Sommet Afrique-France : ce qu’il faut en attendre…

Le sommet Afrique-France mobilise pendant une semaine l’attention à Bamako, mais aussi du monde sur le Mali.

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S’il suscite beaucoup d’espoirs du côté des organisateurs, il n’en demeure pas moins l’objet de polémiques, voire de contestations. Bamako 2017, rencontre de plus ou Sommet du renouveau pour le Mali et les relations entre la France, ex-puissance coloniale en quête d’un renouveau de son influence, et l’Afrique, continent d’avenir avec des ressources immenses à exploiter ?

Douze ans après le sommet Afrique-France de 2005, Bamako accueille le 27e sommet les 13 et 14 janvier. Un grand rendez-vous international qui réunira, outre le président français, et le tout nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Guittieres, près de quarante chefs d’État et de gouvernement africains. L’actualité sur le continent, marquée tout autant par les crises que par la problématique de l’immigration clandestine, sera au cœur de cette rencontre qui veut faire la part belle aux perspectives de partenariat pour le développement entre l’Hexagone et le continent africain.

Enthousiasme Une grand-messe de plus, fustigent les détracteurs, un rendez-vous important selon les organisateurs. Pour eux, l’impact d’une rencontre de ce type ne peut se voir que sur la durée. « En termes de résultats, les gens évaluent individuellement alors que si cela devait être le cas, les sommets ne se succéderaient pas. Il faut voir de façon globale, et il est difficile de dire que de 2005 à nos jours, les questions de jeunesse ne restent pas prioritaires », explique Madame Maïga Sina Damba, ancienne ministre et présidente du Forum genre et développement, organisé en décembre dernier en prélude au sommet, et dont les recommandations devraient être présentées aux chefs d’État à Bamako. Madame Maïga en est sûre, ce sommet sera « différent ». « Il y a eu des activités en amont qui sont inédites. Il n’y avait jamais eu de forum pour les jeunes, les femmes et les opérateurs économiques en prélude à un sommet. Les sommets se font pour discuter des aspirations des communautés et celui de Bamako en sera une belle illustration ». « Les nouvelles perspectives de la jeunesse africaine occuperont une large place dans les discussions des chefs d’État et de gouvernement, notamment aux plans des opportunités du marché du travail, de l’éducation, de la formation professionnelle d’excellence et d’évaluation des performances », explique Almaamoun Keïta, directeur de la coopération au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Le sommet devrait mettre un accent particulier sur l’importance de la mobilité et de la circulation des compétences des entrepreneurs et des étudiants, notamment les jeunes, tout en insistant sur la qualité de l’accueil, ainsi que la délivrance de visas de circulation de plus longue durée. L’Afrique devra également se mobiliser pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le changement climatique, l’intensification de la lutte contre la désertification et la déforestation, le développement des infrastructures, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables et le tourisme. Grosse actualité pour le continent mais aussi pour la France, la question sécuritaire, et particulièrement la lutte contre le terrorisme, sera au menu des échanges entre les chefs d’État et de gouvernement. Seront entre autres évoquées les mesures permettant de contenir et d’éradiquer les phénomènes de radicalisation, d’extrémisme violent, et de traite des êtres humains, ainsi que les solutions innovantes aux défis de la jeunesse, notamment en matière de participation à la vie de la société. Autant de questions d’intérêts pour le Mali et les pays africains.

Contestations Sur le continent, tous ne sont cependant pas acquis en ce qui concerne la pertinence de cette rencontre, jugée « néocolonialiste », « anachronique », comme on peut l’entendre dans les débats suscités ces derniers jours sur la question. Les détracteurs de la « Françafrique » et de ce sommet, qui pour eux en est la parfaite illustration, soutiennent, comme Assoumane Sissoko, porte-parole de la Coalition internationale des « Sans-papiers », interrogé par Studio Tamani, que « depuis 1973, du temps de Georges Pompidou, ce sont les mêmes thèmes qu’aujourd’hui ». « Donc, cela veut dire qu’en 43 ans de France-Afrique, ça n’avance pas. La France avance, mais pas l’Afrique. Il est fondamental de manifester une autre France-Afrique » a-t-il ajouté. Son mouvement organise un sommet alternatif du 10 au 14 janvier à Bamako au cours duquel, les relations entre la France et les pays africains sont passées au crible de la critique. Quelques jours auparavant, c’est à Ouelessebougou (80 km de Bamako) que la Coalition des alternatives africaines dette et développement du Mali (CAD-Mali) a organisé du 7 au 8 janvier, la 12e édition du Forum des peuples en contrepoids au sommet Afrique-France, sous le thème « Les peuples du Sud exigent des alternatives pour un nouveau partenariat économique, social et sécuritaire entre la France et les États africains ». « Ce forum visait à bâtir des alternatives populaires, à faire des propositions concrètes sur l’ensemble des préoccupations, comme la question de la monnaie, le retrait des bases militaires, le pillage des ressources naturelles », explique Sabane Touré, membre de la commission scientifique de la rencontre.

Dans la rue bamakoise, cela fait des mois que « ce fameux sommet », comme l’appelle Oumar Coulibaly, enseignant, est au cœur des conversations. « Je ne vois pas à quoi cela sert de dépenser tout cet argent pour une rencontre qui ne va rien changer à la vie de la population », affirme-t-il, regrettant que « pour l’instant, ce sont surtout les désagréments que nous voyons ». L’opinion majoritaire rejoint en effet les critiques à l’endroit de cette manifestation internationale « qui accouche toujours d’une souris. Des déclarations et puis rien », écrit un internaute. La question de la transparence de la gestion des fonds alloués pour l’organisation revient également souvent, les appels à un audit rigoureux de celle-ci sont nombreux. Tous ont évidemment à l’esprit les poursuites judiciaires dont avait fait l’objet le comité d’organisation du dernier sommet accueilli par le Mali.

« Les retombées vont s’inscrire certainement dans le temps, notamment en ce qui concerne le changement de comportement des populations dans le domaine de l’assainissement et de l’hygiène », déclarait il y a trois mois, à 100 jours du sommet, le président du Comité national d’organisation (CNOSAF), Abdullah Coulibaly, pour inviter les Bamakois et les Maliens à adhérer à l’événement. Alors que Bamako s’est parée de ses plus belles couleurs, que le dispositif sécuritaire est déployé et que les hôtes arrivent dans la capitale malienne, le président du CNOSAF se réjouit d’avance du fait que ce 27e Sommet Afrique-France soit « la confirmation que le Mali est un pays où l’on peut venir, un pays que l’on doit visiter et un pays où l’on peut investir ».

 

Source: journaldumali

 

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