Bahutage 2011 : Les 18 Elèves-officiers oubliés du Camp N°3

Camp N°3 de la Gendarmerie à Bamako. Des bâtiments coloniaux dont certains ont été badigeonnés récemment.

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Dans la cour, une vingtaine d’antennes paraboliques et des climatiseurs qui ronronnent.

Ici, l’électricité est gratuite, semble-t-il.

Sous les arbres, nous découvrons un groupe de jeunes gens, femmes et hommes. Ils sont au total 18 ex élèves-officiers (6 femmes et 12 hommes) accusés officiellement de meurtres et incarcérés depuis 6 mois sans jugement.

Voici les faits.
Le 3 octobre 2011, à l’école de formation des officiers de Koulikoro, 5 élèves-officiers, dont 4 garçons tous Maliens et une sénégalaise, trouvaient la mort dans un exercice appelé Bahutage.

A l’époque, 50 autres élèves, désignés comme responsables, étaient interpellés et envoyés à Markala où ils passèrent 60 jours de punition à la prison militaire comme le prévoit le règlement de l’armée.

A leur retour, ils furent amenés à Kati où ils restèrent jusqu’au coup d’Etat du 26 mars où ils retrouvèrent une liberté temporaire.

Sans qu’on sache pourquoi, 20 des 50 élèves-officiers impliqués étaient réintégrés dans l’armée trois ans après.

Certaines sources laissent entendre que ce sont des enfants de gradés de l’armée.
Il y avait aussi des élèves-officiers étrangers parmi les accusés.

Curieusement, ceux-ci seront rapatriés dans leurs pays où ils ne seront point inquiétés. Certains d’entre eux, devenus officiers, sont même revenus dans le cadre de la Minusma et travaillent en toute quiétude au Mali.

Les 5 élèves-officiers sont morts dans ce que les militaires appellent communément bahutage.

Qu’est-ce que le bahutage ?
C’est une règle non écrite qui consiste, en 30 jours, à « manœuvrer » les jeunes élèves officiers par leurs aînés. On appelle cela officiellement la « Transmission des traditions des officiers ».

Il s’agit, à travers des exercices bien dosés, de pousser les futurs officiers jusqu’au bout de leurs efforts.

L’exercice vise à préparer les élèves officiers à l’endurance en les mettant dans les situations de guerre où ils pourraient être torturés par l’ennemi.

Le premier jour du bahutage est appelé « le jour le plus long » car il dure 24 heures.

Tous les officiers maliens sont passés par le bahutage.
C’est un passage incontournable pour mériter ses galons d’officier. Le jour « J », ce sont les camions de l’armée qui ont transporté les élèves officiers qui devaient passer au bahutage et leurs aînés devenus momentanément leurs instructeurs. Ces derniers sont eux-mêmes passés par là.

Il s’agit donc d’un exercice connu de toute la hiérarchie de l’armée malienne qui aurait dû se passer en présence du Chef d’état-major des armées (à l’époque le Général Poudiougou) et le Directeur de l’école de formation, actuel conseiller militaire d’IBK.
Le jour du bahutage, tous les militaires instructeurs étaient présents pour superviser l’opération. Rien d’irrégulier, semble-t-il, n’a été commis ce jour. Alors pourquoi a-t-on rejeté la responsabilité des 5 morts sur des élèves-officiers ?

La raison est toute simple mais très grave : 4 élèves-officiers parmi les morts étaient malades. La sénégalaise souffrirait d’une insuffisance cardiaque ; un des garçons avait été accidenté et souffrirait d’un traumatisme crânien qui lui aurait valu un implant métallique dans le crâne.

Le règlement est clair : une hospitalisation cumulée de 15 jours ou le forfait au bahutage disqualifie l’élève-officier et le destine au redoublement. Les 5 morts n’étaient donc pas censés passer les exercices.

Cela engageait directement la responsabilité des instructeurs et du Directeur du centre de formation. C’est donc pour sauver les têtes de la hiérarchie que les 50 élèves-officiers furent déclarés responsables sans qu’aucune autopsie n’ait lieu.

Chose curieuse est le motif de l’inculpation des 50. L’acte d’accusation fait état de « meurtres, coups mortels, coups et blessures aggravées ». Cela équivaut à un cas de préméditation.

La question qu’on se pose est celle-ci : Sont-ce ceux qui ont supervisé le bahutage, c’est-à-dire la direction du centre, les instructeurs qui ne sont jamais intervenus pour arrêter les exercices, sont-ce donc ceux-là qui sont les responsables ou les 50 élèves-officiers qui étaient sous ordre et ne faisaient que perpétuer une tradition dont le Général Amadou Aya SANOGO a été instructeur ?

Pourquoi de 50 élèves-officiers on en est arrivé à 18 ? Parce que ces 18 ont simplement réclamé leurs droits, c’est-à-dire être réintégrés comme leurs camarades et qu’ils ont pour cela requis les services de trois avocats.
La hiérarchie militaire n’aime pas être bousculée. Mais elle ne semble pas être la seule dans ce cas puisque la Grosse qu’aurait dû fournir la Cour suprême et qui aurait permis aux 18 de faire valoir leurs droits tarde à venir sans qu’on sache pourquoi. Car aucune condamnation n’a été prononcée contre eux.

En attendant que les autorités compétentes se penchent sur cette affaire qui n’honore pas l’armée malienne, les 18 passent leur sixième mois au Camp n°3 de la gendarmerie nationale.

Ils ne bénéficient pas de petit déjeuner et n’ont que quatre petites tasses remplies à moitié de riz que cinq bons gaillards peuvent avaler sans sourciller.

Leurs salaires qui auraient dû être payés aux 4/5 sont totalement coupés depuis 2011 alors que c’est seulement le 06 juillet 2015 qu’un arrêté de mise en non activité émanant du ministère de la défense et des anciens combattants a été signé les concernant.

Les 18 élèves-officiers ont été vilipendés par une certaine presse qui les a présentés comme des drogués qui se sont laissé aller à des pulsions sanguinaires ayant coûté la vie à 5 de leurs cadets.

Ce sont des accusations qui ont meurtri le cœur des prévenus et de leurs familles. Les autorités devraient se saisir de cette affaire car peu de temps après ce douloureux événement, une note interne de la hiérarchie militaire a instruit de continuer le bahutage.
Tout se passe comme si on voulait avoir les jeunes gens à l’usure. Mais ils tiennent bon. Une dame parmi eux vient de donner naissance à un enfant ce mardi matin. Puisse cet innocent éveiller les consciences et pousser à la justice.

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