Transition: mission impossible

Le Mali est confronté à trois problèmes qui s’illustrent violemment, à travers une triple crise sécuritaire, politique et sociale. L’exacerbation de ces crises combinée à la récurrence des improbités et d’une non-soutenabilité de la corruption à ciel ouvert et de l’impunité devenue la norme a précipité la chute de l’ancien régime. La quête de la bonne gouvernance, l’exigence de la transparence ainsi que la redevabilité des acteurs publics sont devenus des leitmotivs d’un Mali Kura qui aspire, non seulement à la paix et à la sécurité, mais aussi, la concorde et la réconciliation nationale. Si l’engagement des tombeurs du Président IBK à changer les choses, à transmettre le pouvoir à une « transition politique civile » a été bien accueilli, pour accomplir ses missions, beaucoup d’écueils restent toutefois en travers du chemin de la Transition.

 

Aux termes de l’article 2 de la Charte de la Transition (Décret N° 2020-0072/PT-RM du 1er octobre 2020 portant promulgation de la charte de la Transition), les missions imparties pendant les 18 mois de la Transition qui recoupent les grandes problématiques de la nation ainsi qu’exprimées de manières violentes pour abréger le régime du Président IBK, sont :
‘’ - le rétablissement et le renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ;
– le redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation ;
– la promotion de la bonne gouvernance ;
– la refonte du système éducatif ;
– l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ;
– le lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives ;
– l’organisation des élections générales ;
– la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger’’.

Le défi sécuritaire
Comment procéder au ‘’rétablissement et au renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national’’ si les plus hautes autorités ont toujours besoin de l’autorisation du MNLA via la CMA et d’être escortées par la MINUSMA pour se rendre à Kidal, Ménaka, Abeïbara, Tessalit… ? Quel espoir fonder sur le rétablissement et l’uniformisation de la souveraineté sur l’ensemble du territoire si des pans entiers de celui-ci échappent à notre contrôle, si nos autorités, les symboles, l’administration et la justice de l’État du Mali ne sont plus les bienvenus partout dans le Centre sous le contrôle désormais absolu des djihadistes ? Le honteux épisode de Farabougou doit enterrer les derniers espoirs des candides qui pensaient que le départ forcé de l’ancien régime était la panacée, la voie pour la quiétude, le farniente et la bamboula ! Bientôt deux mois de siège pour un village de 3 000 âmes pris en otages avec en prime des exactions et des exécutions sommaires au grand dam des déclarations rassurantes pour ne pas dire mensongères.

Le défi de la gouvernance
Si ‘’le redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation’’ restent un agenda partagé et acté par l’ensemble des chapelles politiques, chacune l’estimant incontournable au terme d’un quart de siècle d’expérience démocratique ; l’équation de ‘’la promotion de la bonne gouvernance’’ est et restera entière au regard de l’impunité systémique et du clientélisme chromosomique dans notre pays.
En effet, c’est bien beau et trop facile de traîner l’ancien président dans la boue sans aucune base légitime et surtout sans aucune preuve, de vouloir tenter un procès en sorcellerie contre son fils Karim qui n’a rien géré et contre qui on a que rumeurs et clameurs, et contre l’ancien patron des services de renseignements pour avoir osé danser en oubliant les énormes services qu’il a rendus à sa patrie (nombre d’attentats déjoués et de terroristes arrêtés) et à l’armée malienne (équipements et infrastructures militaires, FORSAT, infirmerie de garnison)… Mais jamais auparavant au Mali, on avait vu le service de renseignement érigé en officine de racket ! Heureusement que le Président Bah N’DAW et son Vice-Président ont rapidement ouverts les yeux pour changer les choses… !!!
‘’Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es. Si tu fréquentes un homme vil, c’est que tu es de son rang. Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirais qui tu hais ’’. Le proverbe dit vrai : ‘’les oiseaux de même plumage volent ensemble’’. En effet, les individus dotés de qualités et défauts semblables souvent s’associent ou forment des couples. Il n’y a mauvaise chaussure qui ne trouve sa pareille. Quelqu’un qui vous comprend, même au bout du monde, est comme un voisin. Ici, au Mali, on aime dire que nous sommes tous de la même extraction : de même père, même mère. Nous sommes tous patriotes et nous prônons tous un Mali un et indivisible. En tout cas, jusqu’à maintenant.
Dans le Mali Kura en téléchargement, ce n’est pas encore le règne de copains et des coquins comme s’en offusquait le Président Modibo KEITA, mais le festival des colonels a bel et bien commencé. Et le drame, c’est qu’on peut difficilement leur en tenir rigueur… Car les politiques se sont trahis et ont trahi le peuple. Donc, l’ordre kaki, la soldatesque, appelons ça comme nous voulons, mais on va devoir la subir, boire le calice jusqu’à la lie.

Le défi politique
Le réveil sera en effet brutal pour ceux qui croient que tout est au mieux dans le meilleur des mondes avec le départ du régime d’IBK et l’entrée des groupes signataires dans le gouvernement. Parce que personne n’est assez benêt pour croire que ‘’la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger’’ se limite à donner aux ex-rebelles quelques strapontins ministériels et dans la haute administration. L’exclusion prônée des politiques du Conseil national de Transition est une alerte politique majeure dont il faut mesurer les conséquences avant d’acter.
Mais dans l’insouciance ambiante qui voudrait que les politiques n’aient point voix au chapitre durant cette transition quand il s’agit de joute, d’agenda et d’ambition, le ‘’chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives’’ ne pourra se faire que sur des sables mouvants et l’organisation des élections générales mise à l’encan. En tout cas, tout est fait pour qu’elles ne se tiennent pas à date.

Le Défi social
Comment procéder à ‘’la refonte du système éducatif’’ et à ‘’l’adoption d’un pacte de stabilité sociale’’ si les enseignants, les administrateurs, les agents du secteur public et privé sont méprisés et considérés comme personnels superfétatoires qu’on peut remplacer comme bon nous semble. Dans les conditions du Mali de cette transition, comment espérer durablement rétablir le dialogue social si l’arrogance envers les partenaires sociaux prend droit de cité au sommet de l’État et le syndicaliste est traité comme un bruiteur, un pagailleur, au mieux un activiste manipulé par des politiciens véreux et apatrides ? Comme si la Constitution du Mali qui a toujours cours n’avait pas consacré et garanti la liberté syndicale, à travers ses articles 20 et 21 : ‘’la liberté syndicale est garantie. Les syndicats exercent leurs activités sans contraintes et sans limites autres que celles prévues par la loi’’, et ‘’le droit de grève est garanti. Il s’exerce dans le cadre des lois et règlements’’.
Qu’on ait respect pour ces syndicats pour reconnaître qu’ils sont dans leurs droits et que tout le monde n’est pas ripou, et contre les militaires.

Le Défi économique
À l’issue de la Grève de l’UNTM, il paraît que l’État aurait perdu 21 milliards. Et on s’en plaint. Sans piper mot de ce que le pays a perdu pendant l’embargo qui duré près d’un mois. À période exceptionnelle, mémoire sélective ! Mais passons. Si l’État a perdu 21 milliards en 03 Jours de grève, cela revient à 7 milliards par jour. Par extrapolation, combien l’État gagne en 365 jours ? Règle de trois.
21/3X365 ou 365 /3 = 121,66 x 21 = environ 2.555 milliards. Donc en tout et pour tout, l’État du Mali ne gagne que 2.550 milliards par an comme revenu, à cela, on va soustraire les charges annuelles de l’État. Voyons la différence… et pourquoi nous serons toujours endettés et toujours en faillite.
Le gouvernement a adopté en Conseil des ministres le mercredi 13 mai, une Loi de finances rectificative pour l’exercice budgétaire 2020. Celle-ci se caractérise par une hausse des dépenses budgétaires, tandis que les recettes enregistrent une baisse.
Pour cette année, les dépenses budgétaires rectifiées se chiffrent désormais à 2780,935 milliards FCFA contre 2604,568 milliards FCFA (environ 4,3 milliards $) dans le budget initial, soit une augmentation de 176,368 milliards ou un taux de progression de 6,77%. Quid des recettes budgétaires ? Dans la loi des finances rectificative, elles s’élèvent quant à elles, à 2040,957 milliards FCFA contre 2181,828 milliards FCFA prévus dans le budget initial, soit une diminution de 140,871 milliards FCFA ou une réduction de 6,46%. Le budget d’État du Mali rectifié dégage un déficit d’environ 740 milliards de FCFA contre un montant initial de 422 milliards de FCFA.
Donc, comme on le voit, bon an mal an, on s’enfonce. Les 21 milliards des trois jours de grève de l’UNTM ne sont que des bonus de la faillite d’un État qui dépense plus qu’il ne produit.
D’après les cauris du Fonds monétaire international (FMI), la croissance économique du Mali devrait fortement chuter sous l’effet de la maladie, passant de 5,1% du PIB en 2019 à 1,5% en 2020. Le déficit budgétaire devrait également s’aggraver de 1,7% du PIB en 2019 à 5,8% cette année.
In fine, la mission est presque impossible pour les autorités de Transition, à travers cette approche sectaire et suicidaire. Tant que le Président Bah N’DAW et le Colonel Assimi GOITA se laisseront bercer par les chants des sirènes des fripouilles politiques et des crapules de tous les ordres, il faut parier sur un nouveau plongeon qui ne saurait tarder.

Par Sidi Dao

Source : INFO-MATIN

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