Scandale des engrais hors normes : L’étau se resserre autour de Bacary Tréta

Après son interpellation jeudi dernier par le député Bakary Koné, l’affaire d’engrais hors norme frise la mal gouvernance à ciel ouvert et devient un étau autour du ministre du développement rural : le monde paysan qui est un vivier électoral a très mal ressenti le manque d’attention dont il fait l’objet et que la situation traduit.

L’interpellation du ministre Bokary Treta et non moins baron du RPM n’a pas permis de vider le contentieux entre le puissant ministre et les paysans dont le député n’est qu’un représentant et donc un porte parole. La distribution au monde paysan d’engrais ne répondant pas aux normes requises est un scandale et est pris pour tel, et pour les paysans et pour les députés censés défendre leurs intérêts. Ce débat à l’Assemblée a révélé un scandale dans le scandale. C’est celui du manque d’intérêt d’un ministre qui ne se préoccupe pas assez des priorités du monde rural dont il est le ministre du développement, dans le scandale des engrais hors normes.

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Le ministre se trompe de stratégie de communication vis-à-vis des députés et se mélange les pédales. Rejetant systématiquement l’évidence dans un premier temps en niant l’existence des engrais de qualité non requise, et tentant ensuite de partager la poire en deux en soutenant que moins de la moitié de l’engrais n’a pas la qualité requise. Le faisant le ministre a contesté un rapport d’analyse en relevant qu’il ne s’agit que de document mis à la disposition du député par un concurrent malveillant. Alors, le ministre ignore-t-il qu’un concurrent a tout à fait le droit et l’obligation de dénoncer un marché qu’il a perdu illégalement ? Et encore mieux, lorsque le bénéficiaire est épinglé pour fourniture de produit de qualité douteuse ?

Dos au mur, le ministre Bokary Treta a fini par reconnaitre l’existence des engrais hors norme sur le terrain au Mali : « Notre prélèvement n’a porté que sur moins de 10 000 tonnes. Et sur ces 10 000, ce sont finalement 4 000 tonnes d’engrais qui ont été vraiment épinglées, jugées comme qualité non conforme à la norme ».

Les conclusions du député interpellateur dénoncent un relent de mal gouvernance et d’impertinence politique du ministre. Selon lui, c’est une perte de 27 milliards de francs CFA pour les paysans et le ministre serait « complice de tous ceux qui importent ces engrais de mauvaise qualité ».

Le document intitulé, « Liste des fournisseurs dont les engrais sont hors normes » distribué par le ministre à l’Assemblée avant son intervention, indique malencontreusement que Togouna avait livré 475 tonnes d’urée hors normes. Alors que l’urée n’était pas concernée par les investigations, et aussi, indiquent des sources bien informées, « l’urée n’est fabriquée par aucun des 20 fournisseurs. Tout le monde importe l’Urée en l’état. Sauf à fournir autres choses à la place de l’urée, on ne peut pas tricher sur sa qualité », apprend on à l’hémicycle.

D’autres aspects de l’intervention du ministre ont été battus en brêche, lorsqu’il soutient qu’il a fallu attendre trois mois, entre l’envoi des échantillons aux laboratoires et l’obtention des résultats. Il faut une heure pour faire une analyse au Mali, et trois jours pour avoir les résultats, quelque soit le laboratoire au monde, soutient l’interpellation.
Est-ce à ce rythme de la conduite des affaires publiques que le Mali dont le monde rural occupe  80% des populations actives, va devenir « une puissance agricole régionale » ? Certains pensent tout est fait pour tuer l’agriculture et l’agro-industrie dans notre pays. Pourquoi ? Le peuple malien doit exiger que la lumière soit totalement faite sur le scandale des engrais hors norme déjà dans nos champs, et bientôt sur nos tables à manger.
Aguibou Sogodogo

Source: Lerepublicainmali

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