Second tour des législatives 2013 : Un taux d’abstention qui bat les records

Incontestablement, l’un des défis majeurs qui se posent encore au processus démocratique malien reste celui lié au taux d’abstention trop élevé aux différentes élections. A chaque scrutin, il devient un problème beaucoup plus difficile à résoudre. Ce, en dépit de toutes les campagnes d’information et de sensibilisation menées à tambour battants par la classe politique, l’administration et les mouvements associatifs de la société civile.

 

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Il est désormais connu du commun des mortels qu’au Mali entre le taux de participation et celui d’abstention le fossé demeure profond. Cela, de scrutin en scrutin. En termes de participation, introduire son bulletin secret dans l’urne perd, progressivement, son engouement populaire d’antan au Mali. Les électeurs ne se rendent plus massivement aux urnes les jours de vote pour accomplir leur devoir civique. Loin s’en  faut.

 

 

Ce qui équivaut qu’en matière électorale, le processus de démocratisation malien ne mérite plus d’être cité comme label en Afrique. En termes de participation, la donne évolue de mal en pis. Le fossé entre les taux de celle-ci et ceux d’abstention s‘élargit incessamment et interpelle anxieusement  l’administration et les acteurs politiques de tous les bords idéologiques.

 

 

Pour preuve, rappelons qu’en 2007, par exemple, lors des législatives du 2 juillet, dans les six communes du district de Bamako, le  défis d’affluence devant les bureaux de vote laissait entrevoir une  mette baisse du taux de participation des électeurs par rapport aux élections de 2002.

 

 

.Très  anxieux, un membre de la délégation générale aux élections se souvient qu’en 2007, dans une circonscription de Bamako, seule 20 sur 416 électeurs inscrits avaient bien voulu effectuer le déplacement dans un  bureau pour voter  avant 17h 30 minute.

 

 

En commune 2,  toujours dans le district de Bamako, le nombre d’inscrits était de 103015 pour 221 bureaux de vote répartis entre 12 centres.

Les votants  étaient au nombre de 37085, soit un taux  de participation de 366 seulement.

Le constat désagréable a été  enregistré dans presque toute la ville de Bamako.

Et cette année encore, c’est ce même refus catégorique des citoyens d’aller voter qui se répète.

En effet, notons que, sur le plan national, lors du premier tour des législatives 2013, sur les 6566036 inscrits, seuls 2536097 électeurs ont accepté de se rendre dans les 20268 de bureaux de vote pour introduire leurs bulletins dans les urnes.

Ce qui limita le taux de participation à l’échelle  nationale  à 38,49% tout juste contre 47 % lors des présidentielles de juillet et août 2013.

 

 

Au passage, il est à admettre que même ceux qui sont allés voter ne se sont pas tous acquittés correctement de leur devoir civique. Ainsi, lors du premier tour des présentes élections, le nombre de bulletins nuls était trop élevé dans l’ensemble du pays: 120663 bulletins déclarés nuls pour  2537468 votants sur  6566036 inscrits.

 

 

Par ailleurs, si on se réfère aux  élections générales des années 1959, 1992 1997, 2002 et 2007, l’on se rendra a compte que les taux de participation des Maliens au vote laissent à désirer. En effet, en 1959, le nombre d’inscrits était de  2.204.827 pour un nombre de votants de 709.032 (soit un taux de participation de 34,1% contre un taux d’abstention de 65,9%) En 1992, le taux de participation est de l’ordre de 21,1% (un taux d’abstention 78,9%) aux législatives contre 22,25% (soit un taux d’abstention de77,75%)  aux présidentielles.

 

 

En 1997, lors des présidentielles, le taux de participation était de l’ordre de 28,4% (soit un taux d’abstention de 71,6%).

Lors des présidentielles de 2002, le taux de participation après les deux tours était de 34,25% (soit un taux d’abstention de 65,75%).

 

 

Cette situation qui n’honore guère le processus de démocratisation en cours. Elle interpelle, aujourd’hui plus qu’hier, la conscience collective. A  commencer  par  les pouvoirs publics jusqu’aux  dernières  instances  de la société civile en passant par l’administration, la CENI, la DGE, les mouvements associatifs spécialisés, les leaders d’opinions et religieux et la classe politique nationale, voire les partenaires étrangers concernés.

 

 

Parmi les causes de découragement des citoyens d’aller  voter, on évoque l’irrespect des engagements, la  transhumance politique, la primauté de l’intérêt personnel sur l’intérêt collectif, le manque de projets de société adéquats. Mamoutou Diarra, chauffeur de taxi confie au ‘‘Notre Printemps’’, en ces termes: «c’est par ce que les candidats pour lesquels votait s’érigent en de véritables managers en nous réduisant, nous leurs pauvres électeurs, en leurs simples marchandises dont les voix ne sont offertes dans coulisses qu’aux plus  offrants».

 

 

En outre, la marginalisation de la plupart des héros de la révolution de mars 91 dans la gestion des affaires courantes, l’incapacité des élus à œuvrer à la résolution de la crise scolaire, l’intervention  de l’argent dans  le processus électoral comme moyens d’achat des conscience, le manque de politique  des distribution équitable des services publics aux citoyens, le taux élevé de  l’analphabétisme, la disparation de l’école du parti (instaurée dans les années 1960) et surtout le fait qu’on ne vote plus au Mali pour un parti politique ou pour un projet de société mais pour des individus, etc. sont  autant de facteurs d’empêchement des citoyens de se mobiliser massivement pour les urnes.

 

 

Selon Christian Coulons, dans son analyse des principales causes de l’abstentionnisme des Maliens lors des élections de 1992, le fossé séparant les  luttes politiciennes de la vie quotidienne des citoyens  ordinaires devient de plus en plus profond. Un facteur dû au fait que la  pédagogie démocratique ne parvient encore à pénétrer  dans  la culture politique d’une population largement analphabètes et habituer à la corruption, etc..

 

 

Autre constat préoccupant, c’est qu’on vote beaucoup plus dans l’arrière pays que dans les centres urbains ou à Bamako.

Cela est dû, parfois, au facteur temps en ville aux dires de certains sociologues. Mais, pour d’autres spécialistes, c’est le manque de  conviction des  électeurs par rapport aux programmes des partis  ou de leurs candidats pour les quels il faut voter qui en est la cause principale.

 

 

Selon Zoubéïrou Maïga, ex-Secrétaire Général d’Africable, «le manque de communications sociales suffisante en période électorales  de la part des hommes  politiques» peut constituer aussi un facteur de découragement des électeurs aux jours de votes.

 

 

Face à ses réalités, faut-il pour autant se priver de son devoir civique? Il n’en est certainement pas question. En tout cas, même le recours au vote- sanction serait préférable que de laisser le champ libre à des candidats qui n’aspirent qu’à leurs intérêts personnels ou à des apprentis sorciers.

 

 

Habib Diallo 

 

SOURCE: Notre Printemps

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