Quatre (4) longues années après : Ce qui retient ATT à Dakar

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9 avril 2012 – 9 avril 2016. Cela fait quatre ans jour pour jour que le Général Amadou Toumani Touré est exilé au Sénégal. Et pour certains observateurs qui ne semblent pas assez pousser l’analyse, rien ne retient encore ATT à Dakar. Et par conséquent, il peut  banalement faire ses valises comme un pèlerin et rentrer à Bamako. Que non ! D’une petite enquête, nous-nous sommes rendu compte de ce qui retient réellement ATT et sa famille hors du Mali.

Jusqu’ici, aucune notification émanant des autorités du pays n’est parvenue à l’ancien Président Amadou Toumani Touré pour l’inquiéter. Avec toute sa famille, ATT vit décemment à Dakar. Or à en croire un proche de la famille, «leur quotidien est marqué par la solitude, avec des nuits longues».

«Ce qui les ronge n’est surtout pas ce qui se dit après eux à Bamako, c’est plutôt le fait qu’ils vivent loin de leur patrie et sans motif valable», explique ce proche de l’ancien Président.

En clair, l’on constate combien celui qui a consacré la plus belle partie de sa vie à servir le Mali, est abandonné. Cependant, nostalgiques de leur Mali natal, ATT et sa famille ne rêvent que d’y retourner.

Alors, qu’est-ce qui retient ATT et sa famille à Dakar encore ?

Dans la nuit du 20 au 21 avril 2012, lorsque le Boeing présidentiel sénégalais atterrissait à Bamako, ATT n’en  n’était même pas informé d’avance, confie une source introduite.

La grande surprise fut pour lui de se retrouver tête à tête face à son ami Aliou Badra Cissé, quelque part à l’ACI-2000. Ce dernier, ex Ministre sénégalais des affaires étrangères, était venu au bord de l’avion présidentiel de son pays dans le but d’emmener avec lui ATT et toute sa famille.

L’exil forcé 

Pour la même source, l’idée d’amener ATT à Dakar était une décision prise en complicité entre les autorités de la transition d’une part et la CEDEAO d’autre part. Sans oublier que l’un des pires regrets des putschistes de mars 2012, était ne n’avoir jamais pu mettre la main sur ATT.

Les putschistes, eux, pour être sûrs d’avoir réussi leur coup, ont demandé que les autorités de la transition et la CEDEAO, fassent partir ATT de Bamako dès qu’il aura démissionné. Faute de quoi, c’est à sa vie et celle de sa famille qu’ils attenteront.  Pire, c’est tout Bamako qu’ils menacent de mettre à feu et à sang si ATT qu’ils n’ont pu arrêter ne quitte pas le pays.

Dans la foulée, le constat fut que Sanogo et sa bande, après avoir cherché sans trouver leur cible, ne s’assuraient pas avoir vaincu l’homme. En plus, le camp des bérets rouge de Djicoroni n’était pas sous le contrôle des putschistes. C’est après avoir pris connaissance d’une telle folie des putschistes, qu’ATT, longtemps supplié par sa famille de s’exiler sans succès, a accepté de suivre son ami Alou Badra jusqu’à Dakar.

Le retour promis

Il faut aussi noter que le camp des bérets rouges, très agité à l’époque, tenait à en découdre avec les putschistes dans les premières heures de la mutinerie. C’est ATT qui leur fut savoir que lui, il renonce au pouvoir et n’autorise aucun soldat malien à tirer sur un autre. Pour épargner ATT d’un éventuel affrontement entre frères d’armes, il fallait carrément l’amener hors du pays, explicite une source diplomatique africaine, qui s’interroge: « Que diraient les Maliens si le 30 avril de la même année le trouvait à Bamako ?».

Avant d’y aller, ATT s’est largement entretenu avec ses pairs ouest-africains qui n’ont pas manqué à lui promettre, d’entreprendre son retour dès que le Mali aura un Président démocratiquement élu.

La surprise 

Treize mois après son exil, en septembre 2013 notamment, ATT dans une lettre, félicitait le Président IBK d’avoir accédé à la magistrature suprême. C’était pour lui, une manière de signifier à son successeur démocratique qu’il lui souhaite une réussite totale.

En lui adressant cette note, ATT ne croyait pas une seule seconde qu’IBK pourrait avoir des bontés pour lui, au point d’entreprendre, à trois mois d’installation, le poursuivre pour « haute trahison supposée».

En décembre 2013 déjà, le Burkinabé Blaise et le Béninois Yayi Boni rappelaient à Bamako, l’éventualité du retour d’ATT au pays. Ce fut une pomme de discorde entre le malien et ses pairs. Une mini-crise naîtra d’ailleurs jusqu’ici entre le Président IBK et certains comme Yayi Boni et Macky Sall.

Actuellement, la CEDEAO qui a de relations assez complexes avec Bamako pour le fait de lui avoir retiré le chef de file des pourparlers inter-maliens, ne sait avec qui discuter pour ramener le soldat de la démocratie dans son pays natal.

L’avenir 

Dans les grandes institutions internationales, ATT ne manque pas d’amis et de contacts solides, conscients de ses capacités et qui sont prêts à lui confier de hautes missions dès qu’il mettra les pieds chez lui et sera lavé de tout soupçon.

Par ailleurs, il nous revient que l’une des raisons qui  poussa Bamako à demander le Procureur Général de saisir l’Assemblée afin de mettre ATT en accusation était qu’à cette époque même, Banki-Moon s’apprêtait à lui confier la médiation en Centrafrique. Mais hélas, à l’ONU, il faut l’aval des autorités de son pays pour conduire des missions de grande portée.

Contrairement à ce qui se dit dans certains milieux au bord du Djoliba, ce sont les autorités maliennes de l’époque avec la CEDEAO qui ont entrepris son départ de Bamako et, il revient à l’actuel pouvoir d’accepter la demande de ses pairs ouest-africains afin de le ramener et le réhabiliter.

Apparemment, la CEDEAO a joué sa partition, mais c’est Bamako qui demeure réticent, regrette un diplomate dans l’anonymat.

A-t-on peur qu’ATT rentre au pays ? Rien n’est moins sûr, mais s’il s’agit de le craindre parvenir encore au pouvoir, c’est un calcul raté, tranche ses proches: « il a fait de son mieux et il n’est pas indispensable quand bien même ses réalisations sont perceptibles partout dans le pays».

Mieux, il est épuisé et n’a d’ambition que de vivre tranquillement sa retraite auprès de ses petits-fils. Son bilan est physique et son nom est héroïquement lié à l’histoire du Mali. Ce qui est largement suffisant, commente un autre affidé du militaire à la retraite.

Par ailleurs, ATT peut tout de suite faire ses valises et regagner son pays, confie un ambassadeur ouest-africain à Bamako, mais il apparaitra aussi déplacé pour sa part d’agir de la sorte sans prendre attache avec ses pairs qui avaient entrepris de le mettre lui et sa famille en sécurité à Dakar.  Sans oublier le rôle joué par les autorités de la transition.

En réponse à ce qui reprochent au Général d’avoir fui, contrairement à Moussa Traoré en 1991, des témoins de l’histoire répondent:

Le constat 

«Si l’ancien Président Moussa Traoré a pu survivre lors de la révolution de mars 1991, c’est grâce à la générosité d’Amadou Toumani Touré qui l’a fait loger dans son propre bureau  au camp de Djicoroni. Ce n’est pas tout : En 1991, lorsque certains militaires, très fâchés contre Moussa tenaient à l’abattre lui et sa famille, c’est ATT qui les avait mis en garde. Mieux, ATT affréta un avion spécial pour la famille de Moussa qu’il confia hors du pays à feue Bam Diarra, l’ancienne médiatrice de la République. Chose que les putschistes de mars 2012 n’étaient prêts à faire pour celui qu’ils venaient de renverser».

Enfin, il est ressorti que ni le Président Modibo Keïta ni son tombeur n’a eu l’occasion de s’exiler au lendemain des putschs qu’ils ont subi. Le Premier fut conduit du bateau à la prison jusqu’à son assassinat. Le second est arrêté dans son bureau au palais présidentiel pour la prison. Autrement, aucune possibilité de s’exiler ne s’est offerte aux deux anciens présidents.

Aujourd’hui, c’est bien l’écrasante majorité de Maliens qui regrette ATT dont les propos sur la gestion de la crise restent d’actualité.

De Kayes à Kidal, les gens regrettent douloureusement les années ATT. Quel gâchis !

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