bien dans la forme que dans le fonds, ce communiqué officiel péchait à plusieurs niveaux. Dans la forme d’abord, ce genre de document portant la responsabilité de l’exécutif doit être rédigé sur un papier à entête et signé par l’autorité ayant assuré sa rédaction. Mais généralement, dans notre pays, tous les communiqués officiels sont, dans leur écrasante majorité, rédigés sur des feuilles simples sans que leur origine ne puisse être identifiée, donc en faire une bonne traçabilité. Ensuite, toujours dans la forme, le style rédactionnel est assez léger, si on n’y constate une certaine désinvolture, malgré le sujet grave dont il parle.

Dans le fonds maintenant, le communiqué commence par qualifier le défunt de « Cet Adama Traoré », comme s’il s’agissait de quelqu’un ayant commis tous les péchés d’Israël. Pour quelqu’un qui est mort dans des conditions difficiles et dont la tombe est encore fraiche, cela est vraiment cynique et manque de compassion totale envers sa famille. Et dans le même premier paragraphe du fameux et non moins fumeux communiqué, sans aucune subtilité de langage, il est écrit qu’aucun document officiel n’atteste que cet Adama TRAORE décédé 19 juillet 2016 en France est de nationalité malienne (sic) ! Un peu plus loin, il est aussi mentionné que malgré cet état de fait, sa famille a constamment bénéficié de l’assistance sociale, financière et matérielle des autorités maliennes à travers la représentation diplomatique malienne en France qui a même délivré à titre gracieux des visas d’entrée à tous ceux qui ont souhaité accompagner le corps.

Comme cela ne suffisait pas, ils ont porté l’estocade en affirmant que tous les documents de feu Adama Traoré prouvent qu’il est français même si sa mère est détentrice d’un passeport malien périmé. Comment dans un communiqué officiel on arrive à nous parler de passeport périmé comme s’il s’agissait une denrée alimentaire. Un passeport, qui est un document de voyage peut être « expiré » et non « périmé ». Je ne souhaiterais pas entrer dans le genre de débat entre des engrais périmés ou frelatés, mais le bon sens aurait dû guider les rédacteurs de ce communiqué. Et comme par magie, après avoir inondé les réseaux sociaux et la Une de certains journaux avec des critiques virulentes, le fameux communiqué n’a pas été diffusé dans le journal de 20h de l’ORTM. Assurément, il a créé un véritable malaise.

Un scenario identique à celui d’un autre communiqué officiel publié après les premiers combats de Kidal entre le HCUA et le GATIA quelques semaines avant. A l’époque, il était question de combats entre le HCUA et la CMA, le premier étant un des composants de la seconde nommée. Comme cela ne suffisait pas, cet autre communiqué comportait des coquilles attestant de la légèreté avec laquelle il aura été rédigé. Et comme par miracle, malgré trois corrections, en donnant trois versions différentes dans la même journée, il a été retiré et non lu dans le journal de 20H, alors même qu’un flash spécial avait été fait pour le diffuser quelques heures plus tôt. Assurément, le gouvernement souffre de par sa communication qui torpille tous ses efforts dans un contexte difficile. Communiquer est tout un art et il n’est pas donner à tout le monde de maitriser sa science. En recevant la famille d’Adama Traoré le vendredi après-midi, le Président de la République a donc cherché à réparer l’impair commis par le gouvernement. Et encore une fois, il a été obligé de jouer au sapeur-pompier.

Aujourd’hui plus que jamais, il est temps qu’on puisse arrêter de vivre comme des troglodytes et qu’on accepte enfin de voir la réalité des choses en face. A défaut de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, ne faudrait-il pas opter pour la sanction du travail mal fait ? Car à ce rythme, il de fortes probabilités d’assister, dans les jours à venir, à d’autres bourdes communicationnelles pouvant avoir des conséquences insoupçonnées. Nous ne le souhaitons pas, mais toute la question est de savoir si on sait se remettre en question pour aller de l’avant…

Maliden

 

Source: lesechos

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