Adoption d’une loi criminalisant la pratique de l’esclavage : Le lobby des députés esclavagistes va-t-il faire barrage au projet ?

eau potable robinet fontaine forage pauvrete enfants nord mali

Cela fait environ une dizaine d’années que l’association pour la Consolidation de la Paix, le Développement, la Promotion et la Protection des Droits Humains (Temedt) mène des plaidoyers pour l’adoption d’une loi criminalisant l’esclavage dans notre pays. Cependant, même si le gouvernement, à travers le ministère de la Justice, a affirmé son souhait de voir ce texte adopté dans les meilleurs délais, force est de reconnaître qu’au niveau de l’hémicycle, certains députés, notamment du nord qui soumettent toujours leurs concitoyens à cette pratique moyenâgeuse, continuent de recourir à la politique de l’autruche.

 

 

Si, de nos jours, notre pays a ratifié toutes les conventions et les traités relatifs à la lutte contre l’esclavage, il est regrettable de constater que cette pratique a pignon sur rue dans les régions du nord, notamment celles de Gao et de Kidal et une partie de la région de Kayes. C’est pourquoi, pour prendre à témoin l’opinion nationale et internationale par rapport à la persistance de cette pratique néfaste, l’association Temedt a profité de la célébration de ses huit ans, il y a de cela une dizaine de jours, pour exhiber au Centre internationale de conférences de Bamako (CICB) devant les cameras, huit personnes qui ont échappé du joug de leurs maîtres esclavagistes dans un village de Gossi, dans la région de Gao. Tous des kel tamasheks ou Tamashek noir (communément appelés les bellahs). Ceux-ci, dans un témoignage émouvant, ont relaté les sévisses qu’ils ont subis de leurs maîtres. Cependant, à en croire un ressortissant du nord, même les autorités locales ne peuvent inquiéter ces maîtres esclavagistes, qui sont pour la plupart des Touaregs. C’est pourquoi, selon lui, il urge de voter une loi au niveau national pour criminaliser cette pratique.

 

 

Pratique dégradante

» Car tant que ces maîtres ne sont inquiétés juridiquement, ils vont toujours persévérer dans cette pratique dégradante, inhumaine en porte à faux avec les principes relatifs à la Déclaration universelle des droits de l’homme «  a suggéré un ressortissant de Gao. S’agissant de la loi contre la pratique de l’esclavage, Temedt a, semble-t-il fait des propositions au ministère de la Justice en vue de l’amélioration du texte. Cependant, certains ressortissants du nord où l’esclavage est toujours pratiqué commencent à s’inquiéter de l’hostilité de certains parlementaires des régions de Gao et de Kidal qui sont «  propriétaires «  de plusieurs dizaines d’esclaves de voir ce projet de loi adopté.

 

 

«  Cela est un secret de polichinelle, aujourd’hui nous avons des députés des régions de Gao et de Kidal qui siègent à l’Assemblée nationale qui ont plusieurs esclaves dans leurs domiciles familiaux. Notre crainte surtout, c’est de voir ces parlementaires faire barrage au projet. Car ils ont un lobby très puissant, compte tenu de leurs moyens financiers et de leur mainmise sur la stabilité au nord du Mali « , s’inquiète notre interlocuteur. Il faut rappeler que lors de l’attaque meurtrière du gouvernorat de Kidal durant la visite du Premier ministre Moussa Mara, au cours de laquelle plusieurs préfets et sous-préfets ont été égorgés, la presse locale a révélé que la vie d’un administrateur a été épargnée, parce que  » ses bourreaux le considéraient comme leur esclave et ne pouvant pas lui faire du mal « .

 

Des esclaves qui se complaisent de leur statut d’infériorité

Cependant, il est à déplorer que certains de ces soi-disant esclaves se complaisent de leur statut d’infériorité et ne ratent aucune occasion de se présenter fièrement comme étant esclave d’un tel maître (qui se trouve être un opérateur économique puissant ou un élu local influent).

« Avec son statut d’esclave, il est obligé de servir son maître à toute épreuve et se soumettre. Et le maître assure les besoins essentiels de son esclave. Et certains esclaves se complaisent de cette situation d’infériorité tout en espérant profiter des  » bienfaits  » du maître. C’est toute cette situation qui rend le combat contre l’esclavage difficile, car il faut un changement radical de mentalité et une prise de conscience au sein de notre communauté  » a ajouté un cadre kel tamashek.

 

En tout cas, les autorités sont interpellées pour prendre des mesures rigoureuses contre la pratique de l’esclavage à l’image de certains pays comme la Mauritanie qui a adopté une loi criminalisant l’esclavage. Même si, il est vrai, cette loi a montré ses limites.

 

             K.THERA  

SOURCE: L’Indépendant

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.