SANTE PUBLIQUE: L’insuffisance des moyens de dialyse fait une nouvelle victime

«Les dialysés meurent comme des mouches» n’est pas une vue de l’esprit, un titre de presse ou encore du parler français. C’est aussi des drames personnels.

 

Tôt le dimanche 30 juin 2019, les femmes qui se rendaient au marché de Fadjiguila (commune I du district de Bamako) ont vu là-bas la bâche tristement installée devant la maison des «C». C’est la mère de famille qui est décédée  et son enterrement  a lieu ce jour à 16 heures. La nouvelle fait tour des «carrés» avoisinants du quartier et hors de la commune I.

Le père de famille était une grosse personnalité à relations hautes et élargies. Ce fait 6 ans  qu’il est décédé et c’est sa veuve qui vient de le rejoindre dans l’autre monde. Elle souffrait des reins et devait suivre des séances régulières de dialyse à l’Hôpital du Point G. Cet établissement hospitalier universitaire, que nous avons évoqué dans notre parution du 19 juin dernier (Le Matin N°421), est l’un des rares  points publics de dialyse de la capitale

Les patients y affluent de presque tout le pays et leur nombre ne cesse de croître. Par contre, le dispositif de dialyse ne suit pas car il est insuffisant en nombre, sur-utilisé et non entretenu comme il faut. Face à ce drame, les pouvoirs publics gardent un silence révoltant. En attendant qu’ils se décident à agir, les malades des reins continuent donc à mourir comme des mouches.

Et la mère «C» est l’une de victimes de l’insuffisance en matière de dialyse  au Mali. Des morts que les familles  enterrent partout au Mali, et tous les jours, dans le silence du chagrin. La veuve C a vu son veuvage s’adoucir par sa bonté de mère. Les amis de ses garçons avaient pratiquement déménagés chez elle. Leurs maisons respectives et la sienne étaient devenues les deux bases de la même paire de poumons.

Dans le «Carré» (rue) et dans le quartier, la réputation de sa bonté et de sa générosité de cœur était établie. L’imam qui a dirigé la prière mortuaire a ému son auditoire par des éloges accompagnés par les hochements des têtes en larmes. L’un des amis des garçons de la défunte nous confia : «On ne sait pas comment on va supporter son absence car elle est irremplaçable».

La maladie des reins tue ! Le manque de machines de dialyses tue davantage les dialysés  ! Tout comme l’absence d’actions politiques pertinentes !

Tientiguiba Danté

LE MATIN

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