À Bamako, la misère et l’opulence se côtoient dangereusement…

J’ai assisté au départ des « colonnes » de vendeuses de fruits. Aujourd’hui, le fruit vedette est la banane… La scène se déroule tous les matins derrière l’hôtel de l’Amitié. Je n’ose pas imaginer le poids que le crâne et les cervicales de ces dames supportent. Au moins 20 kg, mais elles ne perdent jamais le sourire. À ces 20 kg, s’ajoute souvent le poids d’un bébé fermement attaché au dos de sa maman. Elles sillonnent les rues bamakoises, humbles et fières, imperturbables par les klaxons des berlines plus ou moins luxueuses et toujours à l’affût d’un client, qui dirait : « namassa tigui !! » (vendeuse de bananes…). À Bamako, la misère et l’opulence se côtoient dangereusement…

banane pomme orange mangue fruits saisonniers

Cette impression m’est venue, lorsque je suis passé à proximité d’un village bozo, les pieds dans l’eau ! Ce sont des irréductibles, ai-je pensé, en voyant leurs baraques « entassées » dans lesquelles eux-mêmes s’entassent, avec le sourire et toujours un mot pour plaisanter. À 10 mètres de ces baraques, le luxe, comme je n’ai vu qu’à Abidjan ou à Los Angeles. On va dire que chacun a son destin, mais je reproche aux présidents du Mali dont j’ai connu le règne, de n’avoir pas placé le Malien au centre de leurs préoccupations, de leurs politiques. Je leur en veux pour ça, car quand on est dans une position où on peut faire bouger les choses en mieux pour une majorité, et qu’on ne s’occupe que d’une minorité (de plus en plus restreinte), je me dis qu’on a failli à son devoir de premier citoyen. Que ce soit le Lieutenant putschiste, désormais Général gentleman farmer et même Iman à ses heures perdues. Que ce soit le Professeur, historien, désormais presqu’émérite et médiateur pour des causes éloignées de la cause malienne. Que ce soit le Général fuyard, profitant désormais d’un exil sûrement doré, mais pas dans la Patrie. Que ce soit le Capitaine, désormais Général en prison. Que ce soit le Professeur de Mathématiques qui aimait citer Modibo Keïta dans ses discours, mais n’a jamais agi dans ce sens, et qui jouit certainement d’une belle retraite et a voulu récemment, sans calculer la probabilité de réussite, se présenter pour la Francophonie… Ah oui, c’est lui le frère et ami de Hollande, j’avais oublié. Que ce soit l’actuel, dont le règne est déjà entaché de rumeurs graves de corruption, d’enrichissement illicite, de népotisme et qui nous nourrit de « Inchalisme »…, mais il lui reste 4 ans pour redresser le tir. Aucun n’a placé le Malien au centre de sa vision pour le Mali. Ils ont juste fait l’apologie du népotisme, de la corruption, de l’impunité. Quand ils sont bons, ils savent s’entourer de médiocres. Quand ils sont médiocres, ils consultent en douce un bon et s’entourent de médiocres.

Nous voulons l’excellence et l’égalité des chances pour tous, mais force est de constater que nous assistons impuissants à l’apologie du fric…et le fric, c’est tous les travers qui vont avec. Pauvre Mali. Applaudissez-les, adulez-les, donnez-leur, dans vos cœurs, la place que je donne aux pauvres, victimes et martyrs, dans le mien, car chacun sait de quoi il vit, et chacun sait ce qu’il veut pour son avenir… Je ne suis pas maso, ni bête, et je sais que si on sème du mil, on ne peut s’attendre à récolter du blé.

KKS

 

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.