Situation des Droits de l’homme au Mali: flagrant délit de mensonge

Mandaté en tant qu’Expert indépendant par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU le 15 avril 2014 pour aider le gouvernement dans ses actions de promotion et de protection des droits de l’homme et dans la mise en œuvre des recommandations formulées dans les résolutions du Conseil, Suliman Baldo a effectué du 21 février au 2 mars sa sixième visite dans notre pays.

Suliman Baldo directeur centre international justice

En attendant la présentation de son rapport le 22 mars prochain sur la situation des droits de l’homme au Mali, l’Expert indépendant de l’ONU lève un coin du voile sur sa grande expertise pour ce qui est sa vision des droits de l’homme dans notre pays.

Monsieur Baldo n’est pas Fatou Bensouda, mais visiblement son expertise, pardon ses investigations sont menées à sens unique en tout cas conduites manifestement à charge contre notre pays qu’il est censé aider, au lieu d’enfoncer.

Pour lui, « L’insécurité qui règne, en particulier dans le centre et le nord du Mali, prive les populations de la jouissance des droits de l’homme qui sont leurs chers, et entrave la reprise des services de l’Etat ». Aussi, souligne-t-il la nécessité de passer à une vitesse supérieure dans la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la réconciliation. « Il est la responsabilité primaire des signataires de cet Accord de procéder à une accélération dans le processus de paix. Ceci est nécessaire pour assurer le plein respect des droits de l’homme, notamment la protection des civils et le retour de services de base et des forces de l’ordre public particulièrement dans le centre et le nord du pays ».

Selon le constat de Suliman Baldo, «la situation sécuritaire au Mali nécessite une réponse robuste et décisive de la part du Mali, des pays de la région et de la communauté internationale… Sinon, la situation des droits de l’homme ne va pas s’améliorer comme il se doit et les populations du centre et du nord vivront dans l’insécurité physique et alimentaire.» L’expert indépendant de l’ONU pousse l’indépendance jusqu’à évoquer la lenteur dans le traitement des dossiers pendants devant la justice au mépris de la règle de l’indépendance de la Justice. Et tranche sur commandite : «il ne faut absolument pas laisser un climat d’impunité s’installer».

L’expert indépendant qui dit être allé à Mopti (et non à Kidal) et dit avoir rencontré des membres du Gouvernement malien, des représentants de la société civile, dont des associations de victimes, des représentants des mouvements armés signataires de l’Accord de paix, ainsi que ceux du corps diplomatique et de l’ONU, dépeint de notre pays une sinistrose qui conduit à se demander s’il s’agit du même Mali. Ce qui fait que la «bonne dynamique » en cours quant à la conduite du processus de paix et de réconciliation n’apparaît que comme un minuscule rabibochage sur un épais tableau noir.

La longue litanie des griefs alignés contre notre pays est affligeante : retards dans la mise en application des mesures prévues dans les accords ; attaques de ces groupes extrémistes violents, dits « Djihadistes » ; risques locaux grandissants de violence intercommunautaire ; agressions contre la circulation des personnes et des biens civils et humanitaires… tutti quanti !

Pour lui, rien n’a changé, rien n’a évolué au Mali. Des individus sont attaqués, agressés et dépossédés de leurs biens par des bandits de grands chemins ; des enfants sont tués par des engins explosifs improvisés ; la population est la coupe de gens radicalisés et armés ; des personnes sont soumises aux mauvais traitements, au non-respect de leurs droits, à des procédures judiciaires expéditives et à des détentions arbitraires… Bref, Suliman Baldo ne décrit pas une situation de non-droit mais une atmosphère de non État dans laquelle des dérapages continuent d’exister. Et avec les mêmes éternels boucs-émissaires.

Du haut de sa singulière expertise, Suliman Baldo affirme qu’«il est rapporté que les FAMA avaient procédé à des représailles contre les populations locales suite aux attaques contre leurs forces ». L’accusation aurait été sérieuse et intelligible à l’indignation si elle était accompagnée de précision : où et quand ?

L’Expert indépendant de l’ONU dilue la crédibilité de son rapport dans la partialité et la connivence lorsqu’il dit qu’au cours d’«opérations militaires menées par les forces de l’ordre et les forces internationales pour neutraliser de tels groupes, des dérapages continuent d’exister. On a ainsi relevé que des personnes interpellées ont subi des mauvais traitements et le non-respect de leurs droits à des procédures judiciaires rapides».

En effet, si ce n’est pas un délicat mensonge, ça ressemble à une rengaine hors saison. Et pour cause ! Si par forces internationales, l’expert de l’ONU parle des Casques bleus de la Minusma, il ne devrait pas ignorer qu’elles ne sont et n’ont jamais été engagées pour neutraliser les groupes terroristes. Les responsables de la Minusma qu’il a rencontré ont suffisamment été clairs pour expliquer que leur mandat n’était pas la traque et la neutralisation des groupes terroristes. Donc la question qui se pose est celle de savoir combien de fois ces forces internationales en violation de leur mandat ont pu être engagées dans des opérations militaires conjointes avec les forces armées et de sécurité du Mali « pour neutraliser de tels groupes » terroristes ? Confusion ou contre-vérité ?

Il n’y a pas de petit mensonge. Tout mensonge corrompt et vicie irréversiblement la plus généreuse des objectivités et des bonnes fois. Dès lors le rapport projeté pour le 22 mars prochain ne peut être véridique, car déjà altéré par la légèreté, la partialité et les contre-vérités qu’il contiendra.

Par Sambi Touré

Source: Info Matin

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