Annulation du décret N° 2014-0407-P-RM du 06 JUIN 2014 : Une tentative d’humiliation d’IBK et de son gouvernement par le Patronat ?

Tous les artistes ou presque du Mali ont piqué une colère bleue face à l’annulation du décret du 6 juin 2014 portant modalités de perception et de répartition des redevances de droit d’auteur et de droits voisins. Auteur compositeur et non moins secrétaire à l’organisation de l’Union des Associations d’Artistes Producteurs et Editeurs du Mali (UAAPREM), Souleymane Amadou CISSE n’a pas pu s’empêcher de réagir par rapport à l’annulation, par la Cour suprême, de ce décret. Une décision de justice qui oppose d’une part,  la justice au gouvernement et d’autre part, le Patronat  aux artistes  qui n’entendent pas se laisser faire. Voici sa réaction. En fait, il s’agit de quoi, de quel décret serait-il question?

IBK ibrahim boubacar keita rpm

Chacun de nous a certainement fait le constat que la musique, le cinéma, la littérature, etc… sont désormais bon marché, sinon qu’ils ne coûtent plus rien  ou presque au consommateur. Vilipendé, devrais-je dire, ce qui, du coup a démocratisé l’accès à ces éléments culturels.

Personne n’achète plus de musique : allez au cyber le plus proche ou voyez un voisin, un neveu ou un proche détenteur d’un ordinateur pour télécharger cent voire mille chansons sur un petit appareil appelé clé USB que vous pouvez transporter sans que votre proche n’en ressente le poids : trois à sept grammes peut-être. Et pourtant, cette petite machine porte en elle des tonnes de vinyles ou disques comme ça s’appelait il y a cinquante ans, de C.D (compact disc pour les générations du baby-boom).

Ce n’est pas le poids physique qui impressionne, loin s’en faut, c’est le nombre d’années de travail, de recherches, de cogitations et de ressources financières et intellectuelles qui compte. Mille chansons, au bas mot, équivalent à cent CD ou cassettes audio de dix titres. Et si nous nous référons aux enregistrements des années 90 où les cassettes (K7) ne portaient que six titres dans le meilleur des cas, nous nous retrouvons dans la bagatelle de plus de cent soixante cassettes.

Et pour les films, la technologie a réussi à concentrer, à condenser sur une feuille ou un feuillet des dizaines de films de plusieurs heures. L’on peut aussi enregistrer ou copier des dizaines, voire des centaines d’images sur les mêmes clés USB.

Pour enregistrer une cassette de musique en Studio, les charges minimum peuvent aller à trois ou quatre millions de francs CFA ; il s’agit là évidement du semi-professionnalisme. Les vraies productions pour le même nombre de titres à enregistrer peuvent coûter deux fois plus, voire trois fois plus.

Quant aux films, un documentaire de vingt à trente minutes peut coûter quinze à vingt millions.

Un court métrage, sans être dans le secret des professionnels, peut aller à cinquante, voire cent millions.

Un long métrage, pas à la hollywoodienne, mais à l’africaine, à la malienne coûterait près d’un milliard de franc CFA.

Faites donc les calculs et vous comprendrez le gap financier pour les acteurs culturels et l’Etat malien.

Au Mali, la culture ne vit plus, elle agonise depuis déjà plus d’une dizaine d’années. Tous les pays au monde connaissent la même situation, les mêmes problèmes. Vous vous souvenez de la grève des intermittents du spectacle en France, en été dernier, mais tous les pays épris de justice et respectueux des droits de l’homme ont tenté de minimiser les effets du développement effréné des NTIC par des législations appropriées conformes aux droits et aux intérêts des créateurs de l’esprit, pour leur permettre de vivre et de créer.

Au Mali, l’on s’accorde à comprendre que la création est morte. Personne ne se soucie de la qualité de ce qui est produit, tant en musique, qu’en cinéma et qu’au théâtre.

Dans ce domaine, le théâtre d’art, celui des grands classiques est lui aussi mort. Seul le théâtre de sensibilisation (sketches etc.) a cours parce que moins coûteux, moins élaboré et qui demande peu de recherche.

Les artistes, tous corps confondus, ont tiré la sonnette d’alarme, depuis longtemps. Ils ont senti le vent venir de loin, de très loin avec l’envahissement du marché local par des ordinateurs aux multiples fonctions.

Avec le service de gestion de leurs droits et le ministère de tutelle, ils ont initié un projet de décret portant « modalités de perception et de répartition du droit d’auteur et des droits voisins», décret qui prend en compte plusieurs dispositions des lois relatives aux droits et qui ont été signées depuis 1982.

Le Mali, on le sait, a également ratifié de nombreuse conventions internationales notamment celles de Berne. Deux années de concertations, de réunions, de conciliabules, de remise en cause, de remise en question, de discussions, entre artistes, patronat et autres partenaires.

Jamais le consensus n’a pu être obtenu en raison de la divergence des intérêts en jeu.

Le patronat qui défend l’intérêt des sociétés de téléphonie et autres qui en tirent l’essentiel de leurs ressources, ne veut rien céder aux artistes, et à la limite, demande l’annulation pure et simple du projet de décret du 6 juin 2014.

Malgré toutes les réticences du même patronat, le président de la République, le Premier ministre et huit autres ministres qui sont : le ministre de la Culture ; de la Justice, des droits de l’homme, garde des sceaux ; de l’Artisanat et du tourisme ; du Commerce ; de l’Economie numérique, de l’information et de la communication ; de l’Intérieur et la sécurité ; de l’Industrie et de la promotion des investissements ; de l’Economie et des finances ont accepté de signer le « décret de la responsabilité », un 06 juin 2014 afin de sauver la culture malienne de la dérive totale (mort lente).

Bravo donc au gouvernement de la République, bravo au peuple malien pour leur sens de la reconnaissance.

Et voilà qu’à peine les artistes ont éteint les lapions de la fête pour cette victoire, que le même Patronat attaque le décret en justice. Le patronat se fait fort de son statut particulier, pour aveuglément défendre l’intérêt de ses membres sans discernement.

Il est nécessaire de faire une enquête de moralité sur les hommes avant de les  nommer à des postes stratégiques dans un Etat qui veut aller de l’avant  comme le cas du président du Patronat qui n’a pas fini de façonner des prostituées, des drogués et des voleurs dans les familles des anciens travailleurs de la SOMAPIL.

Dans ces pénuries d’emploi, quand tu prives des chefs de familles de travail, tu as opté pour la destruction de leurs familles. Comment des hommes pareils peuvent penser le bien du peuple Malien ?

Ils sont forts, très forts, puissants, superpuissants, ces responsables du patronat qui ont juré d’humilier l’Etat malien en lui déniant jusqu’à sa légitimité, de sauver sa culture, cette culture mise à mal par des sociétés dont l’outil essentiel et incontournable de travail est le téléphone, cet appareil qui permet de communiquer, mais de stocker le son et l’image.

Et c’est du téléphone portable que sont partis tous les malheurs des artistes et créateurs de l’esprit. La sonnerie de cet appareil n’est-elle pas de la musique ? Et malgré tout, le super puissant Patronat se donne la peine de défendre l’indéfendable. Les  responsables de ce Syndicat ont-ils des lunettes de bois pour ne pas voir la réalité en face, ou ont-ils des boules de cire dans leurs oreilles pour ne pas entendre ?

Ils ont dit qu’ils emploieront tous les moyens possibles pour faire rejeter ou annuler le décret par les autorités judiciaires du pays. Entendez par « tous les moyens»  leur argent, cet argent qui peut corrompre et ouvrir toutes les portes. De l’argent, Leurs commanditaires en ont, le téléphone, c’est simplement le souffle, une matière première bon marché. Mêmes les appels manqués (le répondeur) comme on le dit sont payés par les consommateurs. Et que fait le patronat pour apaiser les souffrances des Maliens ?

Si jamais cela parvenait à se  réaliser, ça serait la victoire de la corruption sur la loi et sur le droit dans un pays de droit et de loi comme le Mali, les mauvaises langues diront qu’au Mali, avec de l’argent, on peut tout faire, même annuler les décisions du président de la République… ce serait l’humiliation du siècle.

Les artistes eux aussi feront tout pour défendre leurs intérêts. Que dire d’une semaine sans musique, sans image, sans sonnerie par exemple pour faire comprendre au monde que le combat du patronat est faux et sans fondement.

Les artistes ne veulent point en rajouter à toutes ces souffrances du peuple. C’est pourquoi ils se refusent à toute action tendant à créer des troubles dans le pays.

Heureusement pour la culture malienne que le président de la République, est le premier magistrat du pays, chef suprême des armées et le président de tous les Maliens qui a horreur de dire des paroles doubles au profit du même sujet.

Très artistiquement votre

 

Souleymane Amadou CISSE, Auteur compositeur, secrétaire à l’organisation de l’Union des Associations d’Artistes Producteurs et Editeurs du Mali (UAAPREM)

source : Canard Déchainé

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