Barrages de Félou et de Gouina : LA GESTION COMMUNE DES PATRIMOINES RÉAFFIRMÉE

Ibrahim Boubacar Kéïta IBK président malien Macky Sall président sénégalais Mohamed Ould Abdel Aziz Président Mauritanien OMVS Kayes Mali

Le président Ibrahim Boubacar Keita a salué l’action de l’OMVS et a réitéré sa fermeté dans le traitement de la question de Kidal 

 

L’on était loin de l’objet du jour, mais le contexte sous-régional dans lequel se situait l’événement a été mis à profit par le président de la République pour évoquer la situation de Kidal, situation dont l’importance déborde largement le cadre national. Le message délivré par Ibrahim Boubacar Keita était sans équivoque et il correspondait aux convictions de ses pairs invités. Il convient d’adopter, selon le chef de l’Etat, une approche de fermeté face à des interlocuteurs qui ont choisi de pratiquer la politique de la sourde oreille. Mardi dernier, IBK a donc pris à témoin ses homologues des pays membres de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) sur l’attitude que notre pays entendait désormais observer sur le rétablissement de la paix et de la sécurité dans notre Septentrion. C’était à la faveur des festivités qui ont marqué les cérémonies d’inauguration de l’aménagement hydroélectrique de Félou et de la pose de la première pierre de celui de Gouina. Les deux cérémonies se sont déroulées en présence du président de la République islamique de Mauritanie,  Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l’OMVS et du président sénégalais, Macky Sall.

 

La Guinée était représentée par son Premier ministre Mohamed Saïd Fofana. Le Haut Commissaire de l’OMVS, Kabiné Komara, le chargé d’affaires à l’ambassade de la Chine au Mali, Guo Xueli et plusieurs responsables de l’organisation sous-régionale étaient présents. Côté malien, l’on notait la présence de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de l’Energie et de l’Hydraulique, Mamadou Frankaly Keita, des autorités administratives et locales et des notabilités des communes hôtes de l’événement.

 

LES PRÉOCCUPATIONS DES POPULATIONS. Côté festif, rien n’avait été laissé au hasard. Prestations des chasseurs, bain de foule des hôtes de marque, intermède musical, coupure du ruban symbolique, visite de la nouvelle centrale de Félou, pose de la première pierre du futur ouvrage de Gouina, déambulation sur les berges de la chute de Gouina, les illustres visiteurs et leurs délégations auront certainement passé une journée mémorable dans la commune de Diamou. Pour le maire de cette dernière, Dramane Diakité, sa ville n’est pas près d’oublier ce qu’il convient de considérer comme l’ouverture d’une nouvelle ère en matière de développement socioéconomique. Parlant de la future infrastructure de Gouina qu’abritera la commune, l’élu dira que l’ouvrage contribuera certainement à l’envol du bien-être dans sa circonscription.

 

Cette chance, la commune de Diamou la tient depuis les premières heures de l’accession de nos Etats à la souveraineté nationale, a fait remarquer Dramane Diakité. Selon lui, c’est la deuxième fois que la commune accueille les présidents des quatre membres de l’OMVS. Précédemment, s’est-il rappelé, c’était dans le cadre de l’Organisation des états riverains du Fleuve Sénégal (ORS). Une première visite avait été effectuée à Diamou, sur invitation du président Modibo Kéita du Mali, par ses homologues Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Ahmed Ould Daddah de la Mauritanie et Sékou Touré de la Guinée. L’ORS a été portée sur les fonts baptismaux en 1972. Mais en raison de divergences de points de vue divergence de vue, la Guinée quitta l’organisation un an plus tard. Entretemps, l’ORS a été remplacée par l’Organisation pour la mise en valeur du Sénégal (OMVS) dans laquelle l’Etat guinéen fera son retour en 2006.

 

Le maire de Diamou n’a pas manqué d’évoquer les préoccupations des populations quant à la mise en œuvre de cet ambitieux projet de Gouina. Il a souhaité que le barrage soit un véritable outil de développement local à travers la promotion et le développement de l’agrobusiness et le secteur industriel par l’électrification des différentes communes riveraines du projet. Le chargé d’affaires à l’ambassade de Chine au Mali, Guo Xueli, a salué l’initiative qui, de son point de vue, traduit l’exemplarité de la coopération entre son pays et les Etats membres de l’Organisation. Cette coopération est fondée sur le principe de partenariat gagnant-gagnant, a-t-il ajouté, avant d’assurer du maintien de ces relations pour le bonheur de nos populations.

 

LA PROPRIÉTÉ COMMUNE ET INDIVIDUELLE. Le Haut commissaire de l’OMVS, Kabiné Komara succèdera au diplomate chinois  pour exprimer sa fierté de l’initiative de ce projet qui, de son point de vue, traduit la convergence de vue de nos Etats en matière d’intégration sous-régionale. Cette dynamique s’inscrit dans la vision même de l’OMVS qui, dira-t-il est la seule parmi plus de 120 autres organisations de bassin du genre de par le monde à se fixer comme principe directeur la maîtrise et l’exploitation rationnelles des ressources en eau dans un contexte de gestion commune des patrimoines. Cette politique est sous-tendue par les principes fondateurs et les prescriptions subséquentes définissant la propriété commune des eaux du fleuve et ses affluents, mais également le principe cardinal suivant lequel tout ouvrage d’importance réalisé sur le fleuve est la propriété commune et individuelle des Etats qui le financent ensemble et en partagent équitablement les bénéfices.

 

Un premier succès de cette approche de coopération est la construction du barrage anti-sel de Diama à Saint-Louis en 1986 et dont l’impact direct a permis de faciliter l’alimentation en eau des villes de Dakar (près de 50%) et Nouakchott (100%), sans compter l’irrigation de près de 100.000 hectares de terres à ce jour. Cet ouvrage a été suivi en 1988 par le barrage de Manantali qui a permis la régulation du fleuve et la production de 200 Mg d’électricité répartie entre les trois premiers Etats fondateurs. Après avoir largement réussi la maîtrise de l’eau, l’OMVS donne un coup d’accélérateur à la valorisation des ressources pour la production d’énergie qui constitue un facteur de production, mais aussi et surtout un important levier de promotion sociale et de stabilité politique, a noté le Haut Commissaire de l’OMVS, Kabiné Komara.

 

Sur cette base, l’OMVS travaille aujourd’hui avec une nouvelle devise qui est de « faire plus et mieux ». Pour cela, l’organisation sous-régionale ambitionne de traduire en actes concrets un nouveau concept dit de « bassin élargi et diversifié » qui se veut un catalyseur des projets de grande portée tout en mobilisant plus de ressources, a souligné l’ancien Premier ministre guinéen, avant de saluer l’appui de la Banque mondiale qui vient d’accorder à l’OMVS un montant historique de 114 milliards de Fcfa pour améliorer les ressources en eau du bassin du fleuve Sénégal et stimuler les perspectives de développement dans les pays membres.

 

UN CRIME ODIEUX. Le passage du président de la République, à la tribune a donné un tout autre sens à l’événement. Le chef de l’Etat, comme nous avons annoncé plus haut, a saisi l’occasion pour définir ce qui devait être la voie à suivre pour trouver une solution au problème de Kidal. « Kidal est et restera dans le giron de la République du Mali. Que cela soit clair une bonne fois pour toutes. Je ne négocierai plus avec les groupes armés. Aucun rebelle ne se hissera à la hauteur du Mali », a-t-il tranché. Ibrahim Boubacar Keïta a regretté l’attitude des rebelles qui, malgré la main tendue par le gouvernement, restent dans la logique de l’utilisation de la force. Le chef de l’Etat s’est incliné sur la mémoire des soldats sénégalais récemment tombés lors d’un attentat-suicide perpétré par les terroristes. Il a promis que toutes les mesures seraient prises pour faire la lumière sur ce qu’il a appelé un crime odieux. Il a remercié les pays voisins et ceux de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) pour leur soutien constant aux côtés de notre pays dans sa quête de stabilité.

 

Par ailleurs, le président de la République a exprimé sa satisfaction et sa fierté pour les actions entreprises par l’OMVS en faveur de nos Etats. L’inauguration de Félou et la pose de la première pierre de Gouina traduisent l’estime et la solidarité des pays membres de l’OMVS et de la Communauté internationale en faveur du Mali, a estimé IBK, ajoutant que ces deux cérémonies concrétisent les efforts de l’OMVS à matérialiser le cadre d’orientation défini par la Conférence des chefs d’Etats et de gouvernement de l’organisation.

 

Le président en exercice de l’OMVS, Mohamed Ould Abdel Aziz, a apporté tout le soutien de l’Organisation à notre pays qui, de son point de vue, traverse à une période cruciale dans la vie d’une nation. Le chef de l’Etat mauritanien a exprimé l’adhésion de l’OMVS à toute initiative permettant à notre pays de recouvrer son intégrité. Il y va de la stabilité de la sous-région, mais aussi de l’ensemble de la région du Sahel, a-t-il dit. Parlant de l’événement qui réunissait l’illustre aréopage, le président mauritanien a indiqué que l’OMVS constitue une chance pour nos Etats de concrétiser cette volonté de communauté de biens. Il a salué une initiative qui permettra d’offrir à nos Etats de l’énergie propre et bon marché. La cérémonie a pris fin par la pose symbolique de la première de l’ouvrage dont les caractéristiques font état d’une puissance installée de 140 Méga pour une production de 570 à 620 Giga Wh par an.  La durée de travaux est prévue pour trois ans pour un coût de 210 milliards Fcfa financés à 80% par le gouvernement chinois à travers la Eximbank.

 

Envoyé spécial 

 

L. DIARRA

 

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *