Scandales au sommet de l’état: comment sortir de la spirale ?

Sans aucun acharnement, sans aucune volonté de remuer le couteau dans la plaie, la vérité et l’objectivité exigent de rappeler, sans complaisance, qu’à l’instar de la conduite des affaires de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements pour l’armée malienne, celle des Pumas cloués au sol, faute de maintenance appropriée, a été un désastre. Ajouté aux scandales précédents, la confirmation de celui-ci par le Président IBK, lui-même, constitue en soi un aveu d’impuissance face à la corruption, un aveu d’impuissance qui étale au grand jour une gouvernance peu intègre et affairiste dont l’Opposition s’était fait l’écho depuis des années : malversations, détournements, surfacturations, trafic d’influence, délit de favoritisme, et par-dessus le marché, connivence avec les milieux mafieux.

 

Tout le processus qui a conduit à l’acquisition de ces deux hélicoptères Puma, comme l’avait dit le PARENA, a été fait dans une totale opacité, dans des conditions douteuses et révoltantes défiant toutes les règles de procédures. La saignée du Trésor public, après enquête, espérons-le, paraît dantesque pour un pays en guerre et qui a besoin de toutes ses ressources pour se défendre et se reconstruire.

Un discrédit sans précédent

Le discrédit est sans appel et sans pareil pour le régime d’IBK qui prône l’exemplarité, « tolérance zéro » et veut incarner le changement en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption et l’impunité.

Nous avons été, à Info-Matin, de ceux qui ont taxé, hier, l’Opposition de hâblerie et de manque de fair-play lorsqu’elle égrenait ses accusations et constats : désenchantement, espoir déçu, illusions perdues, erreurs de gestion, mal gouvernance, favoritisme, erreurs de casting, choix douteux des compétences, pratiques peu orthodoxes, impasse, etc. Cinq ans après, et à la lumière, hélas, de la persistance des maux et de la confirmation de ses accusations par la voix la plus autorisée de la République, nous n’avons d’autres mots sinon que donner acte à cette Opposition et à tous les « aigris » pour leurs dénonciations. Dénonciations qui n’étaient alors pas motivées que par la délation, la calomnie, la méchanceté gratuite, le «niegoya» et le «hassigiya». Parce qu’en vérité, il n’y avait pas de fumée sans feu !    

Comme la vérité finit toujours par triompher, le feu de la malveillance s’étouffe sous le poids, non des charges calomnieuses, mais des preuves fluorescentes et incandescentes des faits confirmés par le Président IBK lui-même. Confirmation qui aujourd’hui jette un soupçon de corruption sur le régime et sur sa gouvernance, sans dissiper toutes les zones d’ombre sur les responsabilités à situer concernant cette affaire de Pumas cloués au sol.

Par le passé, il y a eu magouille et diverses improbités, des fraudes massives et détournements portant sur plusieurs dizaines, voire des centaines de milliards. Mais ce qui rend cette affaire de Pumas cloués au sol indigeste et inacceptable, outre que les Maliens avaient cru qu’avec l’élection du Président IBK à la tête du pays, le vol et corruption à ciel ouvert étaient désormais de vilains mauvais souvenirs derrière eux, c’est que c’est le Président IBK, lui-même, qui confirme les faits sans qu’aucune tête ne tombe à présent. Ce qui les rend encore plus furieux, c’est qu’ils n’avaient pas cru à l’Opposition jusqu’à ce que le Président IBK vienne corroborer toutes les dénonciations de Tiébilé, son allié d’aujourd’hui, qui disait hier que sa gestion à la tête du pays n’était pas des plus irréprochables.

Une diabolique ingénierie financière

Ce qui ne passe pas chez les Maliens, c’est la «diabolique » ingénierie financière et les magouilles dégoûtantes pour doter notre armée, au lieu de vrais hélicos, de camelotes destinées au musée de l’air.

Ce que les Maliens ne comprennent pas et ne pardonnent pas à leur régime, c’est toute cette débauche d’argent liquide traînée comme le ferait la mafia pour une opération foireuse et qui se solde par une honte nationale.

Comment un pays, en guerre, chantant et dansant sa souveraineté à toutes les tribunes du Monde, peut-il accepter ainsi d’être la risée du monde en réceptionnant en grande pompe et dans l’exaltation patriotique des tas de ferraille en lieu et place des hélicos de combat.

Pour beaucoup de Maliens donc, la scandaleuse affaire des Pumas procède de méthodes honteuses et avilissantes pour l’exemplarité prônée et constitue, d’une part, une belle gifle à la dignité et à la fierté de tous ceux qui ont fait confiance à IBK et, d’autre part, une suprême humiliation à la nation malienne.

Si le régime ne faisait pas attention, la fracture avec les Maliens abasourdis pourrait être d’ordre moral et éthique avec ces scandales chaque jour plus fracassants les uns que les autres.

En effet, si hier on s’interrogeait sur les écarts aussi importants entre diverses autorités à propos du prix d’un avion, et sur comment les chantres de la lutte contre l’impunité et la corruption avaient-ils accepté de s’acoquiner, au service de la République exemplaire proclamée et pour l’achat d’un avion présidentiel, avec des gens peu recommandables, des mafieux qui ont maille à partir avec la Justice de leur pays, aujourd’hui, on en est à rester coi, sans mot, face à cette scandaleuse affaire.

Pour cause. Il y a 6 ans, même dans leur pire cauchemar les Maliens n’auraient pu imaginer un tel scénario. Ils avaient cru en IBK, et ils avaient des raisons de croire en l’homme IBK, parce qu’il incarnait leur espérance en un Mali nouveau, en un renouveau sans vol, sans détournement, sans corruption et sans impunité.

Aujourd’hui, beaucoup de ces Maliens se demandent comment en est-on arrivé là.

L’intérêt de l’État

Esquiver les interrogations, surfer sur les doutes et l’impérieuse nécessité et urgence d’une clarification, se taire sur sa posture en faisant la politique de l’autruche ou par complicité passive n’éteindra certainement pas la polémique, tout comme s’abriter derrière l’ouverture hypothétique d’une information judiciaire ne calmera la colère et la frustration légitimes des Maliens.

Au vu de la confirmation par le Président IBK, lui-même, le débat est clos, le seuil de la présomption d’innocence est largement franchi. Les Maliens ont fait leur religion : il y a eu dol (c’est bien DOL et non vol) suivant un bel euphémisme de l’honorable Karim KEITA, et éventuellement de graves fautes de gestion, des crimes de détournement et complicité de détournement au service de l’État comme l’avait révélé le Parena. Donc, des sanctions exemplaires doivent logiquement suivre. Parce que nous ne sommes pas dans une République unipersonnelle à responsabilité diluée, mais bien dans une République digne, honorable, sensée et dite exemplaire où «nul n’est au-dessus de la loi».

Au moment où l’on fait patienter les attentes légitimes en raison de la situation sécuritaire catastrophique et de la difficile passe financière qui en résulte en raison dit-on de l’effort de guerre, le régime ne peut et ne doit s’offrir le luxe d’étouffer, par des subterfuges juridiques de séparation des pouvoirs, une affaire qui pourrait être le plus gros scandale politico-financier de l’histoire de la République.

L’intérêt de l’État est dans son autorité qu’il faut rétablir, celle de la République de l’union de tous ses enfants autour de la consolidation de la démocratie et l’uniformisation de notre souveraineté sur l’ensemble du territoire.

Toutefois, nul n’a intérêt, en dépit de la colère consécutive au scandale, de chercher à affaiblir les institutions républicaines en charge d’un pays fragile encore à stabiliser.

Il appartient à tous les Maliens de faire preuve d’exigence positive, malgré la colère et la déception.

Les magouilles, les détournements, les fraudes, les trafics d’influence, ça suffit ! Il nous faut sortir de la spirale dangereuse de l’instabilité qui impacte gravement nos efforts collectifs vers le progrès. Il nous faut sortir du cycle diabolique des affaires honteuses qui ne font hélas point «l’honneur du Mali» encore moins «le bonheur des Maliens».   

La montée du mercure au sein de l’opinion publique s’explique en grande partie par l’estime, l’attachement, le respect et la confiance qu’elle veut conserver à l’endroit de son Président. Il est donc du devoir du Président IBK, en tant que «Père de la Nation» de panser les blessures du petit peuple qui ne comprend ni n’accepte cette foire foraine à milliards, pour ne pas dire comme le Président Modibo KEITA, ce festival de brigands.

L’exigence de vérité

Au président IBK donc, toujours aux yeux de son peuple, homme d’État à la probité et à la rigueur morale intactes, et ayant un sens élevé de l’État et pour lequel la chose publique est sacrée, il incombe, en tant que ‘’garant des institutions, de l’unité nationale, de la cohésion sociale’’, de reprendre, non seulement l’initiative, mais aussi, les commandes du bateau-Mali.

Au regard de la vitrine Mali, de l’image d’Épinal  qui se fissure chaque jour suite à ces affaires, il urge que le Président IBK reprenne la main pour mettre un terme à tout ça. Non plus maintenant par le propos, mais des actes concrets, des décisions audacieuses que les Maliens attendent de lui en matière de gouvernance, de lutte contre la corruption et l’impunité, conformément à ses promesses, dans le seul intérêt supérieur de la Nation et des futures générations.     

L’exigence de vérité et la quête de justice n’ont jamais été aussi pressantes vis-à-vis d’un pouvoir qu’aujourd’hui. Mais qu’on ne s’y trompe point, c’est aujourd’hui plus qu’en juillet-août 2013 que les attentes des Maliens en IBK sont les plus grandes, les plus folles. Parce qu’aucun de ceux qui ont voté pour IBK n’acceptera de se laisser convaincre qu’il s’était trompé de choix; et il n’est d’aucun intérêt pour le Président IBK de le laisser croire.

En effet, le Président IBK a tout intérêt, pour finir avec ces affaires qui le divertissent de son programme présidentiel 2018-2023 intitulé ‘’notre grand Mali avance’’, de renouer avec le peuple qui l’a plébiscité. En homme d’État qui a su rester patient dans la dignité, en parfaite phase avec les aspirations de son peuple, le Président IBK sait plus que tout autre que ‘’la seule façon d’avoir raison en politique, c’est d’avoir le peuple avec soi’’, comme le dit si bien le digne élève de Feu Dialla KONATE.

Nul sacrifice n’est au-dessus de l’engagement pour le Mali. Il faut mettre un terme au sentiment d’impunité, il faut se débarrasser des boulets qui plombent et entravent le renouveau du Mali. Il faut refuser de donner raison à ses détracteurs. Ça suffit, il faut arrêter ça.

Il urge de rectifier le tir.

Affaire à suivre

PAR BERTIN DAKOUO

Source : Info-Matin

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