Rencontre d’Accra: le CNSP a-t-il des atouts ?

En se rendant dans la capitale ghanéenne pour discuter aujourd’hui avec les chefs d’État de la CEDEAO, en marge de leur rencontre dont le Mali est suspendu, quels sont les atouts dont peuvent se prévaloir les militaires du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) qui ont finalement déféré à très peu d’injonctions de l’organisation régionale ?

 

Dès le jour du coup d’État ou changement de régime, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est descendue à bras raccourci sur notre pays, à travers une batterie de sanctions qui n’épargne pas les ‘’putschistes’’ et leurs partenaires et collaborateurs.

Les sanctions de la CEDEAO
Dans son communiqué sur la situation au Mali du 18 août la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ‘’condamne avec la plus grande fermeté le renversement par des militaires putschistes du Gouvernement démocratiquement élu du Président Ibrahim Boubacar KEITA ; dénie catégoriquement toute forme de légitimité aux putschistes et exige le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel ; rappelle aux militaires leur responsabilité sur la sûreté et la sécurité du Président Ibrahim Boubacar KEITA et des officiels arrêtés ; exige la libération immédiate du Président Ibrahim Boubacar KEITA et de tous les officiels arrêtés ; suspend le Mali de tous les organes de décision de la CEDEAO avec effet immédiat, conformément au Protocole additionnel sur la Démocratie et la Bonne gouvernance et ce, jusqu’au rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel ; décide de la fermeture de toutes les frontières terrestres, aériennes ainsi que l’arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les pays membres de la CEDEAO et le Mali et invite tous les partenaires à faire de même (…) ; engage la Commission de la CEDEAO à mettre en œuvre immédiatement un ensemble de sanctions contre tous les putschistes et leurs partenaires et collaborateurs…’’
À ces mesures, il faut ajouter que les militaires avaient jusqu’à aujourd’hui 15 septembre 2020 pour la désignation des personnalités civiles devant conduire la Transition qui ne devrait en aucun cas excéder les 12 mois tel que décidé par la 57e Session du Sommet ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À ce propos, Jean-Claude Kassi Brou, président de la Commission de la CEDEAO, confiait à RFI : « Il y a une règle au sein de l’institution qui insiste : la transition en cas de coup d’État ne doit pas dépasser douze mois ». Il poursuit : « Une autre règle exige que le président de la transition soit un civil, tout comme le Premier ministre, mais ne soit pas candidat à la présidentielle ». C’était à l’issue de la visioconférence des chefs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le vendredi 28 août, pour discuter de la situation au Mali.

L’évaluation de la situation
Un parallèle entre les injonctions de l’organisation régionale et les actes posés par le CNSP permet de tirer les atouts, dont il dispose en se rendant à Accra, la nouvelle capitale de la CEDEAO après que le Président du Ghana a succédé, il y a quelques jours, à son homologue du Niger à la tête de l’organisation.
La CEDEAO ‘’dénie catégoriquement toute forme de légitimité aux putschistes et exige le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel’’. À cette exigence, l’on peut opposer la déclaration de l’ancien Président de la République, rendue publique après sa rencontre avec la Mission de la CEDEAO sur la situation Socio-Politique au Mali (22 au 24 août), à Kati : «Je ne suis plus pour un rétablissement de ma personne à la tête de l’État malien, car ce serait une nouvelle violation de la Constitution de mon pays. La Rupture devrait entraîner une nouvelle Élection présidentielle à laquelle je ne participerai pas.
Je suis sensible à l’attention que mes pairs n’ont cessé de porter à mon pays depuis quelques temps (…). Il ne reste qu’à un Chef d’État l’Honneur et la Dignité, ma décision est donc prise en toute conscience et liberté : Je renonce à mes fonctions de Président de la République.
Que nul ne fasse violence sur le Peuple Malien afin de satisfaire des ambitions autres que les actes clairement posés par mes soins.
Je ne retournerai pas aux affaires, même pas pour une SECONDE. Toutefois, je vous suis reconnaissant’’.
La CEDEAO ‘’rappelle aux militaires leur responsabilité sur la sûreté et la sécurité du Président Ibrahim Boubacar KEITA et des officiels arrêtés’’. Selon le communiqué des ‘’putschistes’’, du 6 septembre 2020, ‘’il a été convenu, côté CNSP de permettre l’évacuation sanitaire de M. Ibrahim Boubacar KEITA pour des raisons humanitaires pour une durée maximum d’un mois, extensible uniquement sur avis médical qui du reste ne pourrait excéder trois mois. Auquel cas, le suivi médical se fera au Mali…’’. Cette décision représente un signal fort à l’endroit de la CEDEAO pour ce qui est du Président de la République ; mais elle ne rassure pas quant à la sûreté et la sécurité des autres officiels arrêtés.
La CEDEAO ‘’exige la libération immédiate du Président Ibrahim Boubacar KEITA et de tous les officiels arrêtés’’. Le Président Ibrahim Boubacar KEITA n’a pas été libéré, puisqu’il a été ramené dans sa résidence privée de Sébénikoro ; mais, placé sous haute sécurité. Pour ce qui est des officiels arrêtés, dont il y a très peu de visibilité sur le nombre, les fonctions, il reste indéniable que l’ancien Premier ministre Boubou CISSE et l’ancien Président de l’Assemblée nationale sont toujours arrêtés.
La CEDEAO exige un Président civil, un Premier ministre civil et une Transition de 12 mois maximum. Les ‘’putschistes’’ ont cru trouver la parade dans l’organisation de Concertations nationales sur la gestion de la Transition. La Charte de la Transition qui en a découlé prévoit une durée de la Transition de 18 mois (supérieure aux 12 mois de la CEDEAO) ; un président militaire ou civil (un civil nécessairement selon la CEDEAO) choisi par un collège lui-même choisi par le CNSP. Au plan national, le M5-RFP, la figure de proue de la contestation du défunt régime a crié à la confiscation du pouvoir par les militaires. Ce, quand bien même la Charte de la Transition a été adoptée par acclamation.

Une échappatoire ?
À l’aune des injonctions de la CEDEAO, les réponses apportées par le CNSP paraissent dérisoires, laissant planer une sérieuse hypothèque sur la signature d’un accord-cadre et la levée des sanctions, du moins de celles qui sont les plus oppressantes pour le peuple malien.
Alors, de quels atouts peuvent se prévaloir les militaires qui, sans aller à l’affrontement, ont finalement fait très peu de concessions, dans l’à peu près ?
Il y a un chauvinisme de bon ou de mauvais aloi qui fait qu’il y a un rejet majoritaire des sanctions de la CEDEAO et une détermination à la résilience. En clair, une frange importante du peuple malien fait bloc derrière les ‘’putschistes’’.
Un autre atout, c’est l’objectif principal de la CEDEAO qui est de « promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest en vue d’élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et d’accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les États Membres et de contribuer au progrès et au développement du continent africain ». Le maintien des sanctions contre le Mali irait indubitablement à l’encontre de cet objectif.
À cela, il faut ajouter la situation de fragilité quasi-endémique du Mali qui devient une véritable menace pour l’ensemble des pays du Sahel. Perce que si le Mali s’écroule, personne ne sera plus en sécurité chez lui.
Bien sûr, il s’agit là de considérations théoriques qui peuvent valoir ce qu’elles valent aux yeux de la CEDEAO, mais dont on espère vivement la prise en compte dans les décisions futures.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

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