Sauver le soldat IBK

Si les événements de Kidal nous ont appris une chose c’est bien les limites de « l’homme à poigne » à redonner au Mali son honneur, gage du bonheur des maliens.

 

iBRAHIM BOUBACAR KEITA IBK Amiral Guillaud etat major française

 

 

 

L’élection d’Ibrahim Boubacar Keita a été révélée aux maliens comme une recommandation divine qui devait les pousser à sortir massivement en août 2013 pour l’élire à plus de 77 %.

Six mois plus tard, le réel supplanta le spirituel, et des évidences firent l’unanimité : les défis sont trop grands, les charges trop lourdes, les promesses trop nombreuses, les attentes encore davantage. Bref, les maliens réclament plus que le mortel IBK ne pourra leur offrir. Alors l’euphorie s’estompa mais l’espoir ne mourut pas pour autant. IBK ne désespéra pas et les maliens prièrent encore pour cela.

Pendant des mois, les maliens se nourrissaient d’espoir et le digéraient de prières jusqu’à ce neuvième mois de présidence de « Massa IBK ». Entretemps, le gouvernement s’était permis une petite folie : il s’est offert un jeune nouveau premier ministre, plein d’ambitions, de quoi assouvir les rêves des maliens.

Briser le tabou Kidal

Il était écrit que le premier ministre devait se rendre à Kidal, la rebelle. Moussa Mara est un jeune intrépide. On croyait en lui et il devait le faire. Finalement, et malgré la tragédie, il le fit. Contrairement à son prédécesseur, il a pu fouler le sol de Kidal, et les maliens n’en attendaient pas moins.

Ce 17 mai, du sang malien a coulé à Kidal sur les traces de pieds de Moussa Mara. Mais, ce n’est pas grave, disions-nous, ces sacrifices vont nous conduire au jour où l’honneur et la dignité du Mali lui seront restitués.

Alors, les maliens saluèrent de partout la bravoure du premier ministre. Les manifestations patriotiques se multiplièrent en attendant impatiemment le jour du destin. Le président IBK devait être aux anges de voir les maliens heureux.

Le jour où tout bascula

Les embûches qui ont accompagné le périple du premier ministre et leurs causes se résumaient en trois phrases : les islamistes sont encore à Kidal. La MINUSMA ne sert à rien. La France joue un double jeu.

Nous nous attendions donc à la préparation d’un plan d’attaque qui devait faire d’une pierre « trois coups » tous ces obstacles au bonheur des maliens. Le destin a parlé, et c’était donc le 21 mai que l’histoire du Mali devait s’écrire en lettre d’or.

Un proverbe nous dit qu’on ne peut raser la tête d’une personne en l’absence de ce dernier. Il semblerait que le sort ait oublié ce détail. L’opération « restauration de l’autorité de l’Etat à Kidal » fut donc un échec. Et pour cause, le commandant en Chef l’ignorait. Celui-là même qui devait restituer l’honneur du Mali n’était pas  au courant.

Les superstitieux nous diront qu’elle était destinée à échouer.

Quel malheureux sort du destin ! Le peuple, surpris par le moment, croyait pourtant à la résurrection du Mali millénaire. Cet énième échec porte un coup fatal au moral populaire. La fatalité remplace désormais notre espérance. L’humiliation du revers cinglant de l’armée nationale eut raison des grands mouvements patriotiques. IBK s’empressa de demander un cessez-le-feu.

Kidal plonge IBK dans la tourmente

Il se cache. Il parle moins pour ne pas avoir à affronter les regards pathétiques. Il se morfond entre Koulouba (palais professionnel) et sa luxueuse résidence de Sebenikoro (palais privé). Il confiera plus tard que l’idée de démissionner « pour rendre aux maliens leur honneur » lui taraudait l’esprit.

Heureusement que la petite bonne voix dans sa tête le raisonna très vite. C’est alors qu’il se rendit compte que démissionner « serait une trahison ». IBK s’est sûrement rappelé le contrat qu’il a conclu avec le Mali en Septembre 2013 dans lequel il s’était engagé, pour une durée de 5 ans, à le servir pour le meilleur et pour le pire.

Après avoir profité des immenses privilèges liés à son poste, il serait incongru de déposer le tablier à la suite de la première vraie difficulté.

Il reste, mais encore faut-il trouver un responsable car ce qui s’est passé à Kidal est grave !

Désavouer celui par qui tout est arrivé ? Sûrement pas car, IBK l’a toujours soutenu, tacitement ou expressément, dans ses actions. Le punir ne serait pas digne d’un « homme d’honneur ». C’est ainsi qu’il refusa d’accepter la démission que Moussa Mara était venu lui présenter.

Ce ne sont pourtant pas les raisons qui auraient manqué à cette démission. Le Chef du gouvernement ne serait pas seulement responsable mais aussi coupable. L’opération Kidal serait son initiative, en complicité avec le chef d’état-major général des armées. Vraisemblablement, il en faudrait plus pour qu’ils perdent la confiance du chef de l’Etat, Chef Suprême des armées.

Tous les regards se tournèrent vers le seul qui ne soufflait pas dans la même trompette. Si quelqu’un doit être sacrifié ce sera celui qu’ils considèrent comme un traître. C’est alors que Soumeylou Boubeye Maïga sauta du gouvernement sous les coups des « mesures de redressement » qui restent encore aujourd’hui trop singulières.

IBK, asphyxié par la communauté internationale

Les partenaires internationaux se sont sentis insultés par le Mali. Pour la première fois depuis la libération, les autorités du pays accusent ouvertement les forces étrangères de connivence avec les groupes armés. Un affront qu’ils comptent faire payer au président malien.

Le cessez-le-feu obtenu par le président mauritanien a permis la relance des négociations tant attendues par la communauté internationale. Le Mali veut que le dialogue soit engagé le plus rapidement possible pour lui permettre de récupérer ses prisonniers mais surtout la ville rebelle. Cependant, il n’est plus celui qui menait la danse donc il lui faudra patienter.

Au nord du pays, les militaires maliens ne jouissent plus du même respect de la part de leurs camarades d’arme français ou onusiens. Dans plusieurs localités, ils se trouvent cantonnés alors que les groupes armés se pavanent en toute liberté avec la bénédiction des forces internationales. Il se raconte même que certains soldats maliens sont désarmés.

Pour ne rien arranger à la situation les pressions économiques continuent. Le FMI s’interroge toujours sur l’achat du nouvel avion présidentiel et réclame la lumière sur les conditions de passation d’un contrat d’armement. Le Fonds Mondial International maintient le blocage de ses financements, et les récents évènements ne contribueront sûrement pas à améliorer la situation de ce côté.

IBK appelle à l’aide

Depuis le fiasco de Kidal, les opposants au régime ont trouvé de quoi alimenter qualitativement leurs argumentaires contre la majorité présidentielle. Une aubaine qu’ils ne se sont pas refusée. Les attaques se multiplièrent de toute part contre le président, mais aussi et surtout contre son premier ministre qu’il protègera jusqu’au bout.

Il est évident que le président IBK ne saurait tenir dans la durée en menant sa politique de gouvernance solitaire. Il avait besoin de l’opposition pour créer un bloc national compact afin de résister à l’international qui n’a désormais qu’un seul objectif : l’affaiblir au dernier degré pour qu’il se plie à toutes les exigences.

Pour échapper à ce sort, il lui faut absolument le soutien indéfectible de l’opposition sur certaines questions. C’est ainsi qu’il reçut tous les leaders de partis politiques maliens, pour leur faire part des réalités du moment.

A Koulouba, il se confie, à cœur ouvert, à ces hommes et femmes politiques de la majorité comme de l’opposition. Il leur déroule l’histoire des évènements de Kidal, de la visite aux « mesures de redressement » qui ont accompagné l’échec militaire. Il leur étale son impuissance face au nombre d’ennemis potentiels du pays et leur demande leur aide pour sortir le Mali du gouffre.

Kidal a énormément affecté l’ego du président IBK. L’homme qui parlait de lui-même à la troisième personne veut apparemment atténuer son mépris patent à l’égard de l’opposition qui lui reproche une gestion familiale du pouvoir républicain.

IBK, le monarque est désormais IBK, le soldat. Un guerrier qui n’a pas cherché à l’être, et qui se trouve désarmé dans son combat. Par la force de ses choix injustifiés et irréfléchis, il a accompagné le Mali dans son aventure périlleuse. De sa survie dépend pourtant celle aussi de cet Etat en déliquescence, sous tutelle et malmené de toute part.

Périra ou ne périra pas le soldat IBK ? L’avenir en jugera…

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